CONTAI LB COLONEL PICQUAIIT
Ceci fait, le colonel tvait demandé à passer devant un conseil d'enqaèle pour s'expliquer sur
1rs rpprorhes .irtî.-nlr- (Mnlr.' lui.
I>e générai Uiii i lui r* ;> n iit enlemeltant aux arrêts de rigueur, quelques Jours après le procès d'Ksterhaxy.
PRBMIKRB ARRirSTATIOM
ht 13 janvier — le jour même où Emile Zola
faisait entendre, au nom de la conscienre pu-
•\ son supprl)e cri de colère et de protesla-
lans sa lettre : J'accme — dé:» la première
, un break d'artillerie, attelé de deux che-
^ax et conduit par un soldat du train, s'arrêtait
de la rue Yvon-Vlllarceau.
. ... de gendarmerie en descendait et,
, > s'être assuré que le colonel Picquart était
iC2 lui, montait h son appartement.
' ri d'heure après, le colonel Pi'*'""" "n
sans le sabre, drapé dans ne d'ordonnance, montait dans le break et, I lance de l'ofOcier de gendarmerie, i la place de Paris, d'où on le tracerait une demi-heure plus tard au llont*Valr
lit l'une des noa- ^ mois plus lard.
54 LBS MACHINATIONS
le faussaire Henry, arrêté après ses aveux, allait être suicidé pour le i>alul de l'Elat-MaJor.
Ce n'est que le 21 janvier que ie général Billot, exécuteur des basses œuvres des bureaux de la guerre, institua une commission d'enquête devant laquelle Picquart allait être appelé à comparaître.
Huit jours s'étaient écoulés depuis l'arrestation de l'orScier. Pendant ces huit jours. Billot avait hésité à commettre devant le nouveau Terrait que la presse infâme, fidèle écho des faussaires, réclamait de sa faiblesse.
Le27du même mois, Picquart recevait enfin, du général Dumont, commandant la 1.T brigade d'infanterie, rapporteur du conseil, une note dans laquelle il lui était annoncé que l'enquête porterait sur les points suivants :
i« M le lieutenant-colonel Picqaart a commu nique à une personne étrangère à l'armée. M* Leblois, avocat, deux dossiers secrets intéressant la ri<^rAn«r> nationale et à lui confiés pour le service.
2* Il a été vu assis, dans un bureau, auprès de M* Leblois. Il y avait devant eux, ouvert, un dossier renfermant des dossiers secrets ; de ce dossier était sortie, au moment où le fait a été constaté, la photographie d'une pièce de la plus haute importance.
3« Il a proposé à un officier sous ses ordres de certifier que l'écriture d'un document de provenance indéterminée était celle d'une personnalité de na-
CONTRI LB COLONEL PICQDAlT 55
tionalité étrangère et eonone de toate la tecUon de statistique.
•4* li a remis a M* Lebloi» un incitant nombre de l«>ltres adressées, au cours d'une mission confideo- , par M. le général Gonse, son chef immédiat, 1 1 iiaitant uniquement de qaesUoos de service.
REL'NIO.N DU COUSëIL V £>QUlvTe
Le conseil d'enquête se réunit le I" février, <lans le buis-clos le plus strict. Tout ce qu'on en connut, d'un*' façon précise, c'est que M' Leblois fut le seul tniioiu civil entendu. Les autres . i,ii»nt — le faussaire Henry en tAte — les employés da 2* bureau.
Or, malgré Ip tiiy-(»>requi a tic
hatH. les journaux aaint-dom:.!!.-::. : tinrent Mir ( <Mi\ci de nombreux détails. On eût cru lire des comptes renlu.s d'audience, écrits par des chf' " ires qui y eussent assisté.
n.j icnts que l'on publiait éUienl
erronés : oa le bois-clos avait été violé par les iiionitir^s du conseil.
c. .i- <lf>rniAr«> hypothèse élall la vraie, et Ton v..y,ùi (I ^ icrs d'Elal-MaJor, parmi lesquels Henry ei du Paly de Clam, courir les bureaux de journaux pour y rédiger de la « copie » eootre
t>; tlll.irt.
56 LIS MACHINATIONB
M. Bertulus, dont rinstruciion prenait une tournure inquiétante pour E^tterhazy et ses protecteurs, se voyait d'ailleurs, lui aussi, en l)utle aux outrages des feuilles soumises. Vervoorl, notamment, le dénonçait comme suspect, sous le prétexte qu'il était « l'oncle de la femme du secrétaire particulier de l'un des conseillers du syndical de trahison ».
On en voulait à M. Berlulus d'avoir rendu une ordonnance de non-lieu sur la plainte déposée contre M. Mathieu Dreyfus, pour la prétendue tentative de corruption du colonel Sandherr.
Par cette plainte, n'avait-on pas essayé d'atteindre le colonel Picquart, en insinuant qn^ ' corrupteur, noblement repoussé par son pi cesseur au service des renseignements, avait sans aucun doute trouvé bon accueil auprès de lui ! ! !
La légende du « syndicat de trahison », on voulait à tout prix, et par n'importe quel moyen, l'imposer à l'opinion publique.
Cependant, d'après les rëglemonts niiiiiair Conseil d'enquête n'avait donné qu'un !^i , avis. De cet avis, le ministre de la guerre avait le droit de ne tenir aucun compte. A lui seul il appartenait de prononcer sur les faits reprochés au colonel Picquart.
Le procès Zola allait avoir lieu. Picquart flgurait au premier rang des témoins assignés par l'illustre et généreux prévenu. Lp ?mi>< ralilp
CONTRS UL COLONEL FICQOA.RT 57
Billot résolal de profiter de cette situation, en tête de IMcquarl, v: •<< >'.i.iiu«.iv-. ■' .. i»arlail,s'il pro. lii tuoe de la Cour d'assises pour con-
fondre ses accusateurs, on serait à son égard impiloyal*' lire, s'il se taisait, s'il agissait
!(ur M : un mot, s'il ménageait les faus-
tircs, toutes les indulgences lui seraient acquises.
La preuve de ce honteux calcul, nous la Irou-
%uns ^ " Ue déclaration faite à la barre par le
généi
[•■ cuiunei iiciiuuii ctdii absorbé par celle
iilaire (l'afTaire Dreyrus-Etlberaiy) et, comme voas
a dit ici le chef de l'Élat-Major général, on l'a
- —'r^' - ■ „r chercber à rectifier son
oi>r qui nnnit tr^» hien fait
nm.E
Ll. Vl-:i ! . 1 . ' rai«, noot esperioas tous qu'il ropr'Mitii.. . redeviendrait ce qu'il avait été
tuujuur«, t •-. - . lire an bon officier.
Ain «comptait une dc^faillancc de cons-
ri..r> » »..^.«,.l.. .i,ie I KulMaJor faisait
Ai quatre mob, et qai
e trouvait menacé d être chassé de oelta armée à
il avait donné plus de vingt-cinq ans
. . j ; C'était le peu eoniuttre. Ses perséca-
tcurs l'avaient Jugé d'après leur propre lâcheté.
58 LBS MACHINATIONS
LE PBOCès ZOLA — LB « PETIT BLBU »
Picquart, toujours détenu au Monl-Valérien, reçut l'autorisalioD de se rendre chaque jour au Palais-de-Justice sans escorte. On lui " l.i
seulement sa parole de rentrer chaque . us
sa casemate.
M* Leblois trouva le moment tavorable pour Taire connaître au public, en réponse aux infamies colportées sur son ami Picquart, quelquesunes des lettres si affectueuses et si pleines d'encouragement que le général Gonse lui avait adressées, tant au cours de son enquête qu'après son départ pour la Tunisie.
Cette publication. airola de rage les hommes de l'État-Majorqui résolurent de ne plus avoir, pour Picquart, aucun ménagement.
C'est le général de BoisdelTre lui-même qui ouvrit le feu. A tout seigneur tout honneur. A une question de M* Labori, il ûl celte réponse :
— Il y deax sortes d'accusaliona contre le lientenant-colonel Picquart. 11 y a dei accuisaliuns qui sont encore d'ane forme indéterminée. Il y en a d'autres qui ont traita son service proressionuel et qui ont été probantes et vues. La meilleure preuve en est qu'on a parlé hier de lettres et publié hier matin dans les journaux des lettres qui étaient la propriété de celui qui les avait écrites.
CONmR LB COLONEL PICQOART &9
Hais le questionnaire de M« Labori se rétrécisle général de itoisdelTre se vit contraint ""- que, tout le premier, eo 180<), il avait le colonel Picquart dans ses recberiies. il est vrai qu'alors, il ignorait qu'Estcrhazy était l'auteur delatrah* iir laquelle Dreyfus
avait été condamné, ei . tiquête du colonel Picquart contre Esterbazy aboutirait à celte >'■ te.
.^ . .rbe Gribelin, Pastucieux Lautb, l'bon-
n'to llonry, Ilavary et de Pellleux vinrent sue-
•;sâivement Taire à la barre de haineux réqni-
re le colonel. Non seulement les
... , rs reéditèrent, en les aggravant,
••urs dépositions précédentes, mais ils produisirent, en sus, des articulations que Ravary luimême avait dédaignées, tant elles lui avaient emblé insoutenables. C'est à ce propos que Ilavary flt, à M' Clemenceau, celte réponse bis> lie : «La justice militaire ne procède pas
...;ue la vôtre. »
Il deuni visible que, sous l'impulsion de il' nry, tout l'elTort de l'Êtat-MaJor allait se port rit bleu, pour en inflrmer Pautben-
I ableu, d'ailleurs, n avait-il pas senri
de pivot aux machinations contre Picquart ? Que (Il -lit la iausse dépèebe lignée Uianchê, du 10 uo\cmbre. inspirée à Bstêriitiy par du Paty de Clam el par Ueoryf • On a des pranves que le
pelit bleu a été fabriqué par Georges. » C'étail surloul à ce docuraenl révélateur que Henry tenait à s'en prendre ; à ce document qui constituait une charge terrible contre Esterhazy, son ami de vingt ans, dont il avait reconnu, trop tard, hélas I l'écriture dans le bordereau — contre Esterhazydont il avait, sans doute, été le complice, ainsi que permettent de le supposer les affaires d'argent qu'ils traitaient ensemble. Ah ! ce maudit « petit bleu! » Si, sur ses fragments informes, il avait pu déchiffrer l'adresse d'Esterhazy, comme il se serait empressé de le détruire ! N'ayant pas supprimé cette pièce accusatrice, il fallait, à tout prix, la présenter comme un faux.
Des incidents, presque gais, se produisirent. L'un des mensonges de liavary, par exemple, fut établi par Lauth qui — contrairement à ce qu'avait prétendu le loyal rapporteur devant le Conseil de guerre — se vit obligé de reconnaît I ' culu-
nel Picquart n'avait pas gardé les ; , . uLsdu petit bleu pendant un mois, mais tout au plus pendant cinq ou six Jours.
Puis, quand Laulh eut terminé d'accuser son ancien chef, M* Labori lui posa la question que voici :
— Est-ca que le commandaut Lauth n'est p&a resté, après ces faits, dans les termes les plus ami-
conthb lb colombi. picquamt 61
ckox avec l«eolooet Picquart? E»Uce qu'il n% pas dioè chex lui en octobre 1896 T
Laoth répondit, avec une gène visible :
— Uui. Jr 1 .11 ;i 1 ■ . ■ '. J.' l'.iv il» |. ^^ ;i lui
tourner le «i.> i ' i ^ -:\llM.i; lAlT r-innif celui-là.
;a» « «i"v»''» •"lit"., c était raccusatioii .uîkco contre 1> . Picquart d'avoir voulu faire dis-
paraître frauduleusement les traces de déchirures sur la photographie du petit bleu... Ce « simh]>^ fait », c'était également 1^ troisième des ils relevés par le Conseil d'enquête : tentade su' t) de l^uth pour lui faire
irer qu n ic<.uuuaissait l'écriture de celte
MUS le même ordre d'idées, il convient d'ail-
Il irs, une fois pour toutes, de rappeler que
i <temps aprèâ l'époque où l'on plaçait ces faits
Il tés main tenant à crime au colonel Picquart,
iirs avaient conservé avec luid'excel-
>ns.
.or moi, deux mois après son départ
uinisiôre, Uribelin lui adressait des souhaits
'il annonçait son inscription
loeur.
' ins Uê prêmUn ;ours ds /VoHsr t897, le misé-
rable Henry lui envoyait une lettre affectueuse, dans laquelle il Taisait allusion à son retour possible. Knfln, le 2.V mars i891, (ionse lui écrivait encore pour l'assurer de tout son dévouement 1
i.ÛNThB in nttnN»'! pimiiAiiT ^
L«a aocusateun confondus.
oiitioo MOtaUoooelle do coioneJ Picqaart. — S« nfroDtaiion arec m« accoMleurs. ~ Déroute des tti\ témoins ri de* fauttairei. -~ Le colooei Pioquart ilragé à U barre. — l'ellieui A la rescooaae. — Le r^ Irotiibé- — I-t> cDUi) lii- la iii^r<> Tauiae.
\a' rolonel Pic^uart fut enfln appelé à déposer
Il rinquiërofî audience. Pour la première fois il
était permis de ^'expliquer en public, alors