TON LES MACHABÉES
aussi désagréable visite, Français et Ca-.
nadiens se ruent à l’assaut avec l’impétuosité de gens qui n'auraient pas fait . deux cents lieues de chemin. D’Iberville
et Sainte-Hélène, avec six compagnons :
résolus, escaladent les palissades et sautent en dedans des retranchements, tandis
que MM. de Troyes et de Maricourt en-
foncent la porte principale à coups de
bélier. Et tous, poussant l’effroyable cri de guerre des sauvages, se précipitent à l'assaut du blockhaus. La porte de la
redoute cède un instant sous les coups
furieux du bélier, et d'Iberville, emporté par son courage, bondit à l’intérieur,
son fusil d’üne main et l’épée de l’autre. Mais à peine est-il entré que les an-.
glais parviennent à refermer la porte," ©
et d'Iberville se trouve seul, dans une obscurité profonde et entouré d’ennemis.
Il lâche son coup de feu au milieu du groupe grouillant et hurlant sur lequel il tombe ensuite avec son épée. Certain.
de ne pas perdre ses coups, il ferraille de la belle manière et frappe d’estoc et de taille sur les assiégés qui n’osent riposter de peur de se blesser les uns les
autres. Enfin, la porte s'effondre sous
les efforts réunis des assaillants qui arri-
vent au secours de leur compagnon.
Amis et ennemis, les uns poussant les autres l'épée dans les reins, grimpent jusqu’à la plate- -forme où les nôtres assomment le canonnier sur une pièce qu'il. va décharger, tandis que les seize autres assiégés demandent quartier en Deus bas les armes. |
N'ayant pas un nombre d'hommes sufficn pour le défendre, les chefs de l’ex-
| pédition démolissent le fort, et, après
avoir réparé une chaloupe trouvée au fort et l'avoir armée du canon, ils partent avec leur petite troupe pour aller s’emparer du iort Rupert, situé à quarante lieues ‘de Monsipi, à l’est de la baie James. Après avoir suivi le bord de la
mer, ils arrivent près du. fort Rupert
dans la nuit du premier juillet. M. de
Sainte- Hélène, en allant le reconnaître,
aperçoit un vaisseau mouillé en face du fort. On décide qu'il faut commencer
par S’ emparer du navire, et cette entre-
prise est confiée à d' Iberville et à Maricourt. Tous deux s’émbarquent dans un canot d’écorce avec neuf hardis compagnons, et voilà ces onze braves partis pour
s'emparer d'un vaisseau de guerre: 1 La pirogue glisse silencieusement sur les eaux et accoste le navire : d’Iberville et Maricourt grimpent sur les flancs du Vaisseau, et sautent par dessus le bastin-
| gage. Le matelot de quart jette un cri
à demi étouffé par la Surprise et par les flots de sang qu’un grand coup d’épée lui arrache de la gorge avec la vie. C’est
. d'Tberville qui n’a pas trouvé de meilleur
argument pour l’empêcher de donner l’alarme, et qui se met à frapper aussitôt Sur le pont pour y, appeler les autres hommes de l'équipage. A mesure que
ces derniers, attirés par le bruit, ‘sortent
de l’écoutille, un coup bien appliqué les assomme sur place. Epouvantés, les autres demandent grâce, et d’Iberville reste maître du vaisseau à bord duquel se trouvait le gouverneur que les Anglais venaient d'envoyer à la Baie d'Hudson.
Pendant ce temps, le chevalier de
Troyes escaladait le fort qui se rendait
Sans coup ïérir, et en faisant sauter la redoute et démolir les palissades. Après quoi le vaisseau “ommandé par d’Iberville faisait voile pour Monsipi avec les prisonniers, tandis que M. de Troyes,
prenant la route de terre, revenait au même endroit avec ses soldats.
Le fort Kitchitchouanne, d'Albany, situé à trente lieues de Monsipi ét l'ouest de la baie, restait encore à prendre ; mais on ignorait l’endroit précis où.
il se trouvait. Quelques coups de canon qu'on y tirait à l’occasion de certaine fête attirèrent heureusement l'attention des nôtres qui se dirigèrent vers le lieu d'où venait le bruit. Pendant que d’I-
lmberville longeait la côte avec sa prise,
de Sainte- Hélène avançait par terre.
Arrivés en face du fort avec sa suite, M.
de Troyes envoya des parlementaires au commandant de la place, Henry Sergent.
Comme celui-ci refusait de se rendre, on
profita de la nuit pour débarquer quel-
ques. pièces de canon que l’on plaça en batterie sur une éminence, et avec le ] Jour on ouvrit le feu sur le fort. A peine quelques boulets avaient-ils été lancés sur la place, qu’elle se rendaït sans que les assiégés eussent brûlé une seule cartouche pour se défendre. Les Anglais avaient leurs grands magasins en ce lieu où les nôtres trouvèrent pour cinquante mille écus de pelleterie.
se rendit par terre à Montréal.
Après quelques jours d'un repos qu'ils.
avaient bien mérité et dont le besoin se faisait sentir, le chevalier de Troyes repartait pour Montréal, le dix août, après
avoir conduit à bonne fin une expédition qui lui faisait le plus grand honneur.
Malheureusement ce brave officier devait
mourir du scorbut l’année SNA au -
fort'de Niagara.
Quant à d’Iberville, 1l resta quelque temps sur les lieux pour y rétablir :
affaires de la compagnie du Nord;
puis, ayant envoyé les prisonniers … én France, ainsi que les pelleteries enlevées. aux ennemis, et. laissant le commandement du poste à son frère Maricourt, il
L'année HR 1688, nous retrouvons M. LeMoyne de Sainte-Hélène dans une grande expédition que M. Denonville entreprit contre les Iroquois-Tsonnontouans qui avaient encore une fois fait preuve de leur perfidie ordinaire. M. de Callières commandait l’avant- “garde for-.
mée de trois compagnies composées de français nés dans le pays. Ces troupes étaient soutenues à droite par trois cents
DE LA NOUVELLE- “FRANCE re.
sauvages chrétiens Commandes par M. de ‘ Sainte-Hélène ; à gauche venait un autre corps de sauvages, tandis que le
gouverneur suivait les troupes du roi et
les milices du pays. M. de Longueuil
faisait aussi partie de la petite armée.
Les Tsonnontouans ouvrirent le feu les
premiers et mirent en fuite quelques
Outaouais ; mais les sauvages tinrent
bon avec M.de Sainte-Hélène jusqu'à .:C@) que le corps de bataille fut venu à
leur secours. M.de Denonville, que l'extrême chaleur avait forcé de jeter son
habit, s’ élança vaillamment à l'attaque
d'un côteau que commandait un petit fort de pieux; mais ses soldats furent tellement surpris par l'attaque subite et les cris des Iroquois, qu'un grand nombre d’entre eux lâchèrent pied. Le géné-
ral parvint à rassembler les fuyards et
les ramena si vivement au feu qu’ils culbutèrent les Iroquois qui prirent la fuite
après avoir jeté leurs couvertures pour courir plus à l'aise.
«Les canadiens», dit le père Charle- Voix, «se battirent avec leur bravoure ordinaire : mais les soldats $e firent peu d'honneur dans cette campagne ».
Les Iroquois avaient été encore une .
fois humiliés. La famine les ayant visités à la suite de la destruction complète de leur bourgade, les Tsonnontouans qui comptaient auparavant dix mille âmes et huit à neuf cents guerriers, furent réduits à la moitié de ce nombre.
Au retour de cette expédition, M. de
Denonville écrivait à la cour: «Les
sieurs de la Durantaye, Granville, Dupuis, Berthier, La Vallière, Longueuil, qui ont très bien servi, seraient de très bons capitaines. Je ne saurais vous dire assez combien Granville et Longueuil, à chacun
desquels j'avais donné quatre compag:
nies à commander, se sont distingués par …
{ Î / dessus les autres. Vous avez donné au dernier une lieutenance qu'il a acceptée
avec plaisir ; il est l'aîné des sept irères de la famille LeMoyne, que le roi a anoblie
pour les services que feu leur père a rendus en ce pays. C’est une famille, avec celle des LeBer, beau-frère du dit LeMoyne, dont je ne saurais trop louer, et qui mérite le plus d’être distinguée par la bonne conduite et la bonne éducation des enfants qui sont tous honnêtes gens.
A l’entreprise du Nord, il y avait trois
| frères LeMoyne, qui eurent part à tout ce
qui s’est fait de bien sous M. de Troyes ».
Dans une autre lettre que M. de De-
nonville écrivait pour obtenir l’élargisse-
ment de prisonniers iroquois détenus à
Marseille, il est aussi fort avantageuse-
ment parlé du jeune LeMoyne de Sérig-
ny qui était alors cadet à Rochefort. Le gouverneur suggère au ministre de renvoyer les prisonniers sous la garde de M.
de Sérigny qui «parlait la langue iro-
. quoisé avec facilité et traiterait ceux que l’on conferait à sa garde bien mieux qu’ils
ne l'avaient été par ceux qui les avaient conduits OH nue ».
AP
tt ne TR L dt, « LE Onde PEN CENT A ES