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Les lys noirs

Profonds lys ténébreux, vous êtes le symbole De la Kabbale sainte et de mon triste cœur.

Votre parfum m’imprégne ô lys, et votre odeur Se répand, à mon souffle unie, en ma parole.

La science du Mage est noire comme vous,

Comme vous idéale et jalousement pure,

Et, dans sa pureté de songe hors nature,

Mon esprit vous ressemble encor, sombre et jaloux.

Vous êtes ténébreux comme l’éther immense Qui s’enfonce plus haut que la voûte d’azur.

Votre calice est tel que le Sépher obscur Où dort la vérité dans l’ombre du silence.

Fleurissez lentement, frères de mon esprit,

Sur les monts des voyants loin de la terre immonde. Pendant que Dieu prépare un maître unique au monde Et l’accomplissement des vœux de Jésus-Christ.

Dans les rochers de la divine solitude Où, dominant de haut les peuples haletants,

Les Prophètes voilés règlent le cours des temps,

Vous parfumez la paix de leur béatitude.

Les lys blancs sont la foi, vous êtes l’Absolu.

Vous croissez au cerveau du Grand Hiérophante.

Et vous aimez la force occulte et triomphante Qu’ignore un monde né parce qu’elle a voulu.

Les grottes de basalte et les monts de porphyre,

La nuit et l’Océan, les cèdres, le désert,

Les solitaires nus dont le corps a souffert Cent ans de visions et cent ans de martyre.

Ce que trace la main du bras qu’on ne voit pas,

Le juge sans parler pensant le mot qui tue,

La vengeance de Dieu, calme et noire statue,

Sans colère écrasant un peuple à chaque pas.

Ceux qui, les poings tranchés, par les dents se suspendent Et les pieds arrachés, marchent sur les genoux,

La Vierge, au cirque plein de tigres et de loups, Chantant pendant que ses entrailles se répandent.

Tout cela vous l’aimez comme je l’aime ô fleurs De la volonté sombre et de l’amour sauvage.

Quand je vous vois grandir aux vallons du mirage,

Je crois, magiquement, voir fleurir mes douleurs.

SORATH

Toi qui es né, toi qui seras victoire et vie Et n’auras pas connu les tortures des saints, Antéchrist qui, superbe et couché sur les seins D’Isis, seras cru Dieu par la chair asservie.

Quand le Messie apparaissant au rouge ciel,

Viendra réaliser pour jamais sur la terre,

Par concentration des forces du mystère,

L’Église immuable et l’empire universel,

Un haut lys noir sera dans sa main lumineuse,

Et tu blasphémeras, roi des cinq continents,

Tes yeux froids resteront ouverts. Les cieux tonnants Ne feront pas trembler ta Babel caverneuse.

Et contre Dieu tu marcheras avec tes rois,

Tes pontifes, l’armée innombrable et tes femmes.

Tu lèveras la croix entre tes mains infâmes.

Tu feras même des miracles par la croix.

Ton cortège sera comme l’aube, l’aurore,

Le couchant et le clair de lune ensemble aux cieux. Ils te loueront, deux fois damnés et monstrueux,

Les frères de Sodome et les sœurs de Gomorrhe.

Et deux cents millions de guerriers te suivront;

Et, les élus vaincus, au fond des solitudes,

A Josaphat, assis parmi des rochers rudes,

Le lys noir à la main et l’auréole au front,

Tu trouveras enfin, plein d’une paix étrange,

Seul, ne te voyant pas et ne t’écoutant pas,

Le Messie, et, joyeux, en riant tu tordras Ta bouche monstrueuse en ton visage d’ange.

Triomphal enivré des applaudissements De deux cents millions d’hommes, assuré d’être Pour un temps éternel leur extase et leur maître,

Tu livreras le Christ aux bourreaux écumants.

Mais lui renversera tes serviteurs, sans faire Un geste et sans parler; puis il ira vers toi Tu sentiras ton cœur trembler un vague effroi De ce triste regard et ce front de lumière.

Ce que rien n’aura pu souiller, la pureté Profonde, l’amour fort comme la mort sereine De lui rayonneront sur toi, l’homme de haine.

Tu t’agenouilleras devant cette clarté.

Frissonnant, les yeux fous de honte et d’épouvante, Malgré toi pénétré d’humiliants remords,

Et n’osant pas toucher ni regarder ce corps.

Où la divinité douloureuse est vivante;

Ne te rappelant plus ton règne évanoui Mais seulement le sang versé sur le Calvaire Pour toi, sans repentir pourtant et sans prière Et muet, Tu mourras à genoux devant Lui.

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