‹ Les machinesChapitre 30 sur 36 · I. Saint Luc, chap. viii · texte numérisé non relu

I. Saint Luc, chap. viii

ne!, le semeur n'arrive pas à répandre d'une ma- (lière égale la semence sur toute la surface du champ. Le seimir, au contraire, permet la culture aoiis voies, c'est-à-dirc en lignes (fig. 50); il économise un tiers de la semence, et la répartit avec une parfaite égalité; enfonçant le grain en terre, il le

protège contre les différents accidents auxquels autrement il resterait exposé. Que d'avantages présenterait de même un semoir moral, qui ferait pénétrer la parole de vie jusqu'A la bonne terre '; notre cœur, où elle porterait du fruit au cenple, et cela tout en économisant un tiers des sermons I

La cuilure sous raies a un grand avantage sar la culture irréguiière : c'est de permettre de sarclerj la terre au moment où les plantes commencent k lever, et de faire passer les dents de la houe à che' val entre les raies, sans dommaji^e pour la pianle principale et en enle%"ant les mauvaises herbes. Quand vient le moment de la moisson, au lieu d'employer la Taucille et la faux^ l't une armée de

moissouDeurs, on peut se servir d'une macliins motsson/muse ; la figure 51 en montre un modèle particulier. Le râteau, mis eu mouvement par la progression ile la machine, couche les tiges de hlil, cl les Hjaintient couchées pendant qu'un couteau en dents de srjn les coupe poi' le pied; te rdteaulefl entraine enauile (.■in.'ulaîronienl et les dépose eo

tdre au bord du chemin parcouru |)ai- l'inslru-

r Au lieu de batlre le grain au fléau, on le bat et î vanne du môme coup à la machine. Le bal-

ge au fléiiu tiVat uaile que lorsqu'on veut conserr une belle paille. II faut alors recueillir le grain,

I par lin vrumafî'' à la machine on le sépare de la

allé qui l'entoure (lig. 52j.

Au lieu de renfermer le grain dans des sacs que les rongeurs percent si facilement, et où il est ex- tij posé à mille autres accidents, on peut le verser dans % des caisses en tôle, où il se conserve indéfiniment, moyennant qu'il soit aéré, remué, nettoyé. La flgure 53 représente, par exemple, un grenier co)iservateur imaginé par M. Pavy. Grâce au mécar nisme intérieur, on peut aérer le grain en en écoulant un certain volume. On voit sur l'échelle à quelle hauteur le grain s'élève au dedans de la caisse; enfin, les animaux parasites ne peuvent pas mordre facilement sur cette enveloppe métallique, ni prélever leur dîme sur la richesse du cultivateur. •

Si nous suivons le grain en dehors de la ferme, i nous le voyons réduit en farine dans le moulin, et là encore le perfectionnement dû à l'emploi des machines est bien sensible. Que Ton compare un vieux moulin déjà tout vermoulu, utilisant & peine une belle chute d'eau avec sa roue à palettes planes, à ces grandes minoteries anglaises, où une turbine fait tourner une douzaine de paires de meules, où tous les déplacements, toutes les préparations du grain, de la farine et du son se font automati(|uement, par le simple jeu d'embrayages qui, du sous-sol au grenier, commandent les appareils les plus divers. On comprendra alors Timmense progrès réalisé par ces belles usines, qui rendent plus facile, plus rapide, et par suite plus économique, une longue série d'opérations autrefois si lentes et si imparfaitement accomplies. Si de 1^nous passons à la boulangerie, au lieu des huches^ traditionnelles où de malheureux boulangers, ruis-

selants de sueur, criblent péniblement la pdte de coups de poing, et par ce travail fatigant accompli dans unJ atmosphère chargée des émanations de la levure, s'exposent à des infirmités précoces, une machine à vapeur met en mouvement les bras recourbés de plusieurs pétrins mécaniquesy qui travaillent la pâte plus rapidement et surtout plus proprement; le travail des ouvriers se réduit à préparer le mélange, à mouler les pains dans des corbeilles, à chauffer les fours, à enfourner les pains, et à les retirer une fois cuits (flg. 54).

Si les garçons boulangers sont dans le simple costume que montre la figure, il ne faut pas oublier qu'ils sont dans une pièce extrêmement chaude, et que les fours n'émettent guère que de la chaleur obscure, contre laquelle ils n'ont pas besoin de se garantir par des vêtements. Leur costume d'ailleurs date des anciennes habitudes de la profession, et l'on sait combien une habitude est difficile à perdre.

Les autres opérations agricoles nous révéleraient d'aussi importants progrès mécaniques. On possède aujourd'hui des machines pour couper l'herbe d'un pré et pour la faner, des tubes pour l'arroser en pluie; des machines pour faire diverses préparations : presses, hachoir, coupe-racines, etc. Il n'est pas rare de voir dans les fermes un peu étendues une locomobile qui sert de moteur pour tous ces travaux, et qui y joue le rôle d'un immense attelage.

On n'en finirait pas si l'on voulait énumérer tous les services rendus par la mécanique à l'industrie alimentaire, depuis les appareils agricoles jusqu'aux mille et une machines des fabricants de conserves

OU de chocolat. Nous nous arrêterons donc ici, en citant pour finir le beau problème des distributions d'eau dans les villes. Ce sujet se trouve fraité en * détail dans un volume de cette collection, Y Hydraulique de M. Marsy. Tout en y renvoyant le lecteur, nous ne pouvons nous empêcher d'admirer avec lui la science qui permet d'amener à Paris, au niveau d'un quatrième étage, l'eau des sources de la Dhuis et de la Vanne, et de faire jaillir au-dessus du sol les eaux souterraines des puits artésiens à Grenelle et à Passy.

Sous ce titre, nous pourrions ranger tous les ap- . pareils qui servent à la construction des édifices, à la préparation et à l'emploi des matériaux dont ils sont composés. Soyons moins ambitieux et n'entamons pas une aussi longue nomenclature. Qu'il nous suffise de remarquer qu'aujourd'hui le travail du bois et du fer, ces deux éléments si importants de la construction moderne, se fait à l'aide de machines, plus vite et plus économiquement qu'autrefois, et que les procédés nouveaux permettent d'atteindre dans les ajustages une précision qui aurait paru impossible. Pour le bois, le progrès est évident; nos scieries mécaniques laissent loin derrière elles les lenteurs du travail manuel. Si la menuiserie produit encore tant de pacotille, c'est qu'elle le vent bien, et qu'elle néglige d'employer des bois assez vieux pour n'être plus sensibles aux variatioils hygrométriques de l'air- Pour le fer et les mé-^ taux, en général, le [las franchi a une importance '

bien plus frappante encore. Qu'était-ce que le fer f dans les constructions d'il y a cinquante ans? Un accessoire, représenté par des liens, des éiriers, des boulons et des clous. Qu'est-il aujourd'hui ? Un des éléments essentiels de la plupart des édifices. Les planchers, les toitures des maisons de Paris sont en grande partie métalliques. Que de chances d'incendies conjurées par cette substitution du fer au bois dans les charpentes I Quel?e réduction de volume pour ces poutres autrefois si massives et si encombrantes I Cette transformation est due à l'invention du laminoir et au développement général de l'industrie métallurgique. Du reste, si de grands

> progrès sont acquis pour le travail des matériaux, de non moins grands ont été réalisés dans la manière de les mettre en œuvre; et quand il n'y aurait que l'amélioration des moyens de transport et des procédés de montage, on devrait encore s'applaudir de ces perfectionnements qui abrègent la durée des constructions.

A d'autres égards, nous pouvons classer sous le titre d*habitation l'examen des systèmes mécaniques introduits dans nos maisons pour nous rendre certains services spéciaux. Tels sont les distributions d'eau et de gaz, les sonnettes, les appareils pour activer la combustion et la ventilation, etc.

L'eau ne coûte rien, si ce n'est la peine d'aller la chercher; cette peine est peu de chose pour l'habitant d'une ferme qui puise directement à une fontaine; elle est un peu plus grande pour celui qui ^^oit tirer un seau d'eau d'un puits. Enfin, dans une grande ville, les courses aux fontaines publiques, le stationnement pour y attendre son tour, puis l'c

cension de plusieurs étages quand on porte un poids considérable au bout du bras, sont des causes i de fatigue et de temps perdu qu'une bonne administration domestique doit chercher à restreindre le plus possible. La première manière d'y parvenir c'est d'appliquer le principe de la division du travail, et de demander ce service particulier à un personnel qui s'en occupe exclusivement : de là les porteurs d'eau, ces auxiliaires si utiles des plus humbles ménages. Eh bien, cette solution est loin d'être la plus économique, et la mécanique en fournit une qui est préférable : c'est celle qui consiste à amener, par une distribution générale, l'eau à l'étage le plus élevé des maisons, et à placer à cha- | que étage un robinet à la disposition des habitants. ^

Le gaz se distribue comme l'eau, au moyen d'une canalisation qui part de l'usine où il est fabriqué, pour aboutir à une série de becs où la combustion s'opère. A l'usine, on obtient le gaz d'éclairage en distillant la houille dans de grandes cornues; le résidu solide forme le coke; la partie gazeuse qui se dégage, et qui n'est autre que l'hydrogène carboné, se rend sous une cloche renversée dans l'eau à la façon des éprouvettes des chimistes. Cette cloche se soulève à mesure que le gaz y afflue, et, par son poids, maintient dans la masse une pression sensiblement constante. La conduite maîtresse part de dessous la cloche et va porter le gaz, au moyen de divers branchements, dans les quartiers de la ville. D'autres tubes s'embranchent sur les tuyaux principaux, et pénètrent dans les maisons particu-Aj lières. Un compteur est placé sur la route que le gaz^ doit suivre ; c'est, en général, une sorte de tourni-

quel que le courant gazeux met en mouvement.

L'appareil donne l'indication du nombre de tours qu'il a faits depuis sa mise en train, de sorte qu'en le visitant chaque mois, on sait, par ce nombre de tours, .le volume de gaz qui a été réellement dépensé, et dont le prix est acquis à l'usine. Le gaz d'éclairage est une invention toute moderne, et déjà il a supprimé, pour l'éclairage des rues, ces réverbères, ces lanternes, qui ne réussissaient guère qu'à rendre les ténèbres visibles. De là il a pénétré dans les établissements publics, puis enfin dans les maisons particulières, où on l'emploie noa seulement pour l'éclairage, mais aussi pour le chauffage et la cuisson des aliments. Des perfectionnements récents, dus à M. Giroud et à d'autres inventeurs, permettent de régler, avec une parfaite exactitude, la pression du gaz à sa sortie du bec, et de maintenir constante l'intensité de la lumière, malgré les irrégularités incessantes du régime des conduites principales.

Les sonnettes, au moyen desquelles on appelle un domestique, montrent l'influence morale des moindres perfectionnements mécaniques. On ne connaissait autrefois que les sonnettes à la main, dont le bruit s'entend peu au delà des pièces voisines de celle d'où part le signal. Ainsi, outre le personnel actif d'une maison bien montée^ il fallait faire stationner non loin du maître un pesonnel volant d'aides de camp à qui il pût donner ses ordres. Les renvois de sonnette permettent de faire le signal à distance, et de localiser le bruit dans la région où il est utile de le faire entendre. De même les sonnettes des portes d'entrée ont supprimé ces lour

marteaux qui, pour éveiller le portier, produisaient dans la rue et dans toute la maison un insupportable vacarme. L'invention mécanique des transmissions de sonnette a eu, en résumé, le bon effet de supprimer ou de réduire tout un personnel d'antichambre. L'électricité appliquée à ces transmissions a réalisé un nouveau progrès, en rendant tout à fait indifférente la distance à laquelle on peut correspondre. Mais c'est un système délicat et qui demande . un entretien continu. Les tubes acoustiques, simples tuyaux qui conduisent au loin les ondes sonores, résolvent le problème de la conversation à distance dans les limites d'une même maison. Par un son aigu, qui se fait entendre dans la pièce où le tuyau aboutit, on appelle l'attention de la personne à laquelle on s'adresse. Elle répond par un signal analogue pour montrer qu'elle prête l'oreille; puis la conversation commence, chaque interlocuteur recueillant dans son oreille les paroles prononcées à l'autre extrémité du tuyau. Ce système est d'un usage général aujourd'hui dans les grandes administrations, dans les usines, dans les imprimeries, dans les navires pour la transmission des ordres du capitaine au mécanicien, et enfin on en a fait l'essai dans les chemins de fer pour la communication qu'il serait désirable d'établir entre les voitures d'un même train*.

1. Signalons à ce propos deux canalisations d'air établies à Paris : Tune, pour la distribution de Theure aux cadrans répartis dans les divers quartiers; celle-là fait usage de la transmission d'un ébran. g lement. L'autre suppose un écoulement de gaz : elle produit le f transport effectif des dépêches dans des tubes analogues aux tuyaux des chemins de fer atmosphériques.

Un appareil vraiment merveilleux, le téléphone de M. Bell, résout le problème de la transmission de la pai;ole d'une manière plus complète et plus élégante, et cela, à des distances qui paraissent n'avoir pas de limite. Le téléphone consiste essentiellement en une petite plaque métallique qui vibre devant un barreau aimanté; les vibrations de la plaque sont provoquées par la voix de la personne qui parle. Bien qu'elles soient à peine perceptibles à l'œil, elles font naître des courants électriques dans une bobine qui entoure le barreau, et qui se prolonge par un circuit jusqu'à un second téléphone placé près de l'oreille de l'observateur; la plaque du second téléphone vibre de la même manière que celle du premier, et reproduit toutes les circonstances du mouvement que celle-ci a reçue elle-même. En somme, la parole arrive à destination avec sa hauteur et son timbre, en franchissant sur le fil métallique telle distance qu'on veut. Les premiers téléphones avaient un timbre nasillard, qui rappelait un peu les effets de jjratique du Polichinelle des théâtres en plein air. Mais on est à peu près parvenu à éliminer cet effet accessoire, en même temps qu'à accroître l'intensité du son transmis. A Paris, à Bruxelles, le téléphone est entré dans les usages, et beaucoup de communications à distance ne se font pas autrement.

Les visiteurs de l'exposition d'électricité, en 1881, ont pu juger des progrès de ces transmissions téléphoniques, en venant entendre au palais de l'Industrie les opéras et les comédies représentés sur nos principaux théâtres. Les appareils, dus à M. Ader et exécutés par M. Bréguet, comprenaient en réalité une

série de microphones placés sur la scène le long de la rampe, influencés seulement, grâce à leur montage particulier, par les ondes sonores de Tair; sur le circuit de chaque microphone est placée une pile Leclanché. Le circuit qui va aux téléphones d'audition est distinct du circuit des microphones, et c'est par induction que les courants s'y trouvent développés. Une disposition ingénieuse, imaginée par M. Ader, associe les deux microphones qui agissent sur les deux récepteurs qu'un même auditeur applique sur ses oreilles, de telle sorte que l'impression produite crée pour lui ce qu'on a appelé avec raison une perspective auditive^ et transporte, pour ainsi dire, aux deux oreilles l'impression que produit le stéréoscope sur les deux yeux; l'auditeur juge, en un mot, des déplacements de l'acteur sur la scène. L'illusion est si complète, que plusieurs auditeurs.se sont crus réellement transportés dans la salle de spectacle, et que quelques-uns, lâchant tout à cojup les anneaux du récepteur Ader, se sont laissés aller à applaudira

La santé des hommes qui habitent des appartements clos exige impérieusement que l'air y soit fréquemment renouvelé. On sait qu'une fois respiré l'air n'est plus respirable; au bout d'un certain temps, la masse d'acide carbonique exhalée par une personne dans un espace complètement clos suffirait pour amener l'asphyxie; la transpiration, qui n'est jamais inactive, lors même qu'elle mérite

1. On trouvera dans V Électricien à\x \" octobre 1881 une description complète des appareils Ader, sous le titre : les Audiiùms téléphoniques thédtraleSf par M. E. Hospitalier.

répithète d'insensible, produirait à elle seule le même résultat. Qu'est-ce donc si, à ces sources de gaz impropres à la vie, que la vie elle-même élabore, s'ajoutent des flots d'acide carbonique produits par la combustion d'une bougie, d'une lampe, d'un bec de gaz? En rase campagne, ces produits seraient sans aucun inconvénient; là, tout semble naturellement disposé pour maintenir l'air atmosphérique à un état de pureté invariable. Les plantes s'emparent, sous l'influence des rayons solaires, de l'acide carbonique produit par les animaux, et, à part quelques miasmes, le plus souvent localisés dans certaines régions bien circonscrites où ils entretiennent des fièvres ou d'autres maladies épidémiques, on peut dire que l'atmosphère est généralement saine, et que le grand air, comme la lumière du soleil, est le meilleur préservatif à opposer aux maux qui désolent l'humanité.

Mais l'homme civilisé ne vit pas en plein air; soit à la ville, soit à la campagne, une notable partie de son temps se passe dans l'intérieur des maisons. Comment se fait la ventilation de la chambîe où il séjourne plusieurs heures de suite? L'été, on ouvre les fenêtres. L'hiver, on fait du feu dans la cheminée ; l'appel d'air qui en résulte fait pénétrer dans la chambre, par les joints des fenêtres et des portes, une quantité d'air pur qui suffit généralement au besoin de la respiration. Malgré cet apport si essentiel à la santé, jamais la ventilation d'une chambre n'est suffisante pour mettre l'individu qui y séjourne dans les conditions où il serait s'il puisait directement dans l'atmosphère. De là la néceesité impérieuse de sortir chaque jour, pour prendre un véri-

table bain d'air pur; d'aérer souvent les locaux que l'on habite; d'y faire pénétrer non seulement l'air \ du dehors, mais encore les rayons solaires, qui ont la propriété de brûler une foule de germes malfaisants. Combien de gens se trompent à cet égard ! combien, par une économie mal entendue, ferment leurs volets pour empêcher le soleil de manger les couleurs de leurs meubles, et sont récompensés de leurs précautions par l'anémie et la chlorose I

La ventilation devient un problème bien plus difficile, quand il s'agit d'une salle où se rassemblent des centaines ou des milliers de personnes, d'une salle des séances d'une assemblée délibérante, d'un théâtre, d'une église. On parvient à peu près à assu- * rer à chacun sa part d'air à res[)irer, mais la question de la température ne peut pas être encore considérée comme bien résolue. L'air est très mobile, et la moindre différence de chaleur suffit pour en amener le déplacement. Chauffé, il tend à monter; refroidi, il tend à descendre. Dans une salle de spectacle, par exemple, où l'éclairage se fait principalement par en haut, et où la rampe détermine, en général, un vif courant d'air entre la scène et les spectateurs, il n'est pas rare de voir le parterre se morfondre pendant qu'on étouffe aux étages supérieurs. Cette inégalité existait déjà du temps de l'éclairage à huile; mais elle est devenue beaucoup plus grave depuis que le gaz a remplacé l'huile, en dégageant une énorme quantité de chaleur.

La ventilation des hôpitaux a fait de grands progrès, et on arrive aujourd'hui à amener un grand i volume d'air pur à chaque lit, sans condamner les malades à respirer l'air déjà souillé par leurs com-

pagnons d'infortune. Mais, malgré ces progrès, il reste encore beaucoup à faire dans cette voie pour rendre sain le séjour des hôpitaux, surtout de ces hôpitaux nombreux qu'on élève dans les grandes villes, et que Texpérience condamne de plus en plus. Des hommes compétents en sont arrivés à proscrire d'une manière absolue toute agglomération un peu nombreuse de malades, et à recommander le traitement des blessures graves, par exemple, dans des locaux isolés dont Faération soit complète. C'est le principe de ces ambulances américaines qu'on établit sous la tente, et où le grand air et la propreté font des cures si admirables *.

On pourrait croire, en résumant ce qui vient d'être dit, que les hommes, par leur seul présence, exercent sur l'air ambiant une action malfaisante, de sorte que les centres les plus peuplés seraient aussi les moins salubres. C'est plutôt le contraire qui serait exact. Assurément, un mauvais climat éloigne les populations, et les localités les plus malsaines sont aussi les moins peuplées. Mais la réciproque est également vraie : toute population a la propriété d'améliorer le climat qu'elle habite. Qu'une colonie se transporte dans une région malsaine, la moitié périra dans la période d'acclimatation. L'autre moitié tiendra bon, non sans éprouver certaines défaillances passagères; elle finira par

1. Écrit en 1873. — Depuis celle époque, les perfectionnements des méthodes curatives, et notamment l'emploi des pansements antiseptiques, tels que le pansement de Lyster^ ont diminué dans une notable proportion les chances d'infection; l'opinion est devenue plus favorable aux grands hôpitaux, dont on ne peut guère se passer dans les grandes villes.

prendre le dessus. La génération suivante est acclimatée; mais en même temps que la population . subit Tinfluence du climat, le climat se transforme { sous l'action continue du travail de la population, et un siècle ne se passe pas sans y amener quelques changements favorables. Le travail cesse-t-il un instant, la fièvre revient; la population, abandonnant la lutte, émigré ou périt. C'est ainsi que, dans la meilleure situation du monde, les côtes de la Méditerranée, autrefois le pays le plus peuplé et le plus riche, sont devenues, sur bien des points, des déserts hantés par la malaria^ tandis que, sous le 60* degré de latitude, les marais de Saint-Pétersbourg, asséchés par un travail d'un siècle et demi, nous offrent aujourd'hui le spectacle d'une ville flo- i rissante de 580 000 habitants. '

Il est des cas où la ventilation constitue un problème pratique d'une extrême difficulté, quand il s'agit, par exemple, de faire travailler des ouvriers sous l'eau, ou dans un air asphyxiant ou méphitique ; alors l'intervention des machines est nécessaire.

Le premier essai qu'on ait tenté dans cette voie est celui de la cloche à plongeur; c'est une cloche renversée, qui contient de l'air; on l'enfonce dans l'eau après y avoir placé l'ouvrier, et on la descend jusqu'au point où le travail doit s'exécuter. L'air de la cloche empêche l'eau d'y monter, tout en fournissant à la respiration de l'ouvrier. Mais cet air serait bien vite vicié au point de devenir irrespirable. Pour ventiler cette chambra entourée de tous côtés par des liquides, on y fait déboucher un tubel^ dans lequel une pompe refoule l'air pur. L'acide^

carbonique produit pw la respiration de l'ouvrier

ot par la combustion dp sa lampe est ainsi inces- I samment mélangé à l'air du dehors; le trop-plein

s'échappe par les bords de la cloche et remonte ù la surface de l'eau en bouillonnant.

On a ensuite amélioré cet appareil en rendant possible, au moyen d'un sas à air, l'entrée et la sortie des ouvriers. Grâce à ce perfectionnement, on a pu Lci;^r une véritable méthode de fondation à air com- £>nm^, fréquemment employée aujourd'hui dans Ees travaux publics. Tous les tempéraments ne se

plient pas également bien au travail ilanscette almosptilTc arliUciellc; à la sortie, les plus robustes doi- vent nn'?naj:er la transition entre des pressions qui M peuvent notablement différer lune de l'autre. Des expérifrures dwa ù M. Paul Dert ont montré qu'une réduction subite de pression dans l'air environnant est aecompii^'iiée d'un dégagement des gaz dissous dans le sang, et que si la ditFérence est trop grande.

la inorl ]i!'i[t en résulter. Il est peu d'bommes, en résumé, <|ui puissent travailler à (dus de 30 tnètrei (le. iiroroudeurtiu-dessous de l'eau; aucun n'a encore déliassé 35 mètres'.

En simplifiant encore ca système de ventilation artilirielle, on a cTéé le scaiihandre, appareil qui

1. Un a nlleiiil :ij niâtms dans les Toadations lubulaires du pont Saint-Louis, sur le Missiseipi. — Les plongeur* qui pâcbent l« conil ^ et lei hiirtrea à perle parviennent, dil^n. encora plui bu, mal* ilifl règlent immergés an plus ono minale.

pompe qui devait fonctionner constamment. Des poids, des semelles en plomb donnaient à Touvrier la densité nécessaire pour résister à la sous-pression de l'eau. Ensuite, on a réduit le casque à ses parties essentielles : une embouchure qui se fixe entre les lèvres et les gencives, et qui conduit Tair aux poumons ; un jeu de soupapes qui sert à révacuation de Tair expiré; un pince-nez, qui ferme les narines, et des lunettes étanches, qui protègent les yeux. De plus, au lieu d'alimenter directement la bouche de l'ouvrier en faisant jouer la pompe, on peut remplir d'avance des réservoirs d'air comprimé; la pression de cet air suffit pour le faire affiner à la bouche de l'ouvrier. La combustion d'une lampe s'entretient d'une manière analogue. On obtient j ainsi, non seulement le scaphandre, mais encore 1 l'appareil Rouquaj roi, perfectionné il y a quelques années par MM. Denayrouze, appareil au^moyen duquel un mineur peut travailler pendant plusieurs heures dans une mine de charbon après l'explosion du grisou, sans avoir à craindre l'asphj-xie

(fig. 57).

Citons encore, parmi les machines relatives à l'habitation, les monte-charge ou ascenseurSy appareils très commodes et très utiles, au moyen desquels on on franchit sans efforts les étages d'une maison. C'est un plateau équilibré, muni d'une tige de quinze à vingt mètres de longueur, qui s'engage dans un cylindre où elle subit la poussée de l'eau. Pour obtenir l'ascension du plateau, il suffit de tourner un robinet, qui ouvre le cylindre à l'eau d'un réservoir supérieur. C'est l'application aux maisons du A système hydraulique qu'on emploie dans les docks

VÊTEMEMT. 195

3t les gares. Cet appareil commence à être employé à. Paris ; il y évite la fatigue des ascensions d'étages, qui se répètent si souvent dans une journée.

Déboutes les machines que l'homme ait inventées, les plus merveilleuses sont peut-être celles qui appartiennent à l'industrie générale du vétetnent. Pour celles-là, il faut les voir et les faire 'onctionner. Aucune . description ne peut les faire comprendre.

L'agriculture livre la matière textile, qu'elle prodenne d'un animal, comme la laine et la soie, ou l'un végétal, comme le coton et le chanvre. Il faut l'abord filer cette matière, c'est-à-dire la convertir 3n fils aussi longs que possible, flexibles, peu extensibles, et cependant doués d'une certaine élasticité 3t d'une certaine résistance.

Longtemps l'opération s'est faite à la main à l'aide lu fuseau et de la quenouille; c'était l'œuvre des bonnes ménagères d'autrefois*. Puis, premiers progrès, on a remplacé le fuseau par un rouet, qui tord e fil à mesure qu'il se forme, et l'enroule sur une Dobine à mesure qu'il se tord. Enfin, on est arrivé ï créer de grandes filatures (fig. 59), où un ensemble l'appareils mécaniques prennent le fil ou le coton i peine formé, et le livrent prêt pour l'emploi, iprès une longue série de torsions et de prépara-

] . Encore aujourd'hui l'épithète de spinster (ûleuse) est jointe, en Angleterre, au nom de la jeune fille sans profession^ dans les publi- ^tions de mariage.

tioas diverses. Que de difBcultés vaincues dans raccomplisaement de ces premières métamorphoses 1

C'est bien autre cliose, quand il s'agit de transformer ce Ql en étoire. Une étoffe est compos général, de deux systi-mes de Ois entre-crois

cohslituc la trame, l'autre la chaîne. Les premÛSS appareils imaginés pour en arriver là sont les tmitiers du tisseranil; installés dans une cave huioiâet le titiserand passe ses journées à faire jouer la pédale qui sépare les fils longitudinaux, et à lancer entre eux la navette qui y insère le fil transvars&I. La machine à tisser (tig. 58) a supprimé cette indus-

trie lente et malsaine; sous la surveillance d'une \ femme, elle accomplit tout le travail du tissage, et enroule sur un dernier cylindre la toile qu'elle produit incessamment.

Ne parlons pas des étoffes de luxe, telle que les soieries, par exemple, où la machine doit choisir, à certains moments, des fils particuliers, pour les faire entrer dans un dessin déterminé, où les couleurs jouent le principal rôle. Qu'y a-t-il de plus merveilleux que le simple et vulgaire tricot? Une femme l'exécute en manœuvrant les aiguilles; elle ajoute une maille à une maille et, moyennant un nombre convenable de retresses, elle finit par faire un bas, c'est-à-dire par donner à un fil continu la forme d'un ' pied et d'une jambe. Il faut convenir que c'est là un cas particulier bien remarquable du polygone funiculaire. Or il existe une machine (fig. 60) qui accomplit en peu de temps, sinon le même travail, du moins un travail analogue, et tout à fait identique quant à l'usage.

Tout le monde connaît aujourd'hui la machine à coudre qui, conçue en France par un ouvrier de Lyon, nous est revenue d'Amérique, à l'Exposition de 1855, et s'est introduite depuis dans tous les ménages et dans tous les ateliers.

Cette machine (fig. 61) est mise en mouvement par une pédale qui fait tourner un volant, lequel donne un mouvement oscillatoire au bras porteaiguille. L'aiguille perce l'étoffe, et y introduit le fil qu'elle porte tout près de sa pointe. Dans certains I systèmes, le fil est unique : chaque boucle formée par l'introduction du fil est couchée sur l'étoffe, et fixée dans cette position par l'insertion de la boucle

suivaule. Dans dautri's systèmes, le fil est double,^ et une aiguillt; cirt-.ulaire, ou bien une navette, fait' passer un fil continu autour ou au travers de ces

boucles successives. En môme temps, l donae à l'étoffe un entraînement qui amène l'ai- , guille verticale à la percer successivement auxi divers points de la ligne qu'il s'agit de garoir] d'une couture. Des accessoires joints & '{& mBchioel

.facilitent diverses opérations : ce sont des guides ;pour ourler , pour soutacher , pour coudre des [biais, etc.

L'invention de la machine à coudre date à peine d'une trentaine d'années, et elle a déjà transformé l'industrie de la couture. La division du travail qui

s'y est introduite a produit ses résultats accoutumés. Les ouvrières se partaient en deux grandes classes : les apprêreusen, qui préparent les pièces et les assemblent à l'aide d'un iil k bdtir, et les ^vnécanidennes, qui donnent le mouvement à la machine et qui font la couture. Celles-ci fatig'uent plus

que les autres. Les efforts à développer dans Topération sont peu de chose, il est vrai, mais, à la I longue, ils deviennent pénibles, et le travail de la machine pourrait être nuisible pour la femme qui s'en occupe, s'il était trop prolongé *.

Quelques chiffres feront juger de Tinfluence économique de la machine à coudre, et pourront contribuer à détruire certains préjugés.

En 1864, on comptait déjà, en France, 34,000 machines à coudre, dont 28,000 de fabrication française. Une machine travaillant constamment occupe une mécanicienne et 4 apprêteuses, en tout 5 ouvrières. La journée de la mécanicienne étant réglée à 4 francs et celle de Tapprêteuse à 2 fr. 50, chaque à journée d'emploi de la machine assure un salaire ' total de 14 francs aux cinq personnes que la machine réclame. Autrefois, ces cinq personnes employées à la couture à la main, n'auraient gagné guère plus d'un franc chacune, en tout 5 francs; l'usage de la machine a presque triplé leur salaire, en même temps qu'il permet de faire par jour un ouvrage décuple de celui qu'elles eussent fait autrefois à la main. Tout le monde profite donc de cette invention : les consommateurs, qui sont habillés plus vite et à meilleur marché, et les producteursj qui, grâce à l'extension de la consomma-

1 . On a employé avec succès, pour faire marcher les machines à coudre, de petites turbines mises en mouvement par Teau, ou même par la vapeur. Aujourd'hui on se sert de préférence pour le même objet de moteurs électriques, qui réussissent très bien. Ces moteurs^ suppriment les efforts des pieds de l'ouvrière, mais ils ne rendentV '^n intervention inutile, car il reste toujours à conduire rétoffe rigor le travail de la machine.

tion, touchent des rémunérations plus larges.

Nous reviendrons sur ces considérations dans le prochain chapitre, et nous reconnaîtrons partout rheureuse influence du perfectionnement des machines sur ceux-là mêmes dont les intérêts paraissent au premier abord les plus exposés à* en souffrir.

A l'industrie du vêtement nous rattacherons une industrie spéciale, en grande partie localisée en Hollande, celle de la taille du diamant.

C'est au quinzième siècle seulement qu'un gentilhomme de Bruges, Louis de Berquem, découvrit par hazard, dit-on, que deux diamants, frottés l'un contre l'autre, s'usaient et se polissaient mutuellement. Jusqu'alors le diamant passait pour une pierre indomptable; de là le nom que les Grecs lui avaient donné [adamas). Berquem appliqua son observation à la taille, et ne tarda pas à reconnaître que le diamant taillé a beaucoup plus d'éclat et jette beaucoup plus de feux que le diamant le plus transparent pris à Tétat naturel. Cette découverte entraînait la mise en valeur de milliers de pierres dédaignées jusqu'alors, et permettait de prodiguer pour la toilette des femmes les joyaux autrefois réservés aux plus riches souverains.

Le premier diamant travaillé par cette nouvelle méthode fut porté par Charles le Téméraire, d'où il passa à la couronne d'Espagne.

Installée d'abord dans les villes de la Flandre, l'industrie de la taille finit par se concentrer entièrement à Amsterdam, où, chaque année, elle livre au commerce 300,000 karats de diamants taillés; elle fait vivre. 10 000 ouvriers, et provoque un mou-

vement d'affaires de plus de 100 millions de francs. Mais aujourd'hui la taille du diamant n'est plus à exclusivement hollandaise^ et elle parait s'acclimater dans notre pays.

Le procédé moderne consiste à appliquer le diamant brut, monté sur une garniture d'étain, contre une meule en acier ou en fonte, recouverte à sa surface d'égrisée, c'est-à-dire de poudre de diamant mélangée dliuile. La meule reçoit d'une machine à vapeur une vitesse de rotation très considérable, 2 500 tours par minute. L'ouvrier surveille l'effet produit sur le diamant : il le replace et le retourne quand la taille d'une face est terminée. Des moyens | d'embrayage lui donnent la faculté d'arrêter ou de J remettre en mouvement une meule en particulier, H sans interrompre la rotation des autres meules de l'usine.

Les rivières sont les premières voies de communication d'un pays ; c'est en effet sur le bord des cours d'eau que se sont construites les premières villes. La rivière fournit aux habitants l'eau nécessaire à leur consommation ; elle offre au commerce une artère naturelle ; ses bords présentent en générai des ressources à l'agriculture. Enfin, son courant est la première force motrice mise à la dispotion (le l'industrie.

Les communications sont généralement faciles^, entre deux points d'une même vallée; la route qa!P Von y ouvre, pour peu qu'elle soit bien tracée et

que le pays ne soit pas trop accidenté, n'offre nulle part de fortes pentes. Il n'en est pas de même des directions transversales aux cours d'eaux. Elles rencontrent d'abord des vallées affluentes, qui se ramifient jusqu'aux limites du bassin de la rivière; mais cette limite est dessinée par une suite de crêtes, qu'il faut franchir pour entrer dans les bassins voisins. De là des inclinaisons plus ou moins raides, qui créent de sérieuses difQcultés pour les transports. Les villes les mieux situées sont celles qui occupent le point où plusieurs rivières viennent se réunir en une seule : telle est la position de Paris, sur la Seine, entre les embouchures de la Marne et de l'Oise; cette situation a contribué pour beaucoup au développement de la grande ville, qui a eu raison de placer dans ses armes un navire, emblème de la vieille confrérie de la marchandise d'eau, c'est-à-dire des mariniers de la Seine.

Ce que nous avons dit des rivières au point de vue de l'industrie des transj)orts, peut se dire à plus forte raison de la mer, (|ui réunit les peuples bien plutôt qu'elle ne les divise. Quel a été le foyer le plus ardent de la civilisation antique? Le bassin de la Méditerranée, et les côtes profondément découpées de l'Italie et de la Grèce. A notre époque même, où l'on dispose de tant de moyens d'investigation, de tant de facilités pour les transports, quelle est la région la plus complètement inconnue? L'intérieur de l'Afrique, c'est-à-dire un pays où, à l'exception du Nil, du Sénégal, du Niger, du Zambèse, le littoral ne s'ouvre à aucun grand fleuve.

Les perfectionnements de la navigation peuvent

porter sur deux objets distincts, sur le bateau et sur la voie navigable elle-même. 11 y a d'ailleurs une corrélation entre ces deux objets, car toute à amélioration de la voie navigable permet pour le bateau une amélioration correspondante.

Dans le siècle dernier et au commencement du nôtre, les bateaux servaient, sur les rivières, à transporter des voyageurs. Deux chevaux marchant au pas tiraient le cocfœ dCeau à la descente; à la remonte il en fallait davantage pour maintenir la même allure; on faisait, sans perdre de temps, dix à quinze lieues dans un jour. Chaque soir on s'arrôtait pour repartir le lendemain matin. C'est ainsi (ju'on voyageait sur la Seine et sur la Loire. C'est sur un coche d'eau que Vert- Vert fit son fameux j voyage de Nevers à Nantes. L'échange d'une lettre, \ par cette voie, prenait douze jours entre ces deux villes, quand les eaux n'étaient pas trop basses et quand la Loire n'était pas en crue.

Plus tard, on organisa pour de petits parcours des services de bateaux-postes. Bien des gens se souviennent encore d'en avoir vu, tirés par trois chevaux à l'allure du petit galop, parcourir le canal de l'Ourcq entre Meaux et Paris. Ce mode de locomotion à grande vitesse ne s'appliquait qu'aux canaux de petite section : toute l'économie du système reposait sur l'égalité établie entre la vitesse commu- ■ niquée au bateau et la vitesse de Tonde produite dans l'eau du canal par le mouvement du bateau lui-même. L'effort de traction diminue un peu dès que cette coïncidence est réalisée, de sorte que, jusqu'à une certaine limite, l'augmentation de la vitesse correspond à une réduction de l'effort à déve-

lopper. Un tel système n'aurait pu réussir sur une rivière.

Les chemins de fer ont fait tomber tous ces essais de transport des personnes; seuls les bateaux à vapeur ont pu se maintenir dans certaines circonstances particulièrement favorables. Pour qu'il en soit ainsi, il faut presque toujours- que le trajet présente un intérêt pittoresque, et que la voie navigable soit abondamment pourvue d'eau. Ces deux conditions sont remplies pour les lacs de la Suisse et de la haute Italie. Aussi la navigation à vapeur y présente-t-elle un beau développement. Et pourtant déjà les bateaux à vapeur du lac de Wallenstadt, qui faisaient dérouler devant les yeux des voyageurs le panorama des Alpes de Glaris, ont disparu à l'ouverture du chemin de fer de la rive gauche, lequel, accolé au pied des derniers contreforts de ces mômes montagnes, n'offre sur tout son parcours que d'assez médiocres paysages entrecoupés de nombreux tunnels.

A part les transports par bateaux à vapeur, sur les lacs et sur les rivières, les voies navigables ne portent plus aujourd'hui que des marchandises, principalement des marchandises lourdes et encombrantes, telles que la houille, les matériaux de construction, les bois, les vins, le blé. La Hollande, la Belgique et le nord de la France offrent encore aujourd'hui une batellerie florissante ; la Seine, l'Oise et les canaux du Nord ont un tonnage annuel qui s'élève à un million de tonnes, et qui contribue à la prospérité de l'industrie dans ces riches provinces. 5 type du bateau du Nord est remarquable par son égance, son volume et ses aménagements inté-

rieurs. C'est la maison flottante du batelier et de sa famille. On y retrouve presque toujours la trace du sentiment du home, si familier aux peuples du Nord, | et qui suffit pour tout embellir autour de lui.

La traction directe, par un cheval qui haie le bateau de la rive, ou la propulsion au moyen des rames, des aubes ou de Thélice, sont sur les rivières, les principaux moyens locomoteurs. Il en est un autre qui tend à se développer, et dont on peut voir de nombreuses applications sur nos rivières et même sur quelques-uns de nos canaux. C'est le louage sur chaîne noyée. Un bateau spécial, dit bateau-toueur, porte une machine à vapeur, qui donne le mouvement à deux cylindres sur lesquels vient s'enrouler une chaîne métallique; cette chaîne est attachée par ses deux extrémités en deux points de la rivière, l'un en amont, l'autre en aval. Son poids la fixe au fond du lit sur la plus grande partie de sa longueur; elle passe par-dessus le pont du bateau-toueur, et s'y enroule plusieurs fois sur la paire de rouleaux. Elle plonge à l'avant et à l'arrière du bateau, et va de chaque côté se raccorder aux parties qui reposent au fond de la rivière. Qu'on fasse tourner les cylindres dans le sens convenable, la chaîne se tend du côté d'amont et devient plus lâche du côté d'aval ; le bateau cède à l'excès de la tension développée à l'avant, et il remonte le courant. On obtient l'effet contraire en changeant le sens de la rotation. Le toueur s'avance ainsi dans un sens ou dans l'autre, en soulevant graduellement la chaîne par devant, et en la laissant retomber derrière lui. L'adhérence développée par li chaîne au contact du sol sur lequel elle repose, m

permet pas à refifort exercé par le bateau de se transmettre très loin en avant, de sorte que tout se passe à peu près comme si, pour faire avancer le bâtiment, l'équipage ou la machine tirait sur une chaîne attachée à un point résistant pris dans le fond du lit. En général, le toueur ne porte pas de marchandises; il sert de remorqusur pour un convoi de bateaux, comme la locomotive sert à la traction d'un convoi de wagons.

Le touage sur chaîne noyée exige qu'une chaîne ait été préalablement fixée au fond de la rivière. Une petite partie de cette chaîne est seule utilisée à chaque instant pour offrir le point d'appui nécessaire à la locomotion. Cette remarque a conduit certains inventeurs, et en dernier lieu M. Beau de Rochas, à substituer au touage sur chaîne noyée un toilage par adhérence, dans lequel une chaîne sans fin, passant sous le bateau, remplacerait la chaîne étendue au fond du lit dans toute la longueur à parcourir. Le contact de la chaîne avec le sol, limité à une longueur un peu moindre que celle du bateau, suffirait pour développer l'adhérence nécessaire. La traction se ferait alors par le brin d'arrière; le brin d'avant tomberait librement dans l'eau. Le bateau muni de sa chaîne serait maître de choisir sa route, et les variations de profondeur, pourvu qu'elles fussent comprises entre des limites suffisamment étroites, n'apporteraient aucune entrave à sa marche. M. Beau de Rochas a même indiqué le parti qu'on pourrait tirer du courant d'un fleuve lour mettre en mouvement la machine de son oueur, et pour lui faiie remonter la rivière. Ce système, dit système aquo^moteur, propesé depuis

longtemps, paraît jusqu'ici peu pratique^ et Ton n'en a pas encore surmonté la principale difficulté : il faut en effet, pour rendre possible cette méthode, augmenter démesurément la surface des organes qui reçoivent l'action du courant, et restreindre le plus possible les dimensions transversales du bateau, qui augmentent la résistance à la marche. La capacité du bateau décroît en conséquence.

Les perfectionnements successifs du matériel mobile exigent des perfectionnements correspondants dans les cours d'eau que ce matériel est appelé à parcourir. Le volume croissant des bateaux a forcé d'accroître le tirant d'eau des rivières. Pour cela on les barre de distance en distance, et on les fractionne en biefHj qui présentent comme les marches successives d'un escalier. Pour faire passer le bateau de l'une de ces marches à l'autre, on se sert de Y écluse à sas, appareil très simple et très ingénieux, que Léonard de Vinci, dit-on, apporta d'Italie en France, et qui a singulièrement développé la navigation intérieure. L'écluse est une chambre fermée par deux portes; par l'une elle conmiunique au bief le plus haut, par l'autre au bief le plus bas. On peut, au moyen de ventelles qu'on ouvre et qu'on ferme à volonté, amener l'eau dans l'écluse au même niveau que dans l'un ou l'autre des biefs voisins. Une fois ce niveau établi, on ouvre la porte sans effort et on fait entrer le bateau dans le sas; puis on referme la porte, et on remplit ou on vide le sas jusqu'au niveau du second bief; enfin on fait entrer le bateau dans ce second bief en ouvrant la ^ seconde porte, dès que le niveau commun est de ^ nouveau établi. On remarquera l'analogie de ce sys-

tème avec celui des monte-charge. Les mouvemenis s'exécutent dans les deux cas par une simple dépense d'eau. Un bateau qui passe une écluse tire une éclvsée du bief le plus haut, soit qu'il monte> soit qu'il descende. Des systèmes plus ou moins ingénieux ont été proposés pour économiser une partie de cette eau perdue. Remarquons, en passant l'inconvénient des écluses accolées : on les multipliait autrefois dans nos canaux comme un bel ensemble architectural, auquel on donnait le nom pompeux A^ escalier de Neptune, Un escalier de Neptune est un système déplorable comme dépense d'eau et de temps. Il est sans grand inconvénient pour un bateau qui descend ; car ce bateau marche alors de conserve, pour ainsi dire, avec le volume d'eau introduit sucessivement dans les écluses. Mais, à la remonte, il faut d'abord remplir l'écluse inférieure, puis successivement toutes les autres, en remontant toujours, ce qui revient à emprunter au bief le plus élevé la totalité de l'eau nécessaire pour rempî^r à la fois tous les sas accolés.

Pour certaines rivières, et dans certaines parties du cours de plusieurs autres, on a ouvert à la navigation un lit spécial, en construisant un canal latéral qui suit la même vallée. Le canal latéral a l'avantage de rendre le halage plus facile, de supprimer les dangers ou les inconvénients d'un courant rapide, de placer la navigation à l'abri des crues qui l'interrompent; enfin, pour les rivières torrentielles comme la Loire, d'assurer une profondeur constante à la navigation, qui trouverait uh tirant d'eau insignifiant pendant les périodes de sécheresse.

Page 1