‹ Les Machabées de la Nouvelle-FranceChapitre 15 sur 34 · OP A ÊTE · texte numérisé non relu

OP A ÊTE

Québec, et qu il avait la oirel assurée de leur arrivée prochaine.

Cette bonne contenance en imposa à ses vainqueurs quise décidèrent à épargner sa vie et à se ménager un si précieux otage, s'ils venaient à être attaqués.

Enfin, ils le ramenèrent à l'automne avec les plus grands égards ; ce qui fut alors considéré comme un miracle, à

cause de la haine qu’ils lui portaient.

Sur ces entrefaites, arrivèrent en Canada, avec une suite nombreuse, trois personnages éminents dont la venue devait donner un nouvel élan à la prospérité dela colonie. C'était, d’abord le marquis

de Tracy envoyé comme vice-roi. par.

Louis XIV pour régler certaines difficultés survenues entre les autorités du pays.

Afin d'honorer son représentant, le roi

lui avait donné, pour lui faire escorte, quatre compagnies du régiment de Carig-

nan, et une suite nombreuse de gentils-

hommes. Venaient ensuite M. de Cour-

celles, nommé gouverneur-général en rem-

placement de M. de Mésy, et enfin M.

Talon, homme distingué dont l’administration intelligente devait rendre les

plus grands services au pays. En même temps arrivèrent aussi quantité de colons. Le nombre des personnes venues de France cette année-là, 1665, était presque aussi considérable que la population française déjà résidente au Canada. Tous comptés, colons et marchands avec les vingt-quatre compagnies de Carignan, dont une grande partie devait finir par s'établir dans le pays, ils formaient plus de deux mille âmes.

Le marquis de Tracy aurait bien désiré marcher immédiatement contre les Iro- quois pour châtier leur insolence et leur ‘perfidie, mais il fut forcé de remettre son projet à l’année suivante. Enfin le 30 janvier 1666, une troupe de cinq à Six cents hommes, commandée par M. de Courcelles, partit de Sainte-Thérèse et se dirigea sur le pays des Iroquois. Le sieur Charles LeMoyne qui commandait soixante-et-dix volontaires de Montréal, ‘tous hommes brisés aux fatigues des voyages et aguerris par leurs fréquentes escarmouches avec les Iroquois, eut l’honneur d’être placé à la tête de la ‘colonne, en allant, et à l’arrière-garde au retour.

M. de Courcelles avait la plus entière con-

fance en ces ‘hommes qu il appelait «ses capôts bleus ».

Malheureusement les guides in quins sur lesquels on avait compté firent défaut, ce qui fut cause que l’expédition alla déboucher à dix-huit milles seulement d'Orange et à vingt lieues des villages agniers. Les fatigues et les privations endurées par les soldats avaient été si fortes qu’il fut jugé à propos de rebrousser chemin. Sur le retour, les troupes furent rejointes par les algonquins qui, ayant trouvé moyen de s’enivrer,

s'étaient amusés en chemin et avaient

ainsi causé l’insuccès de l'expédition.

Cependant, cette campagne d'hiver

étonna les [roquois par sa hardiesse et les amenà même à demander la paix qui

fut conclue et signée le 12 juillet 1666

par MM. de Tracy, de Courcelles et Ta-

lon; les chefs sauvages apposèrent au

traité les marques de leurs tribus respec-

tives, de la tortue, du loup et du castor.

Mais à peine quelques jours s’étaient-ils

écoulés que des Agniers massacraient sur le lac Champlain deux officiers français qui faisaient la chasse. L'un d'eux, M. de Chasy, était le cousin du marquis de Tracy.

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DE He NOUVELLE- “FRANCE 55 :

Nan Le to raconte que dans un festin que M. de Tracy donnait bientôt après aux cheïs iroquois, à l’occasion des préliminaires d’une ae paix générale un chef agnier, par bravade, leva le bras et déclara hautement que c'était ce bras qui avait cassé la tête du

sieur de Chasy. — Il n’en cassera pas

d'autre, répartit le marquis. Et sur le

. champ il fit étrangler l’insolent, rompit les

conférences, et donna des ordres pour l’organisation immédiate d’une grande expé-

dition contre les Agniers. Ce fut à la fin

de septembre 1666 que la plus forte armée que le Canada eut encore vue sur pied se mit en marche. Forte de six cents

soldats, de six cents habitants du pays et

de cent sauvages hurons et algonquins, elle était commandée par M. de Tracy qui avait voulu diriger la campagne en personne. Le sieur Charles LeMoyne, à la

tête de cent- dix habitants de Montréal,

faisait encore partie de cette expédition, où, comme dans la précédente, il eut l’honneur de marcher au premier rang.

Quand le grand chef des Agniers aperçut cette armée, quis’avançait tambour battant et avec une tenue superbe, il fut

| frappé d’épouvante et dit aux siens : «Mes

frères, sauvons-nous : car tout le monde

s’est levé contre nous». Sans tenter aucune résistance, ils s’enfuirent tous, abandonnant leurs quatre bourgades aux français qui les détruisirent de fond en comble avec l'énorme quantité de provisions qu’elles renfermaient. La lecon . était sévère mais bien méritée, car depuis plus de trente ans ces barbares n’avaient cessé de ravager la colonie.

Peu de temps après le retour de notre armée triomphante, les Agniers vinrent : trouver M. de Tracy à Québec et le supplier de leur accorder la paix. La destruction de tous leurs maïs les avait réduits à une famine extrême qui fit périr près de quatre cents personnes. <

Après toutes ces péripéties, fut enfin conclue une paix qui devait, cette fois, donner un peu de FD au pays et permet-

tre aux colons de s'occuper de la culture

de leurs terres et de profiter des avantages que leur offrait une si riche contrée.

Les services nombreux et signalés que

M. LeMoyne avait rendus à la colonie |

depuis plus de vingt ans lui valurent

enfin des lettres de noblesse que Louis XIV lui envoya en 1668, en le qualifiant du titre de Sieur de Longueuil, du nom d’une de ses terres, appelée d’abord la Petite-Citière. Ces lettres sont ainsi conçues : « Comme nous sommes informés des » bonnes actions que font journellement » les peuples du Canada, soit en réduisant » ou disciplinant les sauvages, soit en se » défendant contre leurs fréquentes insul- »tes, Nous avons estimé qu’il était de » notre justice de distinguer par des ré- » compenses d'honneur ceux qui se sont »le plus signalés. A ces causes et dé- » sirant traiter favorablement notre cher » et bien-aimé Charles LeMoyne, Sieur de » Longueuil, pour le bon et louable rap- » port qui nous a été fait des belles actions » qu’il a faites de notre grâce spéciale, » pleine “puissance et autorité royale, »nous avons annobli, et par ces présen- » tes, signées de notre main, annoblissons .

»et décorons du titre de noblesse le dit » Charles LeMoyne, ensemble sa femme et » ses enfants nés et à naître ».

Dans le partage des terres que le roi fit, en 1672, au Canada pour en hâter le défrichement, dit l'abbé Faillon,

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M. LeMoyne reçut toutes les terres non concédées sur le bord du fleuve, depuis | Varennes j jusqu’à Laprairie. Quatre ans. à plus tard, M. Duchesneau, alors intendant, voulant lui témoigner de plus en Pr plus la satisfaction du roi, réunit toutes fi ces concessions en un seul fief sous le | nom de Longueuil, qui resta depuis à l'aîné de la famille. L'année suivante, M. de Longueuil reçut une autre gratification de terre sur la rive droite du fleu- U ve, de deux lieues de front sur trois de D mA profondeur qu’il appela du nom de Châ- u ei teauguay qu’elle porte encore. |

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Dès 1683, prévoyant les services que É rendraient à la colonie des enfants élevés :

par un tel père, M. de la Barre, alors Gou- | Verneur-Général, écrivait à la Cour: «M.

a » LeMoyne à rendu de grands services au ï » pays ; mais celui qu’il vient de rendre » au mois de juillet dernier, en négociant » la paix avec les Iroquois, est si con- » sidérable qu il est à propos, pour l’enï » courager à l’avenir, où 1l nous peut encore Ar » mieux servir, que vous lui accordiez cette

| » gratification ». Il s'agissait de la place de gouverneur de Montréal vacante par la 1

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