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gage par Legrand, dans sa comédie des Paniers. Guillaume, portier de Mme de Préfané, fait ainsi part à Dorinette des étonnements que lui a causés Taspect des Parisiennes : a Morgue, les femmes de Paris sont bien changeantes. Il y avoit trois ans que je n'y étois venu, et je n'y ai quasiment rien reconnu... Celles qui étoient blondes sont devenues brunes, celles qui avoientde grands cheveux n'ontplus que des têtes de barbet, celles qui avoient des clochers sur la tète sont raccourcies d'un pied et demi, et celles qui étoient menues comme des fuseaux sont à présent grosses comme des tours ^ »

Madame de Mailly, maîtresse de Louis XV, couchait « toute coiffée et la tète pleine de diamans *. » Marie-Antoinette se contentait d' tt un corset lacé à crevés de rubans, avec des manches garnies de dentelles *. » On a beaucoup blâmé sa coquetterie et les dépenses qu'elle faisait pour sa toilette. Sa garde-robe était cependant bien modeste si on la compare à celle de l'impératrice Elisabeth^, qui possédait « 8,700 habits complets, des deshabillés

* Scène VI.

' Duc de Luynes, Mémoires, 14 août 1739, t. III, p. 7.

* Mme Gampan, Mémoires, t. I, p. 313.

* Morte en 1761.

innombrables et une multitude infinie d'étoffes de tous genres en pièces ou coupées ^. »

Marie-Antoinette, écrit Mme Campan, avait ordinairement, pour riiiver, douze grands habits, douze petites robes dites de fantaisie, douze robes riches sur panier, servant pour son jeu ou pour les soupers des petits appartemens.

Autant pour l'été. Celles du printemps servaient en automne. Toutes ces robes étaient réformées à la fin de chaque saison, à moins qu'elle n'en fit conserver quelques-unes qu'elle avait préférées. On ne parle point des robes de mousseline, percale ou autres de ce genre : l'usage en était récent; mais ces robes n'entraient pas dans le nombre de celles fournies à chaque saison, on les conservait plusieurs années.

Le valet de la garde-robe présentait tous les matins à la première femme de chambre un livre sur lequel étaient attachés les échantillons des robes, grands habits, robes deshabillées, etc. : une petite portion de la garniture indiquait de quel genre elle était. La première femme présentait ce livre, au réveil de la reine, avec une pelote. Sa Majesté plaçait des épingles sur tout ce qu'elle désirait pour la journée : une sur le grand habit qu'elle voulait , une sur la robe déshabillée de l'après-midi, une sur la robe parée pour l'heure du jeu ou le souper'.

' Métra, Correspondance secrète, 26 juillet 1776, t. III, p. 202.

* Mémoires^ t. I, p. 289.

Voyons maintenant dans quelles conditions se trouvait, à la fin du dix-huitième siècle, la corporation des couturières. Les maîtresses étaient au nombre de 1,700 environ*. Le brevet d'apprentissage coûtait 20 livres et la maîtrise 175 livres, chiffre qui fut réduit à 100 livres en 1776.

La communauté reçut de nouveaux statuts le 5 février 1782. En vertu des principes établis par Tédit d'août 1776*, les couturières acquirent le droit de confectionner, en concurrence avec les tailleurs, les corps, corsets et paniers baleinés, les robes de chambre pour hommes, les dominos pour bals, etc. La durée de l'apprentissage n'est point fixée, mais toute fille ayant travaillé pendant deux ans chez une couturière de Paris put être reçue maîtresse à seize ans; celles qui étaient restées libres n'étaient pas admises avant vingt-deux ans^.

Les couturières étaient placées sous le patronage de saint Louis ^, et la confrérie se réu-

* Savary, Dictionnaire du commerce, t. II, p. 424. — Jaubert, Dictionnaire des arts et métiers, t. I, p. 573.

* Voy. Comment on devenait patron, p. 251 et suiv.

^ Encyclopédie méthodique, jurisprudence, t. IX, p. 615. *' Article 12 des statuts de 1675.

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nissait à l'église Saint-Gervais*. La corporation avait pour armoiries : Vazur, à des ciseaux d'argent ouverts en sautoir'^. Les ciseaux sont d'une autre forme et plus fins que ceux qui figurent dans les armoiries des tailleurs^.

' Voy. Statuts et règlemens de la confrérie de Saint» Louis, érigée en Véglise paroissiale de Saint-Gervais de Paris, 1677, in.4».

' Bibliothèque nationale, manuscrits, Armoriai général, t. XXV, p. 447.

* Voy. ci-dessus, p. 266.

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