‹ Les maîtres apothicaires de Nancy au dix-septième siècleChapitre 32 sur 67 · UNE PLANCHE DE LARTHÉLEMY VONDKEVAL, MAITRE APOTHICAIRE · texte numérisé non relu

UNE PLANCHE DE LARTHÉLEMY VONDKEVAL, MAITRE APOTHICAIRE

(Pomme de terre.)

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AINSI QUE LEURS ÂNALISES ET VERTUS ENSEMBLE LES TABLES DES NOMS EN LATIN ET FRANÇOIS COMME AUSSI DE LEURS AUTHEURS PAR LE SIEUR FONDERVAL DoYEN DES APOTICAIRES(') ET ANCIEN CONSEILLER DE L'HOSTEL DE VILLE DE Nancy.

À Nancy L’AN MDCCKV AVEC APPROBATIONS (2)

En une préface, encadrée de motifs, faisant pressentir le style Louis XV, Barthélemy Fondreval nous expose le but de son travail, avec une modestie digne du vrai savant : « L'inclination que iay tousiours eus à me perfectionner dans ma profession m'a fait entreprandre ce petit ouvrage si nécessaire et si utille à un pharmacien. » Suivent, avec signatures autographes, les attestations de Bagard, conseiller de Son Altesse Royale et son premier médecin; de Louviot, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, conseiller médecin ordinaire de Son Altesse Royale, doyen des médecins de la Ville de Nancy; de Mengin, conseiller médecin ordinaire de Son Altesse Royale; enfin de Pacquotte, docteur en médecine, conseiller médecin ordinaire de Son Altesse Royale, professeur de médecine et de chirurgie et démonstrateur des plantes à l’Université de Pont-à-Mousson.

Le tome I comporte 1x et 161 feuillets, avec 157 figures de plantes ; le tome II, plus considérable, xvirr et 196 feuillets, avec 187 figures. Sobre de texte, avec, il faut le dire, quelques erreurs et quelques lacunes, cet ouvrage vaut par les aquarelles, reproduisant avec exactitude, parfois avec

(1) La mention « Doyen des Apoticaires » a été effacée, comme étant sans doute surannée.

(2) Bibl. mun., Nancy, ms n° 1842 (1040).

légèreté, la flore de notre région lorraine. Souvent même l'artiste aura doublé le naturaliste. On remarquera, en particulier, le linaire, le cerfeuil, la bruyère, l’absinthe, l'origan, le politric, le fumeterre, le filipendule et le millefeuille. Mais chacune de ces planches, par le soin apporté à son exécution, est digne de notre attention. La plante originelle, à peine altérée par deux longs siècles, figure souvent en regard de son image. Le mérite de Fondreval consiste à avoir recueilli, classé et analysé ces plantes, suivant une méthode scientifique rationnelle, et cela, « après une application solide de quarante années à la pharmacie », selon les termes de Bagard en son approbation. Mais ces aquarelles seraient dues à un certain Hugi, dont la signature se lit au bas du frontispice. Cette flore provient de M. Besse, chevalier d’'Uzerche, parent de Fondreval.

Moins laborieux et moins digne de notre attention se présentera Philippe Graillot. Marié, il vécut publiquement avec une fille impudique et le scandale de sa liaison émut bientôt le corps des apothicaires, atteint en son honorabilité. Sévérement admonesté, le coupable fut menacé de se voir dépossédé de sa charge. Cette susceptibilité atteste la considération dont jouissaient nos devanciers auprès de leurs concitoyens. Il fallait garder intact le commun patrimoine de « fame » et de renommée, selon la langue de cette époque, et maintenir une longue tradition, à laquelle aucun confrère, jusqu'à présent, n’avait failli. Les maîtres apothicaires passèrent bientôt aux actes, requérant les autorités de mettre un terme à ce désordre. La fille fut chassée honteusement de la ville et un jugement condamna Graillot à nourrir et à entretenir l’enfant issu de leur commerce (").

(1) Archives de Nancy, BB 3, fol. 94 v°. Communiqué par le D' Paul Pillement. ‘ «

Ainsi se dénoua la plus banale des aventures, et notre plume retint uniquement cette histoire pour souligner le geste de réprobation qui échappa à la vertu de nos devanciers. Devons-nous accabler et rejeter le coupable, pour oublier avec quel dévouement Graillot avait soigné en 1633 les contagieux, alors que la peste décimait la population, la peste sœur de la guerre et de la famine ? Lui-même devait être emporté en 1638 par « la maladie », et sa veuve, en récompense des services rendus par le défunt au cours de cette épidémie, toucha une pension de la ville(®). Cette concession équivalait, en vérité, à une réhabilitation.

Le nom de Claude Gaspard se rencontre assez fréquemment parmi les dossiers conservés en nos Archives. Apothicaire de la cour, imitant en cela les officiers et les gentilshommes attachés à la personne de Son Altesse, il sut exploiter, au mieux de ses intérêts, une situation acquise par son mérite et par ses services. Successivement, il touchera « iusques au bon plaisir » une pension de 200 francs, sur la cassette de Monseigneur de Vaudémont(?); puis, le 8 février 1631, une pension à vie de 2$ resaux (*) de froment, à prendre sur la recette du cellérier Charles Jean(*). Il lui sera accordé, un jour, 100 francs de marchandises, délivrées, suivant commandement de Madame de Vaudémont « par bonnes estreynnes » (5). Enfin, pour couronner sa longue carrière, la noblesse lui sera conférée par lettres du 10 janvier 1628. À cette occasion, il sera exonéré des frais habituels, « gratis quia domestic à Son Altesse », comme il se peut lire sur un document du 26 juillet de la

(1) Archives de Nancy, BB 9, 8 février 1563 (Pillement).

(2) Archives M.-et-M., B 1465, fol. 61.

(3) Le résal valait 4 bichets, 48 quartes, 64 pots, 96 pintes, 117 litres}. (4) Archives M.-et-M., B 7779. Mandement du 8 février 1631.

(5) Ibid., B 1481. Mandement du 20 juin 1614.

même année. Il paiera simplement une somme de 50 écus à la Primatiale (*). La pharmacie avait donc ses aléas, conduisant les uns au poste de Saint-Julien, les autres aux profits et aux honneurs, sans que la chance de ceux-ci et le désavantage de ceux-là altérassent, au sein de la corporation, cet esprit de concorde et de solidarité qui devait mériter à nos devanciers le respect et la considération de leurs concitoyens.

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