‹ Les Machabées de la Nouvelle-FranceChapitre 33 sur 34 · MAN · texte numérisé non relu

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de Chicago, il la remonta, descendit ensuite la rivière des Illinois jusqu'au Mississipi, dont il suivit le courant jusqu’à son embouchure où il arriva enfin le o d'avril Le Père Membré qui accompagnait La Sale entonna le Te Deum et le chef d'expédition prit, au nom du roi de France, possession du Mississipi, de toutes les rivières qui .

s’y déchargent et de toutes les terres que ces rivières arrosent.

Passé en France en 1683, La Sale proposa à Louis XIV de réunir au Canada l'immense vallée qu’arrose le Mississipi et d'assurer cette belle contrée à la France. Le roi accueillit parfaitement ce projet et La Sale fut chargé de coloniser le nouveau pays. Quatre vaisseaux furent mis à sa disposition. Mais on dirait que la fatalité qui s'était acharnée jusque-là sur La Sale, dans ses entreprises particulières sur les grands lacs du Canada, prenait plaisir à lui faire escorte jusqu’au golfe du Mexique. D'abord l’es-

cadre ayant été mise sous le commande-

ment de M. de Beaujeu, homme opinitre et jaloux, la mésintelligence ne tarda pas à éclater entre La Sale et lui L'on

dépassa l'embouchure du Mississipi, et M. de Beaujeu refusa de se rendre aux représentations de La Sale qui voulait le faire virer de bord, et continua de voguer à l'aventure vers l’ouest. On arrive à la baie Matagorda, dans le Texas, à cent vingt lieues au delà du fleuve que l’on cherchait. Ne voyant aucune trace du Mississipi, La Sale prit la résolution :

désespérée de débarquer son monde à cet endroit qu'il nomma Saint-Louis et où M. de Beaujeu le laissa avec cent quatre-vingts hommes, après avoir perdu le vaisseau qui contenait presque tout l’approvisionnement et les outils destinés aux colons. Ceux-ci se mirent néanmoins à l’œuvre avec coutage, mais les grains semés furent brûlés par le soleil, tandis que les bêtes sauvages, les indigènes et la maladie faisaient leurs ravages parmi les gens de La Sale. Enfin, l'épidémie, la disette et plusieurs expéditions qu'il fit à la recherche du Mississipi, et dans lesquelles il perdit bon nombre de ses gens, déterminèrent La Sale à demander des secours en France par la voie du Canada. Mais parti pour le pays des Illinois en janvier 1687, il fut bientôt massacré

par ses hommes qui finirent par s’entretuer les uns les autres et par disparaître

dans ces vastes solitudes. Quant aux

vingt personnes laissées à la petite colonie Saint-Louis, elles furent en partie massacrées par les sauvages qui emmenèrent le reste en captivité. | We

Dès qu'il fut de retour en France après son dernier voyage dans la Baie d'Hudson, d’Iberville, à qui la paix de Riswick que l’on venait de conclure ne

laissait plus rien à faire du côté du Ca-

nada, proposa au gouvernement ‘français de reprendre le projet de découverte, par mer, de l'embouchure du Mississipi.

Ses propositions furent agréées, et, au

mois d'octobre 1608, il partait de Brest

avec la Badine qu'il commandait lui-méme et le Marin sous les ordres de M.

Chevalier de Surgères. M. de Bienville, deuxième du nom, accompagnait son

frère sur le premier vaisseau en qualité

de garde-marin (1). - |

(x) M. l'abbé Daniel prétend que d'Iberville avait deux de ses frères. avec lui. ‘Dans le journal de l'expédition, que j'ai

sous les yeux, il n’est fait mention que de M. de Bienville, ’

MM. d’Assigny et LeMoyne de Chateauguay. Ils étaient vers le même temps gardes-marine à Rochefort. Quant à M. de Sérigny, il revenait alors de la baie d'Hudson.

Le vingt-sept janvier 1600, d’Iberville mouillait en vue de la terre de Floride et en face de la baie de Pensecola où trois cents espagnols étaient venus s'établir depuis peu. Le 31 janvier on jetait l'ancre au sud-est de la pointe orientale de la Mobile, rivière parallèle au Mississipi, et, le 2 février, le commandant descendait

dans l’île Dauphine bien proche du grand Îleuve qu’il cherchait. De là, d’Iberville gagna la terre ferme et ayant atteint la rivière des Pascagoulas, il s’embarqua, avec son frère Bienville, M. de Sauval(r), lieutenant du Marin, le père Anastase, récollet, et le pilote Eateau, sur deux barques longues qu’on nommait biscayennes et qui tiraient peu d’eau. Les explorateurs qui comptaient en tout cin-

quante et un hommes, parmi lesquels bon

nombre de canadiens, se mirent à examiner les terres basses de la côte où se cachait l’embouchure du Mississipi.

CTe:2 Mars: dt le journal du voyage, » la terre était toute inondée, nous aperçu- »mmes une passe entre deux buttes de » terre qui paraissaient comme de petites

(1) Guérin, l’auteur de l'Histoire maritime de France, écrit Sauvole.

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»isles ; nous vismes changer l’eau que » nous goutasmes et trouvasmes douce...

» Peu de temps après nous aperçumes » l’eau fort épaisse et toute chargée ; à.

» mesure que nous approchions nous dé- » couvrions les passes de la rivière qui » sont au nombre de trois. Sur les qua- »tres heures du soir, nous mismes à terre, » à une lieue et demie dans la rivière » parmi les roseaux dont la côte est bordée » des deux bords, si épais qu’on a de la » peine à y voir. Le mardi, 3, sur les » sept heures du matin, on dit la messe »et on chanta le Te Deum en reconnais- » sance du fleuve du Mississipi..… Les » deux bords de la rivière courent de- » puis l’ouest nord-ouest jusqu’au nord-est, » à 5 lieues de son embouchure, elle n’a » que la portée d’un boucanier de large.

» Nous vismes le long de la côte quantité » de gibiers, canards, outardes, sarcelles et » autres ; nous aperçumes aussi un loup- » cervier qui courait le long de la côte et » un rat qui est un animal qui cache ses » petits dans une bourse qu'il a sous le ven- »tre.. Le mercredi, jour des cendres, on » donna les cendres à tout le monde et » ensuite on dit la messe ; après avoir planté

» une croix et dé] euné sur les sept heures, » nous nous embarquasmes ».

L'on continua de remonter le Mississipi pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’on parvint aux Oumas. En cet endroit un chef indien remit une lettre à Bienville.

Elle était datée du mois d'avril 1685, et portait cette inscription : « A Monsieur » de La Sale, gouverneur de La Loui- » siane, de -la part du chevalier de Tonti ». C’est en venant à la recherche de La Sale, et après avoir perdu l'espoir de le rencontrer, que M. de Tonti avait déposé cette lettre dans le creux d’un arbre, avant de quitter le pays. Bien certain maintenant d’être sur le Mississipi, d’Iberville revint en arrière et s'arrêta dans la baie de Biloxi, située entre le Mississipi et la Mobile, et y construisit un fort. Ilen donna le commandement à M. de Sauval à qui il laissa Bienville comme lieutenant.

D’Iberville repartit aussitôt après pour la France, où il ne séjourna pas longtemps, puisqu il était de retour à Biloxi le 8 janvier 1700. Il apprit à son retour qu’une corvette anglaise était entrée dans le Mississipi, qu'elle ne s'était retirée qu après des menaces réitérées de Bien-

ville, et que ceux qui la montaient avaient promis de revenir. Cela détermina d’I- berville à élever sur les bords du fleuve un fort armé de quatre canons, et dont il donna lé commandement à Bienville.

Natchez, où il eut un instant l’idée de fonder une ville. Mais le manque de moyens nue força de retourner à Biloxi dont il fit

le quartier-général de la colonie. En repartant pour la France il laissa le com- mandement du fort situé à l'embouchure du fleuve à Bienville et au sieur Jucheréau de Saint-Denis qui, parlant plusieurs langues sauvages, pouvait rendre comme

nouvelle colonie.

la rivière Mobile en 1707, où Bienville, devenu par la mort de Sauval, commandant de la colonie, transporta l’établissement de Biloxi Un des plus jeunes frères LeMoyne, M. d’Assigny, qui accompagnait d'Iberville, mourut cette année-là, 1701, des fièvres jaunes à Saint- Domingue. En 1702, d'Iberville vint pour la ve fois à la Louisiane

Ensuite il remonta jusqu'aux pays des

interprète des services importants à la

D’Iberville établit un autre poste sur

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avec trois bâtiments, la Renommée qu’il commandait en personne, le Palmier commandé par son frère, M. de Sérigny, lieutenant de vaisseau, et l’Enflammé sous les ordres de M. La-Ronde Denis. D’Iberville fit élever des casernes et des magasins sur l’île Dauphine qui finit par devenir le quartier-général de la colonie.

Il fit encore établir sous la surveillance

. de son frère Bienville, un fort à quatre

bastions dans la Mobile, à seize lieues de l’île Dauphine.

Dans un mémoire qu’il adressa cette année-là au roi, on voit que d’Iberville n'était pas moins bon administrateur que vaillant homme de guerre et habile marin.

Ilénumèretoutes les ressources delanouvelle colonie, qu’il vient de visiter minutieusement. Au premier rang des richesses du pays il place le commerce des pelleteries qu’il évalue à deux millions cinq cent mille Livres par an pour des débuts :

viennentensuite les mines de cuivre et d’ar-

gent dont il indique les gisements du côté de Pains, près du Nouveau-Mexique (r) ;

(x) On reconnut malheureusement par la suite que ces mines n'étaient pas aussi riches qu’on l'avait d’abord supposé.

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enfin il insiste surtout sur les ressources

qu'on peut tirer de l’agriculture et du

bois de la contrée pour la construction des vaisseaux. «Il serait nécessaire, dit- »il, d'envoyer en Louisiane surtout des »laboureurs, afin qu'on ne soit plus

» obligé d’y faire passer des vivres. On y

» pourra construire des vaisseaux de telle » grandeur que l’on voudra sur l’île du

:» Massacre (l’île Dauphine). Ayant les

» vivres là à bon compte, on y pourra con- »struire à beaucoup meilleur marché »qu’en France, en faisant marché avec » les constructeurs ».….. R

Pendant ce voyage, d'Iberville fut atteint de la fièvre jaune et revint malade en France, où il fut nommé capitaine du vaisseau du Roi. Il était à la veille

d'exécuter un plan d'attaque contre les

flottes ennemies de la France, sur les côtes d'Amérique, lorsqu'une grave et longue maladie, suite de celle qu'il avait contractée durant son dernier voyage, vint

suspendre pour quelques années ses tra-

vaux.

Petit à petit cependant, la Louisiane se

peuplait, grâce aux efforts des frères Le- Moyne, ses fondateurs. On à remarqué,

sans doute, qu’un grand nombre des premiers colons de la Louisiane étaient des ca-

nadiens ; or ce pays étant regardé comme

faisant partie de la Nouvelle-France, on le considéra comme appartenant au diocèse de Québec, et M. de Montigny fut envoyé de Québec, avec quelques prêtres du séminaire des missions étrangères, tant pour s’occuper de la conversion des sauvages que pour veiller au salut des cana-

diens et ‘des français qui s'étaient éta- :

blis sur les LORS du Mississipi.

Vers ce temps éclata la guerre de la succession d’Espagne. Le duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, étant devenu roi d'Espagne par la mort de Charles II, l'Angleterre, l'empire d'Allemagne et la Hollande, qui ne voulaient point reconnaître le nouveau souverain, s'empressè-

rent de déclarer la guerre à la France.

D'Iberville qui s'était rétabli tant bien que mal de sa dernière maladie, reprit

le projet qu’il avait conçu en 1703 d’aller guerroyer, sur les côtes de l'Amérique contre les ennemis de la France. Le roi mit à sa disposition seize bâtiments de l'état.

Au commencement de l'année 1706, . comte de Chavagnac, capitaine de vaisseau et qui servait sous d'Iberville, ï prit les devants sur son commandant avec une division de quatre bâtiments de guerre et une flûte. Passant par la Mar- Û tinique, Chavagnac y prit un détachement de troupes, des milices et cinq à six cents flibustiers qui étaient alors la terreur des mers du sud, et, sans atten- dre d'Iberville, il alla faire une descente à Saint-Christophe, colonie anglaise, qu'il hs mit au pillage pendant huit jours. Il avait entassé pour plus de trois millions de butin sur sa flottille quand il rejoi- gnit d’Iberville, qui venait d'arriver à la . Martinique avec six vaisseaux de guerre.

Hi Les deux commandants embarquèrent avec onze cents flibustiers et se disposèrent à aller attaquer la Barbade. Mais d'Iberville apprit que son projet avait été éventé et i! dut se rebattre sur l’île de Nevis, où il fit toute la population prisonnière, depuis le dernier soldat jusqu'au gouverneur. Pour se racheter, ceux-ci durent livrer aux vainqueurs toutes les richesses de la colonie, numé- raire et marchandises, sept mille nègres

et trente navires de guerre et de commerce. Ces deux expéditions qui ne coûtèrent qu'une cinquantaine d'hommes tués et blessés aux vainqueurs, firent un tort incalculable à l'Angleterre.

D'Iberville revint à la Martinique, où les dépouilles de l'ennemi répandirent des richesses fabuleuses. Poussé par ce besoin d'activité qui le distinguait surtout, il fit aussitôt voile pour la Havane,

afin de fondre de là sur la flotte de la

Virginie et de Terre-Neuve. Malheureusement atteint d’une seconde attaque de fièvre jaune, le grand capitaine, dont la santé était affaiblie par plus de trente années de fatigues incroyables et de combats continuels sur terre et sur mer, ne put résister au fléau. Il avait à peine quarante-cinq ans. On l’enterra

avec pompe, le 19 juillet 1706, dans.

l'église de la Havane. «C'était, dit Léon.

» Guérin dans son Histoire Maritime de

» La France, un héros dans toute l’éten- » due de l'expression. Si ses campagnes, » prodigieuses par leurs résultats obtenus »avec les plus faibles moyens matériels, » avaient eu l’Europe pour témoin et non

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»les mers sans retentissement des voisi-

»nages du pôle, il eût obtenu de son » vivant et après sa mort, un nom aussi

»célèbre que ceux des Jean Bart, des

» Duguay-Trouin et des Tourville, et fût »sans aucun doute parvenu aux plus » hauts grades et aux plus grands com- » mandements dans la marine ».

Pour faire une biographie complète de MM. de Sérigny, de Bienville et de Chateauguay, les seuls trois survivants des frères LeMoyne, il nous faudrait suivre chacune des phases de l’histoire de la Louisiane et des colonies françaises des Antilles, à laquelle leur nom est intimement lié, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. Mais le cadre de cet ouvrage ne

nous permet pas de donner un tel déve-

loppement à notre récit. Nous nous con-

tenterons d’énumérer, en peu de mots, les

services rendus à la France par les trois

derniers survivants des fils de M. Charles

LeMoyne, et d’esquisser en quelques traits l’histoire des premiers temps de la Louisiane.

Après avoir attaqué et chassé de la

‘Floride, de concert avec son frère Bien-

pays. Il fit ainsi construire une rade spacieuse à l’île Dauphine, après en avoir

ans plus tard, gouverneur de Cayenne, et

ville, les Espagnols qui s'étaient établis dans la baie de Pensecola, M. de Sérigny se rendit en Louisiane et y fortifia le

chassé les Espagnols qui s’en étaient emparés. Il y commanda deux ans avec ses frères Bienville et Chateauguay, et passa en France en 1720, époque où il fut promu au grade de capitaine de vaisseau.

Devenu gouverneur de Rochefort, où i s'était fixé, en 1723, il y mourut en 1734, agé de soixante-six ans, laissant une fñlle,) ainsi que deux fils qui surent se distinguer au service du roi. ‘4 Quant au sieur LeMoyne de Chétean guay, déjà enseigne en 1703, il fut fait capitaine et devint commandant des troupes du roi à la Louisiane en 1717.

Nommé lieutenant du roi en 1718, il fu décoré de la croix de Saint-Louis quelque temps après. Appelé au gouvernement | de Ja Martinique en 1727, il devint, dix

GÉCURE cette position jusqu’ en 1744, époque à laquelle il repassa en France. Choisi enfin comme gouverneur de l'Ile Royale en | 1745, il vint mourir à Rochefort en 1747.

La dernière partie de ce travail revient de droit à M. de Bienville, fonda-

teur de la Nouvelle-Orléans qui est

aujourd’hui l’une des plus riches métropoles De mrtiaRe du Nord.

La mort de d'Iberville fut une Le

des plus déplorables pour la colonie

naissante de la Louisiane. Par l’in-

fluence qu’il avait à la cour et par les fré-

quents voyages qu'il faisait en France,

Jui seul était alors à même d'obtenir

les secours d'hommes et de provisions nécessaires à la subsistance et au développement de la jeune colonie. Aus-

si la voyons-nous languir, dans les premières années qui suivent la mort de

son illustre fondateur, malgré tous les

efforts de M. de Bienville, qui, du reste, ne se trouvant encore que commandant en second, ne pouvait prendre l'initiative qui eût sans doute changé la face des choses, comme la sagesse de son administration le prouva par la suite. Tout cessa donc de progresser en Louisiane après la mort de d'Iberville, défrichement, commerce, population, et, par surcroît de malheur, les corsaires, ayant

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fait une descente sur l’île Dauphine en 1711, causèrent, tant au gouvernement qu'aux particuliers, des dommages qui se

montèrent à quatre-vingt mille francs.

L'année suivante, un riche négociant de Paris, Crozat, homme entreprenant et hardi, obtint de la cour, pour seize ans, le privilège du commerce et de l'exploitation des mines de la Louisiane.

Pendant quelque temps, on put croire à un nouvel élan pour coloniser et favoriser le développement agricole et commercial du pays; mais Crozat ayant fait défendre aux habitants d'aller vendre leurs denrées à Pensecola où les Espagnols donnaient en échange de ces produits le seul argent qui entrait dans la colonie, les affaires cessèrent bientôt complètement. C’est vers ce temps, 1716, que M. de Bienville, alors lieutenant du roi, fut chargé d’aller châtier les Natchez, indigènes de la Louisiane qui venaient de massacrer quelques français.

L’attitude ferme de Bienville, qui était

accompagné de cent hommes, imposa

tellement aux chefs Natchez, qu'ils se décidèrent à remettre les meurtriers entre

les mains du commandant français qui leur fit casser la tête. Bienville força ensuite les Natchez à élever à leurs frais, dans leur grand village, un fort avec des magasins et les logements nécessaires pour Jagarnison. Quandil fut terminé, au bout de six semaines, Bienville en prit possession avec ses soldats, et lui donna le nom de Rosalie en l’honneur de madame de Pontchartrain, femme du ministre des colonies.

Les espérances que Crozat avait fon-

. dées sur la Louisiane s'étant évanouies

par la faute même de celui qui les avait conçues, le trop célèbre banquier Law reprit l’entreprise en sous-main, vers .

1717. Mais le malheur semblait s’attacher sur la colonie avec une persistance étrange ; cette année-là même, pendant qu’on travaillait à fortifier l’île Dauphine -où étaient les magasins de la colonie, un terrible ouragan vint, en fermant l’entrée du port par un grand amas de sable, rendre ces dépenses inutiles. C’est alors que Bienville jeta sur les bords du Mississipi, à trente lieues de l’océan, les fondations de la Nouvelle-Orléans.

La guerre ayant éclaté de nouveau sur ces entrefaites entre la France et l'Espagne, MM. de Sérigny et de Châ-

nement de s'emparer de Pensecola, ce poste voisin de la Louisiane que les Fran-

teauguay furent chargés par leur gouver-

çais convoitaient depuis longtemps. Le 3 chef d’escadre Desnots de Champmeslin,

avec cinq vaisseaux sous ses ordres, se joignit à M. de Sérigny et vint assaillir

la flotte espagnole qui, commandée par ;

l'amiral Carascora, bloquait la rade de Pensecola. M. Bienville devait attaquer Ja place du côté de terre. Le 17 septembre 1719, Champmeslin et Sérigny, après un combat très vif qui dura deux heures

et demie, forcèrent le blocus en faisant

baisser pavillon à la flotte ennemie, tandis que Bienville contraignait la ville à lui ouvrir ses portes. On fit quinze cents prisonniers et les fortifications de Pensecola fureñt en grande partie dé-

mantelées. Aa suite de cette glorieuse campagne dont le succès était encore dû :

aux frères LeMoyne, Louis XV nomma

M. de Sérigny capitaine de vaisseaux et .

Châteauguay commandant de Saint-Louis

de la Mobile. Quant à Bienville, il fut

Lit

peu de temps après nommé commandant

général de Ja Louisiane et chevalier de

Mibedre de Saint-Louis. L’année 1720

devait voir la ruine personnelle de Law

devenu ministre, et l’écroulement de ses projets gigantesques sur la Louisiane.

geait sur cette colonie, au moment de sa ÿ à chute partirent de France et arrivèrent sans ressources sur la plage de Biloxi.

La disette la plus affreuse se mit bientôt parmi ces infortunés dont plus de he cinq cents moururent de faim. Ce désastre fit abandonner définitivement Biloxi, et la Nouvelle-Orléans devint la ë ne de la Louisiane en 1723.

Ë Malgré tous les malheurs qui avaient | marqué ses premières années d'existence, Ja Louisiane s’établissait peu à peu et commençait à prospérer Sous le comman- . dement général de Bienville lorsque celuici fut rappelé en France en 1726. C’est 4 sous le gouvernement de son successeur M. Périer, qu’éclata la trop célèbre conspiration des Natchez, le 28 mai 1720.

A un moment donné, ces sauvages se soulevèrent contre les Français et mas-

Quelques centaines de colons qu'il diri-

sacrèrent plus de deux cents personnes avec un raffinement d’outrages et de, cruautés inouïs.

Ce fut alors qu’on regretta, en Louisiane, le départ de Bienville que certaines jalousies avaient fait rappeler en France, et que la cour comprit de quelle importance il était de laisser à la tête dela colonie cet homme dont l'énergie et l’expérience étaient seules capables de maintenir les Natchez dans les bornes du devoir. Aussi fut-il renvoyé en 1732 à la Louisiane avec le titre de Gouverneur- Général. Pendant les longues années qu’il occupa ce poste, son administration intelligente produisit les plus beaux résultats, et quand il quitta la Louisiane il laissait cette colonie dans l'état très prospère. |

Déjà promu au grade de capitaine de vaisseau en 1748, M. de Bienville reçut du roi, à son retour en France, une pension de 4800 livres. Enfin, après .

une longue carrière si noblement remplie, il mourut à Paris, en 1768, à l’âge avancé de quatre-vingt-huit ans. Il n'avait

pas d’héritier pour perpétuer son nom :

mais il laissait à la France la colonie dela Louisiane sûrement établie et la Nouvelle- Orléans fondée, œuvres impérissables qui devaient conserver sa mémoire jusque dans la postérité la plus éloignée.

Ainsi réunies en palmes glorieuses, les exploits des frères LeMoyne, remontant à une époque de nos annales où l’on ne compte que des victoires, forme le plus beau faisceau de nos gloires nationales.

Que l’on nous montre dans l’histoire des peuples tant vantés de l’antiquité toute une famille d'hommes plus dévoués à leur pays que ces LeMoyne qui promenèrent leurs armes victorieuses sur la moitié d’un monde. Pendant un siècle, depuis les’ glaces du pôle jusqu’à la zone torride, l'Amérique du Nord les vit à l’œuvre ces hardis pionniers canadiens, portant haut et ferme le drapeau de la France, contents de privations, prodigues de leur sang et ravis de mourir au service de la patrie.

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