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XV

ncanllseet les liabîtiidcs «l'une dépravation précoce, fruils d'une délestable éilucation, le firent tomber aussi bas que pas un de ces monarques de si^rail par lesquels ont fini toutes les dynasties de l'Orient.

Il lui fallait des senteurs, du fard, des pâtes pour adoucir la peau, des eaus pour la rafraîchir. IL dormait avec un masque sur le visage et des ganis aux mains. On lui (^pilait les sourcils pour les amener à n'être plus qu'une arcade délicate au-dessus des yeux. Ses cheveux étaient tantôt frisés en passefilon ', tantôt relevés par des arcelels*, et il les faisait poudrer avec de la poudre de violette musquée.

Il rejeta les chausses bouffantes pour n'en plus porter que d'étroites, taillées et froncées comme les caleçons des femmes. Il prit les chapeaux d'homme en horreur, jusqu'ù les bannir absolument du Louvre, et il les remplaça par un bonnet à aigrette, calqué sur l'escoffion ' des dames du règne pré-

Les collerettes à tuyaus ou fraises godronnées, qu'il avait été des premiers à porter du vivant de son frère, parurent lui déplaire à son retour de Pologne, et il prit à la place le col uni rabattu à l'italienne; mais ce ne fut qu'un temps d'arrêt pour donner à son esprit le temps de méditer une réap' parition triomphante de ces fraises, trop chères à sa mollesse pour qu'il y eijt renoncé. En 1578, il

' CoiFfure de femme, qai datait de U fin du

' Cercle» de métal, qui «erraient à m cbevelure an-de«>ii> de* tempea.

* Vo}. l'article coniacré a la chapelier.

en exhiba une comme on n'en avait famais vu, fonnée de quinze lés de linon et largue d'un tiers d'aune. Il avait jug;é que l'amidon ne fournissait pas assez de maintien pour tant d'étoffe ; il expérimenta lui-même et composa un empois avec de la farine de riz.

Ce portrait, fait de main de maître, est l'œuvre de M. Quicherat^ Il en existe un autre, tracé en vers indignés et contemporains de rinfàme personnage qui déshonora le trône de France au seizième siècle. Le voici :

Avoir ras le menton, garder la face pasle,

l^e geste efféminé, l'œil d'un Sardanapale,

Si bien qu'un jour des Rois, ce doubteux animal,

Sans cervelle, sans front, parut tel en son bal :

Ite cordons emperlez sa chevelure pleine,

Soubz un bonnet sans bord faict à l'italienne,

Paisoit deux arcs voûtez ; son menton pinceté ■,

Son visage, de blanc et de rouge empasté.

Son chef tout empoudré, nous firent voir l'idée,

En la place d'un roy, d'une p....n fardée.

Pensez quel beau spectacle, et comme il fit bon voir

Ce prince avec un buse', un corps de satin noir

Couppé à l'espaignoUe, où des déchiquetures

Sortoient des passemens et des blanches tireures 5

ï!t afin que l'habit s'entresuivist de rang,

' Histoire du costume , p. 418.

' Épilé avec une pince. * Voy. ci-de8M>u8.

une note dépeignit un jeune mignon, « la teste passée dans sa fraise comme à travers une meule de moulin, goderonnée à tuyaux d'orgue de vingt-cinq ou trente lez, druz et menus, fraisez en chouz crespés, telles quon voit ces testes d'anges ou de vents qui paroissent à travers un gros ûmas de nuées * . »

Gomme Henri III prenait plaisir à empeser les fraises de la reine, ou le surnomma dans Paris « gauderonneur* des colets de sa femme ^. » Ceci n'était rien. Mais, le 4 février 1579, s' étant montré à la foire Saint-Germain, il dut faire arrêter « quelques escoliers qui s'y promenoient portans de longues fraises de chemises de papier blanc, en dérision de Sa Majesté et de ses mignons, courtizans si bien fraizés et goldronnés ; et comme ils sont d'insolente nature, crioient en pleine foire: « A la fraize on congnoist le veau*. » Les érudits n'étaient pas plus respectueux que les écoliers : « Les fraises de veau, écrivait alors Henri Estienne, ont appris aux gentils-hommes

1 Édit. (le 1617, in-folio, t. I, p. 928.

^ On nommait godrons les larges plis qui composaient U fraise.

* Lestoile, août 1576.

* Lestoile.

à accoustrer mignonnement les colets de leurs chemises * . »

Quelque invraisemblable que cela puisse paraître, le génie inventif de Henri III créa une mode encore plus insensée que celle des fraises. Un gros ventre lui ayant paru constituer une beauté chez Thomme, on lui dut les panses artificielles Le devant du pourpoint fut terminé dans le bas par un buse courbe, destiné à maintenir une sorte de bosse, obtenue à force de coton et qui semblait rejeter le corps en arrière. Écoutez le grave Henri Estienne :

Geltophile. Qu'appelez- vous les panses ?

Philausone. C'est un nom que ces gentils tailleurs ont imposé à la façon qu'ils donnent au pourpoint, pour faire sembler que celuy qui le porte ait grosse panse.

Geltophile. Ils enflent donc l'accoustrement pour contrefaire une telle panse?

Philausone. Ouy, ils l'enflent de cotton*.

Les femmes s'enflaient du côté opposé Gomme au quinzième siècle, un coussin rem bourré tenait la robe relevée par derrière ; et,

^ Dialogues, édit. Liieux, t. I, p. 177.

* Dialogues, t. I,p. 210. Voy. aosfip. 224, et Montaigne, liv. I, chap. XLix.

comme au quinzième siècle, il s'est trouvé un impitoyable poète pour nous en instruire :

Là marchent à graves pas, Renforcées par le bas, Celles qui deux c... supportent Souz les robbes qu'elles portent. Desquels Tun

L'autre de laine et de bourre Autour de leurs fesses embourre'.

Sur ce point, Henri Estienne s'exprime de façon presque aussi inconvenante :

Philausoxe. Soachez donc que quand elles veulent sortir dehors, elles disent : u Apporlez-moy mon c. ". Et quelques fois on crie : « On ne trouve point le c. de madame, le c. de madame est perdu. ))

Celtophile

PfliLAusoNE. Et cependant, notez qu'il y a de CCS c... (qu'aucunes plus honnestes appellent haussée.) qui sont fort précieux*.

Les hauts-de-chausses des hoiûmes, enjolivés et tailladés, ne Tétaient pas moins, ils s'étaient rétrécis et allongés, se rapprochant de notre culotte courte ; mais ils comportaient des façons bien variées que je ne me charge

* Pierre Leioyer, Poésies y 157.8, in-i^, p. 232, verso. Dialogues, t. I, p. 227.

pas de définir. On eut des hauts-de-chausses à la provençale, à la niçarde, à la polonaise, à la bougrine, et aussi à la gregesque ^ , c'est-àdire à la grecque y d'où est dérivé le mot grègueSy devenu générique au siècle suivant, et qui désigna à lui seul toute espèce de hautde-chausses. Henri III avait proscrit la bragette, comme tout ce qui rappelait le sexe masculin.

Par contre, il avait mis en vogue le mélange de couleurs tranchantes, alors marque distinctive des laquais : « Un gentilhomme, aussi bien qu'un simple valet, est habillé de huit ou dix couleurs. Mesme quant aux chausses, ce n'est plus la coustume que le haut et le bas soyent d'une mesme couleur^. » Bien entendu, les gens sérieux restaient fidèles aux vieilles coutumes : Les Français, écrivait Montaigne, sont tt accoustumez à se biguarrer; non pas moy, car je ne m'habille guière que de noir ou de blanc, à l'imitation de mon père^. »

Les courtisans avaient imaginé mieux encore.

Se rendant au moins une fois pleine justice,

* H. Estienne, Dialogues, t. I, p. 236. Estienne écrit poulounnese, garguesque, gargesque, etc.

• H. Estienne, Dialogues, t. I, p. 231.

' Essais, liv. I, chap. xxxv. ^

ils avaient arboré le complet vert, couleur jusque-là réservée aux fous de Cour :

Celtophile. Pour le moins^ je m'asseure d'une chose, qu'entre ces couleurs iJ n'y aura point de verd, car ceste couleur estoit expressément réservée aux fols : je dis fols ayans le capuchon pointu sur la teste et portant aussi la marotte.

Philausone. Est-ce tout ce que vous ensçavez? L'habillement verd, voire quand on n'est habillé d'autre couleur de pied en cap, sent aujourd'huy son calant hommes

Pourtant, le bariolage était mieux porté, et la mode en dura plus longtemps. Il s'appliquait à l'ensemble du costume, pour lequel grande liberté était laissée. On pouvait à volonté le porter long ou court, étoffé ou étriqué. Biaise de Vigenère, que j'ai cité tout à l'heure, écrit encore : Deux jeunes gens de loisir, gais et délibérés se rencontrèrent, « il n'y a pas guère encore, en une partie de jeu de paulme. L'un avoit un pourpoinct fort juste et comme collé sur le corps, court de buste et estroit de manches, quasi expressément faict pour lutter ; l'autre très plantureux et ample, découpé à grandes balaffres*... »

^ H. Estienne, Dialogues^ t. I, p. 237.

* Tome I, col. 927.

tJn raffiné du temps, Bussy d'Amboise, qui compta parmi les héros de la Saint-Barthélémy et qui profita même de roccasion pour se débarrasser de parents gênants, était partisan des pourpoints découpés à grandes baafres. Cette préférence fut cause de sa mort. Utiré dans un guet-apens, près d'Angers, par in mari trompé, il se défendit vaillamment, îar presque tous ces mauvais drôles étaient le fines lames; puis, cédant au nombre, il voulut s'élancer par une fenêtre. Mais une des léchiquetures de son pourpoint se prit dans m crochet de fer* et, avant qu'il eût pu se iégager, Bussy fut enfin tué par ses adveriaires, « à la grande joie de toute la province, » dit l'historien de Thou ^.

Un accessoire du vêtement, que je mentionnerai en passant parce qu'il fut à ce moment confectionné par les tailleurs, était le masque.

On peut lui donner pour origine le touret de nez ou cache-nez, petit carré d'étoffe qui s'attachait aux oreillettes du chaperon et couvrait tout le visage à partir des yeux. Le tou-

' Varillas, Histoire de Henri III, liv. IV, t. I, p. 484. * u Provinciales haud niediocriter laetati sunt. » Histo^ narum liber lxviii, édit. de 1733, t. III, p. 676,

162 L\ VIE PRIVEE D'AUTnEFOIS.

ret de nez était déjà en usage sous Charles V, Comme il s'employait seulement en hiver et avait surtout pour objet de préserver le nez du froid, des plaisants de l'école naturaliste le qualifièrent impoliment de cofjîn * à roupies '.

Charles VI interdit le port des « faux visages*,» mais François I" leur fit bon accueil. Sous prétexte de préserver leur fine peau des atteintes de l'air, lesfemmes purent ainsi faciliter le succès de bien des intrigues, et la mode devintsurcepointsi impérieuse qu'une femme de qualité n'eût osé sortir sans son masque.

Les hommes, le roi en tête, ne tardèrent pas à adopter une mode si favorable aux dissolutions de tous genres. On lit dans le Jouinal d'un bourgeois de Paris sous François 1" '.

4 OCTOBRE 1516. El pendant que le Roy csioi* à Paris, il alloit quasi tons les jours faire des moii.'» ' mous' en masques et habitz dissimulez et inco(^nu^'

Mai 1517. Le Roy et aucuns jeunes gentil =«hommes de ses mygnons et privez ne faisoîe »nl quasi tous les jours que d'estre en liubitz dissimuL «^

' Voy. Paulin Parla. leîj

fhéque du roi, l. V, p. 102,

' Corbeille, cuffret, paiiiei

' H. Ëstienoe, Dîaloguei

s/rançoUde!aBii£><^

IX français.

:s lois fraaçoises, t. VI, p. 814.

et bigarrez, ayans masque devant leurs visages, allans à cheval parmy la ville; et alloient en aucunes maisons jouer et gaudir, ce que le populaire prenoit mal à gré^

Il faut croire que Topinion du populaire touchait peu le galant roi François, car en Tannée 1536, nous le voyons commander une douzaine de masques luxueux, où l'art du peintre s'alliait à celui du tailleur : « Payé à Léonard de Laulne, tailleur des habillemens du Roy, nostre seigneur, la somme de sept livres tournoys, pour son remboursement de pareille somme qu'il a déboursée de ses deniers à ung painctre, en l'achapt d'une douzaine de fins masques, argentez par dedans, livrez es mains du Roy, pour en faire à son plaisir et volunté*. »

Le masque, resté en faveur sous Henri II et sous Charles IX, atteignit son apogée sous Henri III. Le roi, masqué et accompagné de drôles de son espèce, courait volontiers les rues, battant les passants, arrachant les coiffures des femmes, commettant mille polissonneries de ce genre. Les masques dont on se

* Pages 43 et 55.

* Bibliothèque de F école des chartes, 26'' année (1865), p. 492.

servait alors étaient de velours noir doublé de satin blanc. On les munissait à Tintérieur d'une chaînette terminée tantôt par une perle, tantôt par un petit ressort que Ton tenait entre les dents. Le ressort avait sur la perle l'avantage de déguiser la voix.

Le corset aussi était plus en faveur que jamais. Tout naturellement, Henri III en portait un*. Les femmes emprisonnaient leur taille dans des instruments de supplice nommés corps piqué, sans préjudice du buste ou busqué, lame de bois verni, d'ivoire, d'argent ou de baleine* qui maintenait la robe par devant. « Les femmes, dit Henri Estienne, appellent leur busqué un os de baleine (ou autre chouse, à faute de ceci) qu'elles mettent par dessous leur poitrine, au beau milieu, pour se tenir droites ^. » Très souvent, le busqué restait en vue, était doré, damasquiné, couvert de devises, d'ornements, de dessins allégoriques^.

. L'ambassadeur de Venise écrivait alors à

' Voy. ci-dessus, p. 147.

^ « Des lames qui sortent de la bouche des baleines on en fait des busqués pour les femmes. » A. Paré, OEuvreSy édit. de 1607, p, 1065.

* Dialogues, t. I, p. 210.

* Voy. Maze-Gcnsier, Le livre des collectionneurs, p.lZT*

son gouvernement : a Les Françaises ont des tailles fort minces ; elles se plaisent à enfler leurs robes de la ceinture en bas par des paniers, des vertugadins et autres artifices, ce qui rend leur tournure encore plus élégante.» On voit que la vertugale avait changé de nom en s'élargissant. Lippomano ajoute : « Par dessus la chemise, les femmes ont un corset ou camisole, qu'elles appellent corps piqué, qui rend la tournure plus légère et plus svelte. Il est agrafé par derrière, ce qui rend encore plus belle la forme du sein^ » Le bon ambassadeur n'y avait pas regardé de bien près, mais nous savons par Montaigne en quoi consistaient le plus souvent ces artifices destinés à rendre la taille fine : « Quelle géhenne les femmes ne souffrent-elles pas, guindées et cenglées à tout de grosses coches^ sur les costez jusques à la chair vive ! ouy quelquesfois à en mourir^ ! » Tout au moins à compromettre la vie des enfants qu'elles portaient dans leur sein : « J'ay ouy parler de quelques damoiselles, voire en ay congneu, qui n'ont point faict difficulté de porter des bustes aux despens

' Relations des ambassadeurs vénitiens, t. II, p. 559. ^ Plaies, entailles.

* Essais, liv. I, chap> xl.

du fruict qui estoit en elle, et pour ne perdre l'honneur d'avoir le corps gent'. » Et Ambroii Paré qui, mieux que personue, savait à quoi s'en tenir à cet égard, avait plus d'une foit donné de sages avis, toujours méconnus : ■ L< choses qui compriment le ventre de'la mère, comme font les bustes et choses semblables, empeschcnt que l'enfant ne peut prendre ■ sance, de sorte que les mères avortent, et sont les enfans contraints sortir devant le terme '."Le danger n'est pas moindre pour les jeunes personnes ; «Plusieurs filles sont bossueS; et contrefaites pour leur avoir, en leur jeunesse, par trop serré le corps. On voit que mille filles villageoises, on n'en trouve une bossue, a raison qu'elles n'ont eu le c astraint et trop serré'. " Dans un autre endroit. Paré nous raconte qu'ayant fait l'autopsie d'une belle dame à la taille mince, il trouva ses 1 costes chevauclians les unes par dessi les autres *. »

■ H. Eitiennc, Apologie pour Hérodote, ûdil. Riatelhobvi. ■ t. I, p. 393.

• œuvres, édit. de 1607, p. 953.

' Ibid.,ibid.,^. 898.

' - J'ay souvenance avoir ouTCrl le corps mort d'ul dame de naalre conr, qui pour moiiBtrer avoir le corpi bea et grpsle, «e faiioit terrer da BOrte que je trouvay... Page 514.

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Avant de juger trop sévèrement cette victime de la coquetterie, rappelons-nous que l'exemple alors partait d'en haut, était donné par le roi-femme^ comme l'appelle si bien d'Aubigné, dont la présence souillait le Louvre. Ayant vu mourir une princesse^ dont il se disait amoureux, il afficha publiquement un désespoir extravagant, couvrit ses vêtements de petites tètes de mort, et commanda pour six mille écus de dentelles ornées de cet emblème^. Un jour, il lui prit fantaisie de marier son mignon Joyeuse, qui, disons-le, mourut huit ans plus tard en brave soldat :

Le Roi mena la mariée au moustier suivie de la Roine, princesses et dames de la Cour, tant richement et pompeusement vestues qu'il n'est mémoire d'avoir veu en France chose si somptueuse. Les habîllemens du Roi et du marié estoient semblables, tant couvers de broderies, perles et pierreries qu'il estoit impossible de les estimer; car tel accoustrement y avoit qui coustoit dix mil escus de façon. Et toutefois, aux dix-sept festins qui de

' Marie de Clèves, femme de Henri de Bourbon, prince de Condé, morte le 30 octobre 1574.

• Pierre Matthieu, Histoire de France, t. I, p. 406. — Il resta fidèle aux ornements de ce genre plus longtemps qu*au souvenir de Marie de Clèves. En 1583, on le voit commander pour une mascarade « dix-huit douzaines de gros boutons d'argent, façon de teste de mort. » Douët-d'Arcq, Comptes de CargetUerie, p. 352.

renc de jour à autre, par Tordonnance du Roi, depuis les noces furent faits par les princes et seigneurs, parens de la mariée et autres des plus (jrands et apparens de la Cour, tous les seigneurs et les dames changèrent d'accoustremens, dont la pluspart estoient de toile et drap d'or et d'argent, enrichis de passemens, guimpeures, recaneures et broderies d'or et d'argent, et de pierres et de perles en grand nombre et de grand pris. La despense y fut faite si grande, y compris les masquarades, combats à pied et à cheval, joustes, tournois, musiques, danses d'hommes et femmes, et chevaux, présens et livrées, que le bruit estoit que le Roi n'en seroit point quitte pour douze cens mil escus'.

De Thou, historien contemporain, s'exprime ainsi :

Malgré la misère du peuple, ce mariage se fit à Paris avec une magnificence plus que royale- Henri III assigna à la mariée, quoique étrangère, une dot de trois cent mille écus, comme on la donne aux filles de France, et il donna autant au marié. Quelque odieuses que fussent ces profusions, celles que l'on fit pour les noces le furent bien davantag^e. En tournois, carrousels, spectacles et fêtes de nuit» combat naval, présents et autres profusions semblables, on dépensa douze cent mille écus d'or'.

M. Henri Martin évalue ces douze cent

* Lestoile, Journal, 7 septembre 1581, édit. Micbauflr t. XIV, p. 137.

* Livre lxxiv.

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mille écus à trente millions de notre monnaie. « C'était, dit-il, la solde d'une armée ^ » Eh bien, ce ne fut pas encore tout. Henri III, qui s'était sauvé de Pologne comme un malfaiteur en volant les diamants de la couronne, alla prendre de force, sur l'argent destiné au payement des rentes de l'hôtel de ville, cent mille écus, pour couvrir les frais d'un voyage que Joyeuse devait faire en Lorraine chez les parents de sa femme ^.

Recueillons maintenant quelques imprécations contre les progrès du luxe durant cette période.

Lippomano se borne à constater qu' « un homme de la Cour n'est pas estimé riche s'il n'a pas vingt-cinq à trente habillements de différentes façons, et il doit en changer tous les jours ^. »

Un anonyme, qui s'adresse plus spécialement aux femmes, les menace en ces termes de la colère divine :

En ce jour là, le souverain Seigneur ostera Tornement de leurs souliers, leurs colliers faits en forme de demy croissant, leurs carquans, leurs

» Tome IX, p. 507.

^ Lestoile, Journal^ mars 1582.

^ Relations des ambassadeurs vénitiens^ t. II, p. 557.

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