LA NATURE
Sur le bord d’un lac pâle où mollement ondule Tel qu’un espoir muet de mystique tristesse,
Le beau ciel désolé qu’endort le crépuscule Je sens renaître en moi l’immortelle tendresse.
Mon âme se répand et mon esprit s’envole,
Je deviens ton mystère, ô Nature infinie,
Je pénètre le sens de la grande Parole
Dont j’ai sans la comprendre, adoré l’harmonie.
Je deviens l’air du ciel, les rayons des étoiles, La sève des forêts, la voix des eaux, le monde; La grande Isis m’enlace et soulève ses voiles Et j’étreins comme un Dieu la déesse féconde.
O poètes, voyants, esprits, Océanides,
Qui, comme moi noyés aux vagues éternelles, Sentez le flot de l’être en caresses fluides Inonder votre cœur et baigner vos prunelles,
Envahissez mon rêve et mêlons nos pensées!
Que les formes, les voix, les vapeurs et les flammes Confondent à jamais leurs forces enlacées Dans le gouffre de vie où s’abîment nos âmes...