Les mains blanches
Avant la Guerre, presque tous les jours, nous apprenions qu'une Française avait tiré des coups de revolver sur un Français.
Pendant la guerre, ces pratiques belliqueuses parurent suspendues, parce que beaucoup de Français, hélas! avaient trouvé l'occasion de se faire tuer ailleurs. Qu'adviendra-t-il pendant ces premières années de paix? Les femmes de France feront-elles moins parler la poudre dans leurs ménages?
On n'en est pas sûr. Les acteurs n'ayant pas changé, les cerveaux restant encombrés par cette extraordinaire doctrine « du Droit au Bonheur » qui les avait séduits avant la guerre, et un peuple ne pouvant pas toujours remanier ses frontières morales aussi vite que ses frontières physiques, il est à craindre que la vie ne recommence avec le même rythme, et la mort aussi.
Déjà, la paix ayant permis de regarder ailleurs que du côté du Rhin, les journaux no-us rapportent les exploits de quelques meurtrières nouvelles; et nous voyons que le jury continue à les traiter avec une magnifique indulgence. Il
les acquitte presque toujours, à condition que l'instrument du meurtre ait été le revolver.
Quand on demande à ces femmes pourquoi elles ont tué leur mari ou leur amant, elles répondent : les unes, qu'elles n'aimaient plus beaucoup cet homme; et les autres, qu'elles l'aimaient trop. Et toutes, puisqu'on les acquitta, sont à peu près convaincues que la femme moderne a droit de vie et de mort sur l'homme, quand elle ne l'aime plus beaucoup, et surtout quand elle l'aime trop.
Cette philosophie est savoureuse pour les psychologues, mais inquiétante pour la société. Que deviennent ces acquittées tragiques? C'est ce que l'auteur de ce livre a voulu montrer, à la suite de confidences qu'il a crues sincères et d'observations qu'il estime justes.
Ces femmes peuvent être acquittées par la justice d'un tribunal : elles ne le sont point par l'autre, la justice du monde. Elles restent, devant l'opinion publique, des meurtrières, des condamnées; et V absolution apparente, qui les accueille d'abord, devient plus lourde à porter, le long de la vie, que les plus sévères châtiments.
L'auteur s'est plu à raconter l'existence d'une de ces malheureuses qui tuèrent. Et il sent que son œuvre, si imparfaite qu'elle soit, ne serait pas complètement inutile si l'histoire de Madeleine — son héroïne — pouvait faire hésiter une de ces femmes gémissantes qui sont tentées par le revolver, et si grâce à lui, deux mains de Française, qui allaient devenxr rouges, pouvaient rester blanches.