‹ Les Machabées de la Nouvelle-FranceChapitre 12 sur 34 · SAR LES · texte numérisé non relu

SAR LES

ont ainsi perdus. Ilest vrai qu'ils n’ont

pas pu s’en taire absolument et que, exagérant leurs pertes, ils les ont exprimées en ces termes : « Nous sommes tous morts». Quant aux estropiés, ils en ont compté le nombre aux Français, leur avouant qu'ils avaient eu trente-sept des leurs parfaitement écloppés ».

Quant aux nôtres, ils n rot à regretter que la mort du brave La Lochetière et la «grande blessure du pauvre Laviolette ». Le cadre relativement restreint de ce récit ne nous permettant pas d'y insérer les autres exploits de Lam-

bert Closse, nous dirons de suite que,

après maint autre fait d'armes non moins glorieux, 1l fut tué dix ans plus tard par un parti iroquois qui rôdait aux environs de Montréal. Peu detemps avant sa mort,

comme quelqu'un lui représentait qu’en

s’exposant continuellement, comme ce n’était que trop son habitude, il finirait

par perdre la vie dans quelque rencontre,

il fit cette belle réponse que l'histoire nous a transmise : « Je ne suis venu ici qu’afin d'y mourir pour Dieu, en le servant dans la profession des armes ; si je n’y croy-

ais pas mourir, je quitterais le pays pour

aller servir contre le Turc et n’être pas privé de cette gloire ».

Découragés par les échecs qu’ils avaient essuyés à Montréal, les Iroquois se décidèrent l’année suivante à porter leurs coups plus au bas du fleuve. Pendant tout l'été de 1653, leurs bandes semèrent la ter- reur dans les environs des Trois-Rivières qu’elles tinrent même bloquées pendant plusieurs semaines. Enfin, quelques-unes de leurs bandes ayant été défaites, et plusieurs de leurs capitaines capturés près de Montréal par Aouéaté, guerrier huron, les Agniers qui faisaient le siège des Trois- Rivières se décidèrent à demander la paix.

Il est à présumer aussi que la nouvelle de la venue de M. de Maisonneuve avec une centaine d'hommes déterminés, ne contribua pas peu à pousser les Iroquois à demander la suspension des hostilités.

Toujours est-il que, par l’entremise de Charles LeMoyne, on put poser les préli- minaires d’une paix qui ne devait pourtant pas être de bien longue durée.

Sur ces entrefaites, M. LeMoyne ayant été, à cause de ses beaux états de service, gratifié par M. de Maisonneuve d’une

Ar LES MACHABÉES

somme de quatre cents livres, en profita

pour reprendre ses défrichements; et,

comme il avait atteint sa vingt- -huitième année, il pensa aussi que le moment était venu pour lui de s'établir.

Il y avait alors à Ville-Marie une jeune personne fort durs Mlle Catherine

MAT Fe CR RS +

Primot, née Saint-Denis-le-Petit, au.

diocèse de Rien de Guillaume Thierry et d'Elizabeth Messier ; elle avait été adoptée par Antoine Primot et Martine Messier qui n'avaient point d'enfant. Au moment de passer dans la Nouvelle-France en 1642, ils l'avaient demandée à ses parents, s’engageant à élever cette nièce comme leur propre fille et à la faire leur héri-

tière. «Catherine n’avait alors qu'un an,

dit l’auteur de l’ Histoire de la colonie fran-

çaise ; et comme Monsieur et Madame Pri-

mot prirent le plus grand soin de l’éducation de cette enfant, ayant pour elle une affection de père et de mère, elle fut considérée dans la colonie comme leur propre fille et appelée deleurnom. Ayantremar-

qué les heureuses dispositions de cette en-.

fant, Madame Primot s'était plus particulièrement appliquée à former son esprit et son cœur. Elle eut la joie de voir ses

efforts couronnés de succès. Dès l’âge de quatorze ans, Catherine annonçait ce qu'elle serait un jour: une mère de famille accomplie et un modèle achevé de

vertu pour toute la colonie ».

M. LeMoyne, qui avait été plus d’une

fois à même d'apprécier les belles quali-

tés de Mademoiselle Primot, la demanda

en mariage à ses parents. Ceux-ci n’au-

raient certainement pas pu désirer un gen-

dre plus digne, et ils accueillirent avec joie ses propositions.

Le contrat de mariage fut passé au fort de Ville-Marie, en présence du gouverneur

de la place, et de plusieurs notables, et le mariage eut lieu le 28 mai 1654 avec la plus grande solennité.. Afin de montrer.

aux époux le vif intérêt qu’il leur portait, M. de Maisonneuve octroya à Charles Le- Moyne une propriété située à la Pointe Saint-Charles. En outre 1l lui donna quatre-vingt-dix arpents de terre dans l'Ile de Montréal, à part l’arpent sur lequel M.

LeMoyne avait déjà fait construire une maison près de l'Hôpital.

Pendant l’année qui suivit, les [roquois s'empressèrent de rompre de nouveau la

paix et descendirent jusqu’à à l’établisse-

ment de l'Isle- aux-Oies, en bas de Qué-

bec, qu’ils mirent à feu et à sang, après avoir tué les sieurs Moyen et Macart dont ils emmenèrent les enfants en captivité.

Une partie de cette bande s’en vint en-

suite rôder près de Ville-Marie. Après plusieurs escarmouches où un français nommé d'Aubigeon fut tué, les Iroquois

allèrent se poster de l’autre côté du fleuve,

en face de la ville, et de là feignirent vouloir parlementer.

M. LeMoyne, qui arrivait en ce moment de Québec, dit à M. de Maisonneuve :

«— Voilà des gens qui ont saccagé

l’Ile-aux-Oies et qui viennent de tuer

d'Aubigeon. Ils veulent encore nous rendre victimes de quelque trahison. Il faut s’emparér de ces deux fourbes que vous voyez là, sur la batture, en face de nous, et qui semblent nous défier de rien entreprendre contre eux.

— Comment s’y prendre ? demanda M. de Maisonneuve. |

— Si vous voulez bien me le DEAR j'irai seul vers eux. |

— Seul !

— Oui, je traverserai avec deux pisto-

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