‹ Les Machabées de la Nouvelle-FranceChapitre 18 sur 34 · SEA RO DE RAA AT PS · texte numérisé non relu

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ment, l’enivrement de la lutte corps à

corps avec des sauvages, la fuite précipitée

de l'ennemi, l’exaltation de la victoire.

Et tous, pour ainsi dire, boivent ses paroles. Au récit des dangers que son

époux a courus et sur lesquels il glisse

pourtant assez légèrement, madame Le- Moyne, dont l'âme affectionnée devine toute l'étendue de ces périls, a senti

plus d’une fois son cœur se serrer ; mais sa

figure calme n’en a rien laissé paraître.

Elle comprend que chacune des paroles { du chef de la famille est une leçon donnée à ses jeunes fils dont elle a déjà le droit

d’être fière, et que chaque trait de bravoure

que le père laisse tomber dans l’âme de ses enfants est cette noble semence qui pro-

duit des héros et qui est destinée, sans doute, à faire sonner bien haut, par la suite, ce nom respecté de LeMoyne au elle a appris à vénérer depuis le jour où lle a acquis le droit de le porter.

Ces beaux exemples que les frères

LeMoyne avaient continuellement sous les yeux produisirent de très bonne heure les plus heureux fruits, et à l’âge où nos jeunes gens sortent aujourd'hui

du collège, les fils de Charles LeMoyne servaient depuis déjà plusieurs années le roi, soit dans la marine, soit dans l'armée. Les deux aînés devaient être au nombre de ceux auxquels l’Intendant Talon faisait allusion lorsqu'il écrivait à Colbert, le 2 novembre 1671 : « Les jeunes gens du Canada se jettent. surtout dans la marine, de sorte que si cette inclination se nourrit un peu, il y a lieu d'espérer que ce pays deviendra une pépinière de navigateurs, de pêcheurs, de matelots, ayant naturellement de la disposition à ces emplois ». LD L'aîné des frères LeMoyne, M. de Longueuil, passa tout jeune en France, fut élevé près du maréchal d'Hunières, ‘et se brisa au dur métier de soldat dans la campagne de Flandré où il sut se distinguer. Dès l’âge de quatorze ans, d'Iberville commençait son apprentissage ” de marin sur un vaisseau qui appartenait à son père. Et puis il fit comme gardemarine plusieurs voyages en France, sous d’habiles navigateurs. A peine avaitil vingt-deux ans lorsque le gouverneur, M. de LaBarre, en 1683, le chargeait pour le roi de dépêches dans lesquelles il était 13 418 B

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dit : « Je vous envoie M. d’Iberville, jeune homme qui entend fort bien la mer, sait cette rivière admirablement, a amené et ramené déjà plusieurs navires en France, vous suppliant de faire enseigne de marine »..

C’est à cette époque que, sur la représentation de l’intendant de Meules au roi que les enfants des gentilshommes

canadiens, malgré leur aptitude pour la

guerre, n'avaient pas d'occasions d’en-

trer dans le service régulier, Louis XIV.

ordonna que, chaque année, deux jeunes

canadiens seraient admis dans les gar-

des de la marine, et pourraient ainsi se faire une profession du métier des armes.

Le second fils de Charles LeMoyne, Jacques de Sainte-Hélène et ses frères d'Iberville, de Maricourt, de Sérigny, de Bienville, d'Assigny et de Châteauguay débutèrent ainsi comme gardes-marine.

Les premiers faits d'armes importants que l’histoire attribue aux aînés des frères LeMoÿne, prennent place dans l’ex- pédition que le chevalier de Troyes con-

duisit en 1686, contré les pores anglais de

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la Baie d'Hudson. Sainte-Hélène avait alors vingt-sept ans, d’Iberville vingtcinq, et Maricourt n’était âgé que de vingt-trois ans. Tous trois se couvrirent de gloire à ce début sérieux dans la carrière des armes. } Depuis quelque temps déjà, les Anglais faisaient la traite des fourrures à la Baie d'Hudson qui appartenait pour lors à la France, et y avaient même construit plusieurs forts pour la facilité de leur commerce. Le marquis de Denonville, alors gouverneur du Canada, reçut de la cour de France instruction de déloger les Anglais de cette contrée où ils s’instal-

laient ainsi en maîtres, et choisit le che- :

valier de Troyes, capitaine des troupes,

arrivé de France l’année précédente, pour organiser et conduire cette expédition lointaine et pleine de fatigues, de misères et de périls. Cette entreprise hardie devant se faire par terre, il fallait, pour la mener à bonne fin, des hommes accoutumés à la marche, rompus aux fatigues de la vie des boïs, exercés à conduire des canots, capables de résister aux rigueurs de J’hiver, et habitués à faire la

petite guerre ; ce dont on avait surtout

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besoin en cette occasion, c’étaient des

coureurs de bois, des canadiens en un

mot. Aussi en. choisit-on soixante-dix parmi les plus éprouvés et leur donna-

ton pour chefs trois de leurs compatriotes, bons officiers, brisés à la guerre des sauvages, et accoutumés aux voyages de

terre et de mer ; nous voulons parler de Sainte-Hélène, d’Iberville et de Maricourt. Trente soldats, commandés par le chevalier de Troyes, et MM. Duchesnil et Catalogné, furent adjoints à cette petite troupe d’enfants du pays.

Ces quatre-vingt-dix hommes déter-

minés partirent de Montréal au mois.

de mars 1686, remontèrent la rivière des Outaouais jusqu’à la hauteur des terres

pour descendre jusqu’au fond de la baie

James. Avant d'arriver au premier poste anglais, ils avaient deux cents lieues à faire dans la partie laïplus difficile du pays. |

La première partie du chemin se fit à la raquette, et les bagages, les vivres et les munitions furent portés à force de bras sur des traîneaux sauvages appelés abaganes. Dans les premiers jours d'avril, les voyageurs parvinrent au Long-

Saut où ils construisirent des canots d’écorce pour achever de remonter l’Outaouais. Avec des fatigues et des privations incroyables, ils atteignirent le lac Témiscamingue, passèrent par de petites rivières et arrivèrent au grand lac d’Abbittibi, après avoir fait plusieurs portages, opération diffcile et des plus fatigantes. A l'entrée du lac fut bâti un petit fort de pieux, à la garde duquel on laissa trois canadiens ; après quoi les hardis aventuriers descendirent vers la baie James qu’ils aperçurent enfin le vingt juin, après trois mois de pénible voyage. « Il fallait être canadien, dit Bacqueville de la Potherie, pour endurer les incommodités d’une pareille traverse ».

À l'entrée de la rivière Saint-Louis ou Monsoni, sur l’île de Haye, s'élevait. le fort Saint-Louis aussi appelé Monsipi.

Il était bâti de pieux et flanqué de quatre bastions revêtus de terre; au milieu s'élevait un blockhaus de quarante pieds en carré, et d'autant de hauteur, et sur-

monté d’une plateforme portant quatre

pièces de canon.

Arrivés en face du fort, dont les déten

seurs sont bien loin de s'attendre à une

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