‹ Les Maîtres-Chanteurs de Richard WagnerChapitre 16 sur 33 · Scène VII · texte numérisé non relu

Scène VII

Or David, intrigué par tout ce bruit, ouvre un volet pour savoir ce qui se passe dans la rue. Qu'aperçoit-il? Magdalène à la fenêtre de Pogner, et en dessous Beckmesser. Comment? le greffier fait la cour à Magdalène? Attends un peu, vieux cuistre! Saisir un solide gourdin, descendre dans la rue, tomber sur Sixtus Beckmesser et le rosser d'importance est pour David l'affaire d'un instant. Le greffier pousse des cris perçants, il demande du secours, et David le rosse toujours. « Cependant le tapage réveille en sursaut les voisins. Des fenêtres s'entr'ouvrent; on voit poindre çà et là des bonnets de coton intrigués. Les bourgeois s'interpellent, les bourgeoises s'en mêlent. Personne ne sait ce qu'il veut ni à qui il faut en vouloir. Chacun se croit attaqué; tout le monde se défend. On gesticule, on se provoque, on s'énerve, on s'aigrit. Les plus calmes se fâchent; les plus sages perdent la tête. La moutarde monte au nez. Les mots dégénèrent en coups; le vacarme devient pugilat. Le tumulte s'étend comme une

contagion. De toute part on accourt; les renforts se précipitent; la rue est pleine; voilà Nuremberg sur pieds! On vocifère, on tape. Pour les écoliers, quelle fête ! De la voix et du geste ils excitent les combattants. Nul ne garde son bon sens. Zorn injurie Moser; Kothner tombe sur Nachtigall. C'est un sabbat indescriptible, un charivari d'enfer! ' »

Pendant cette infernale bagarre, Walther et Eva sont restés sous le tilleul. Personne, semble-t-il, ne s'est occupé d'eux, et ils veulent profiter du tumulte pour s'enfuir. Ils cherchent à se frayer un passage à travers la foule; mais ils ont compté sans le bon Sachs qui, durant toute la scène, les a guettés de derrière ses volets. Ils vont atteindre la ruelle, et disparaître; à deux pas de là, le valet de Walther tient des chevaux tout prêts. Alors Sachs s'élance et leur barre le passage; il pousse Éva dans les bras de son père, qui la cherchait partout, et il entraîne chez lui le chevalier, tout en faisant rentrer David d'un bon coup de pied

1 Emile de Saint-Auban : Un Pèlerinage à Dayreuth, page 29+.

magistralement appliqué. La bataille continue toujours; la foule en délire ne cesse de hurler et de vociférer, et, du haut des fenêtres, les femmes font pleuvoir cuvettes et seaux d'eau sur les combattants. Soudain, un bruit de trompe retentit : c'est le veilleur de nuit qui va repasser. En un clin d'œil les bruits ont cessé, c'est un sauve-qui-peut général. Quand le veilleur paraît, tout le monde a disparu; il se frotte les yeux, regarde de tous côtés, mais n'aperçoit rien, pas même Beckmesser qui dans le fond tourne le coin de la ruelle en se frottant le dos. Et la lune se lève, majestueuse, éclairant les toits pointus de la ville qui vont en se perdant dans le lointain.

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