A CEUX QUI REVIENDRONT DANS LEURS VILLAGES
Ecoute, ô voyageur dont, le pas se rapproche,
Trembler dans l’air subtil le rythme de la cloche, Tel un aviron d’or sur le bleu d’un étang...
Il semble au cœur lucide et grave qui l’entend,
Qu’on ait fondu, jadis, en son lourd alliage,
Un soc massif, un mince anneau de mariage,
La clé d’une maison et la chaîne d’un puits,
Une feuille de rose avec un brin de buis,
Tant son mélodieux témoignage suscite
Et la forme, et l’esprit, d’un village ou d’un site. .
La cloche est l’économe amoureuse du temps,
Qui compte sa richesse en lingots éclatants;
Le jour serait oisif et vagabond sans elle,
Et l’ample effort humain s’accomplit sous son zèle. C’est parce qu’elle tinte au ciel blanc du matin,
Qu’en sourdine, répond l’angélus argentin Des troupeaux somnolents chassés des bergeries...
Elle a des carillons pour toutes les féeries,
Et les pigeons soyeux qui hantent le clocher,
Quana un brusque bourdon les fait s’effaroucher, Semblent, sur l’azur lisse où leur souplesse flotte,
La figuration fuyante de ses notes.
Mais, pareille à la voix faussée en un grand cri Dont son timbre demeure éloquemment meurtri,
La cloche garde encor, vibrant sur la paroisse,
Une intonation de colère ou d’angoisse,
Depuis qu’un soir brutal et magnifique d’août,
— Les épis javelés parfumaient le vent doux,
Et les roses mouraient de soleil sur leur tige, —
Elle a, précipitant ses bonds jusqu’au vertige,
Et rejoignant l’écho hâtif du bourg voisin,
Sonné, sonné trop fort l’effroyable tocsin!
Amélie MURAT.
Photomount
Pamphlet
Binder
Gaylord Bros. Inc Makers
Syracijse, N. Y.
PAT. m 21, 1308
HV1701
Date Due