LES PROFANES
Paroles, projets et serments humains,
Pour être grossiers se disent vivaces,
La terre a mépris des hautains espaces Et l’aile paraît inutile aux mains.
Quand l’amour devient conscient et sombre* Au point de vouloir et, s’il parle un jour,
De penser on dit : Ce n’estplus l’amour. L’étincelle a peur dans l’abîme d’ombre.
Vous êtes assez pur, assez brûlant,
Pour demeurer fixe au centre des mondes,
Vous serez trouvés froid par les immondes,
Et les agités vous trouveront lent.
La Vérité-Mère on la juge nulle.
Vide que cela : je n’ai pas compris.
Si vous n’écrivez que pour les esprits,
Etre aimé de nous, quel vœu ridicule!
L’apparence est tout, les voyants ont tort.
On t’affiche fou? N’es-tu pas lucide?
Se transfigurer, c’est un suicide,
Et, si tu vis trop, l’on te croira mort.
Nous sommes contents d’un vrai qui nous serve. Un Mage fait-il des chemins de fer?
A quoi bon voir Dieu? Pour vivre au désert?
Puis l’extase est-elle un fait qu’on observe?
Qui nous prouvera ce que vous prêchez Si votre science est un privilège,
Si nous l’enseigner vous rend sacrilège !
Que font aux moissons des soleils cachés?
Nous ne voulons rien que métamorphoses, Progrès, décadence, erreurs et combats,
Vérités d’une heure et chemins d’un pas.
Nous aimerions peu d’éternelles roses.
L’Absolu ne sert qu’après qu’on est mort.
Tant qu’on rampe à terre, il reste inutile.
Puis il veut qu’on prie et qu’on se mutile Pour la moindre faute il donne un remord.
Mourir tout entier nous paraît plus sage Que se torturer pour renaître Dieu.
Et croupir en bête est facile, au lieu Qu’il faut trop souffrir pour se créer Mage.