XV
no LA VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS.
joyaux, leurs brasselets, leurs coiffures, leurs chesnes, leurs peignes, les ornemens qui s'appliquent auprès des espaules, les brodures qui sont à Tentour de leurs robbes, leurs bagues remplies de musqué, les petites bagues qui leur pendent aux oreilles, et les anneaux et pierres précieuses qui leur pendent sur le front, et leurs diverses sortes d'babillemens, et leurs petits manteaux, et leurs robbes d'un bien fort délié et fin drap de soye, et les petits inst rumens dont elles font tenir leurs cheveux droits sans estre çà et là épars, leurs miroirs, leurs fines toiles, leurs bandelettes, et manteaux d'été *.
Enfin, un moraliste, qui fut conseiller du roi et gentilhomme ordinaire de sa chambre, comparait le présent avec le passé, et écrivait :
Si tous ces gens de bien vivoyent de ce temps, je croy qu'ils rougiroyent de honte pour nous, de voir le monde si desreiglé du plus grand jusques au au petit, et la desbordée licence du menu peuple à se vestir sans exception de riches habits, jusques à deschiqueter le velours en mille lopins, et chamarrer leurs manteaux, pourpoints et chausses de passemens d'or fin : tellement qu'à peine sçauroiton discerner pour le jourd'huy un grand seigneur, duc et comte, d'avec un soldat ou autre qui n'a que la cappe et l'espée, excepté à la suitte et train.
' Remonstrance charitable aux dames et damoyseUes df France, 1577, in-8% p. 5.
Mais quant à l'habit d'un seul, le Roy n'en porte point de plus beau que faict ordinairement un simple courtîzan : ce qui ne devroit estre permis, car il est facile à juger que tels frisez et braves muguets, n'ayàns de quoy fournir du leur à telle despence, entretiennent cest équipage par moyens illicites : ou bien ils sont enfans de la matte ' (ainsi dits pource qu'ils mattent ceux qui sont en leurs pièges), ou estalons de Cour, ou bien voUeurs, larrons, assassineurs et ruffiens *.
Ces lamentations sont curieuses à conserver, mais il faut reconnaître qu'elles n'ont jamais corrigé personne, et que chaque siècle les a reproduites à son tour.
* Filous^ voleurs.
* Antoine du Verdier, Diverses leçons imitées de celles de Messie, 1580, in-8% t. II, p. 216.