CANTIQUE A L’ÉPOUSE
L’époux chantait à l’épouse :
O princesse des Archaüges,
O sœur, pensive et jalouse,
De mes souvenirs étranges.
Toi qui sur le sable amer Où les flots viennent mourir Marches en priant la mer D’enfanter ton avenir.
O toi qui rêves des gloires Et des amours plus profondes Que l’âme des vagues noires Et que .les plaintes des ondes.
Femme aux pâles cheveux d’or Qui lis au fond d’un palais Les Arcanes du Dieü fort Et les cantiques secrets;
Calme comme le silence Des ascètes centenaires,
Belle comme la souffrance Des étoiles solitaires.
Les abîmes que ta voix Par son timbre triste et pur Me fait entrevoir parfois Au delà du monde obscur;
Peuplés de forêts pensives Sont parfumés de tristesse Comme les rêveuses rives Des fleuves de ta tendresse.
Sur l’océan ténébreux Dans ma barque de saphir Souvent nous partons tous deux Pour le Royaume d’Ophir.
La barque bleue et divine Sans gouvernail et sans rames Marche au but qu’elle devine Et vole à travers les lames.
Et, frissonnants, enlacés, Regardant les flots sans voir, Sur d'épais tapis tissés De plumes de cygne noir.
Pendant le jour monotone Et la nuit sereine et morte, Pareils aux dieux de l’automne, La froide mer nous emporte.
Epouse au front lumineux,
Voici que le soir descend Et qu’il verse dans tes yeux Des rayons couleur de sang.
Le crépuscule féerique T’environne d’un feu rose,
Viens me chanter un cantique Beau comme une sombre rose.
Ou plutôt ne chante pas Viens te coucher sur mon cœur, Laisse-moi baiser tes bras Pâles comme l’aube en fleur.
La nuit de tes yeux m’attire, Nuit frémissante, mystique, Douce comme ton sourire Heureux et mélancolique.
Et soudain la profondeur Du passé religieux,
Le mystère et la grandeur De notre amour sérieux
S’ouvre au tond de nos pensées Comme une vallée immense Où des forêts délaissées Rêvent dans un grand silence...