‹ Les Maîtres-Chanteurs de Richard WagnerChapitre 33 sur 33 · MM · texte numérisé non relu

MM

Alvarez . .

. . Walthcr.

Delmas . .

. . Hans Sachs.

Renaud . .

. . Beckmcsser.

Vaguet . .

. David.

Gresse . .

. . Pogncr.

Bartet . .

. . Kothner.

Delpouget .

. . Oriel.

Paty . . .

. . Follz.

DOUAILLIER .

. . NacJiligall .

Cabillot. .

. . Vogelgcsang

Laurent . .

. . Zorn.

Gallois . .

. . Moser.

Dénoyé . .

. . Schwarz.

Dupiré. . .

. . Eisslingcr.

Cancelier .

. . Le Veilleur.

Cette simple énumération suffît pour montrer de quel éclat la direction de l'Opéra avait voulu entourer cette solennité musicale. Le succès, certain dès le premier acte, se transforma en triomphe à la fin du troisième.

L'interprétation, d'ailleurs, toucha presque la perfection. Deux personnages seulement dépa-

rèrent un peu l'ensemble, celui de Walther chanté par M. Alvarez, et celui d'Eva confié à M"« Bréval.

M. Alvarez a plus chanté le rôle de Walther en ténor qu'en artiste. Il est entendu que la voix de M. Alvarez est la plus belle voix de ténor que l'on puisse rencontrer; mais voici que nous sommes à la trentième représentation des Maîtres- Chanteurs, et il n'apparaît pas que M. Alvarez fasse différence entre Walther et les Faust, les Roméo, les Raoul ou les Fernand qu'il a jadis interprêtés. Le héros de Wagner n'est point le ténor bellâtre du vieil opéra, c'est avant tout un artiste et un poète à l'âme tendre, et c'est aussi un jeune noble, chevaleresque, intrépide, voire même un peu tête chaude. La première mélodie du premier acte est inspirée à Walther par la divine force de la nature qui dans les bois et les champs éveille le printemps; c'est le cœur du poète qui la chante. Dans la seconde, c'est toujours le poète qui parle, mais l'orgueil du noble sang perce déjà à travers le chant du poète ; et quand Beckmesser a interrompu la mélodie par ses coups de craie, c'est dans un élan d'inspiration emportée que Walther

se reprend à chanter. Enfin, devant l'hostilité croissante des Maîtres, le noble sang du chevalier bouillonne, la fureur le secoue; c'est avec mépris qu'il adresse un adieu hautain aux Maîtres, et il ne faudra rien moins que la grande sagesse de Sachs pour dompter l'orgueil de la race et la fierté du poète. Ces traits si divers et si nuancés du personnage de Walther, M. Alvarez n'a pas su les mettre en relief; de plus, il chante toutes les mélodies de son rôle dans une lenteur invraisemblable et dans le style suranné de l'ancien opéra. C'est une merveilleuse voix de ténor que l'on entend; mais ce n'est pas Walther qui chante, c'est M. Alvarez.

M"e Bréval, qui fut uneBriinnhilde de premier ordre, ne nous a pas donné du personnage d'Eva l'interprétation que l'on espérait. Le rôle d'ailleurs, ne semble pas lui convenir. Il faut pour jouer Eva, une voix légère et très souple; or la voix de M"« Bréval est forte, d^un beau timbre, mais plutôt lourde; il faut encore un visage gracieux et aimable, et le profil de l'artiste paraît dur. Et puis, le personnage d'Eva est aussi complexe que celui de Walther. Au premier acte, c'est à peine une jeune fille.

encore presque une enfant; elle ne réfléchit pas, elle est sous l'impression que Walther a produite sur son cœur, et c'est avec une belle franchise qu'elle fait au chevalier le serment de n'épouser que lui. Mais au deuxième acte, le souci 'est entré dans son âme. Walther est-il reçu Maître? Poussée par la passion, elle va interroger Sachs, elle devient habile, elle ruse, en un mot, l'enfant est devenue femme; et après avoirappris la fatale nouvelle, c'est l'amante malheureuse qui se jette dans les bras de Walther. Enfin, au troisième acte, en écoutant le chevalier redire sa mélodie chez le cordonnier, elle devine la puissance poétique de son héros, comprend du même coup le sacrifice et la bonté de Sachs, et c'est sous l'empire de la plus grande émotion qu'elle chante l'exquise mélodie du quintette célébrant le baptême d'un nouveau chant de Maître. M"e Bréval n'a pas toujours été heureuse, dans l'expression de son personnage; mais elle s'est rachetée dans le quintette où il faut non seulement de la voix, mais surtout savoir chanter.

Trois artistes ont été fort remarquables, ou pour mieux dire, à peu près parfaits dans les

Maîtres-Chanteurs; ce sont: MM. Delmas, Renaud et Vaguet, et nous traduisons ici non seulement notre opinion personnelle, mais aussi celle de M. Félix Mottl, le célèbre chef d'orchestre de Bayreuth, qui assista à une représentation des Maîtres-Chanteurs lors de son dernier voyage à Paris.

M. Delmas interprète Hans Sachs non seulement avec la voix la plus généreuse que l'on puisse imaginer, mais aussi avec la noblesse, h simplicité et la bonhomie qui tour à tour conviennent au personnage. Le rôle de Hans Sachs est un des plus beaux qu'un artiste vraiment digne de ce nom puisse ambitionner de jouer, mais combien difficile! Bien qu'il ne soit jamais au premier plan dans les événements qui se déroulent, il ne cesse à aucun moment d'en être le deus ex machina, et pas une minute il ne se départ de cette sagesse, de cette bonté, de cette grandeur d ame qui forment le fond de son caractère. M. Delmas s'est couvert de gloire en interprétant le rôle du cordonnier-poète, une des plus nobles figures qu'il y ait au théâtre. Étonnez-vous, après cela, qu'une aimable voisine de stalle nous ait dit un soir : « Moi, à la place

LES REPRÉSENTATIONS DE PARIS lyS

d'Eva, je planterais là Walther qui a l'air d'être en sucre, et j"'épouserais le cordonnier qui est un homme!»

Plus périlleux encore est le personnage de Beckmesser, magistralement incarné par M. Renaud. Rien n'est plus difficile, en jouant ce rôle dangereux, que de ne pas tomber dans la charge grossière; à chaque pas, le grotesque frise la bouffonnerie, et le premier mérite de M. Renaud est de n'avoir pas fait de Beckmesser un pitre ridicule. Son second mérite est de nous ravoir présenté sous toutes ses faces, et quelles faces! envieux, bas, égoïste, méchant, méfiant, cupide, fat, toute la lyre enfin. Le troisième mérite de M. Renaud est d'avoir cJiante son rôle, ce qui est beaucoup plus rare qu'on ne pense. Nous avons eu l'occasion de voir jouer Beckmesser en Allemagne par des artistes de grande valeur, comme Friedrichs et Nebe, mais nous pouvons dire que nous ne l'avions jamais entendu chanter avant d'avoir entendu M. Renaud.

Enfin M. Vaguet fut étourdissant d'entrain et de verve joyeuse dans le rôle de David, sachant donner et recevoir les coups de pied, et, ce qui

vaut mieux encore, chantant tout son rôle avec une très belle voix de ténor et une intelligence musicale des plus remarquables. Cette création de David a fait le plus grand honneur à M. Vaguet.

M"'3 Grandjean s'est montrée très alerte, et très amusante dans le rôle de Magdalène, fine diseuse et bonne chanteuse à la fois. Nous ne lui reprocherons, — et elle ne nous en voudra pas, — que de paraître beaucoup trop jeune pour une nourrice. MM. Gresse et Bartet n'ont mérité que des éloges pour leur interprétation de Pogner et de Kothner, les deux seuls rôles de Maîtres qui soient un peu étendus.

Enfin il convient d'adresser à M. Blanc,, chef des chœurs, les plus chaudes féHcitations pour les résultats extraordinaires qu'il a obtenus de son personnel. Jamais, on peut le dire, les choristes de l'opéra n'avaient chanté avec une telle sûreté, une aussi parfaite cohésion, et, disons le mot, avec tant d'intelligence.

L'orchestre, au contraire, ne fat pas à la hauteur de sa tâche; M. Taflfanel ne paraît pas avoir assez fouillé cette partition pleine d'oppositions, et de nuances, et qui exige plus que toute

autre, un bras énergique et des soins minutieux dans la direction. Encore les premières exécutions furent-elles, si non bonnes, du moins presque supportables; mais aujourd'hui que nous en sommes à la trentième représentation, c'est le perpétuel mezzo forte de l'indifférence ou l'insupportable/or^/ss/mo qui régnent à l'orchestre.

La mise en scène est presque irréprochable, très exacte au premier acte, très luxueuse au troisième, peut-être pas assez «moyen-âge» au deuxième; mais en résumé, nos décorateurs et nos régisseurs ont droit à nos remerciements, car il y eut, pour les représentations des Maîtres-Chanteurs, un effortd'art auquel l'Opéra ne nous avait pas habitués.

Cependant, nous appellerons l'attention sur un point spécial: on a fait une sorte de petit ballet de la valse du dernier tableau, ce qui est quelque chose comme un contresens. Voici comment cette scène devrait être réglée : au fur et à mesure que les jeunes filles de Fûrth descendent de la barque qui vient de les amener, les apprentis les enlacent, au hasard, et se mettent à valser sans que le maître de danse ait à régler quoi que ce soit. Le devant de la scène

lyS LES MAÎTRES-CHANTEURS

ne doit pas rester vide un seul instant, et ce n'est que quand les valseurs se sont approchés que le peuple s'écarte pour les laisser danser à leur aise. Réglée de la sorte, la scène gagne beaucoup en vérité et en animation. Seulement, il faudrait aussi prier M. Taflfanel d'accélérer le mouvement de la valse qu'il conduit beaucoup trop lentement.

Nous avons nommé plus haut M, Blanc qui a fait accomplir des prodiges à ses choristes; nous devons nommer aussi ses collaborateurs MM. Mestres et Lévadé qui l'ont aidé dans cette tâche difficile: il convient de citer encore MM. Marty, Bachelet et Risler qui furent les répétiteurs des artistes et les interprètes intelligents du maître de Bayreuth; enfin, accordons une mention spéciale à M. Lapissida, le dévoué et consciencieux metteur en scène de notre Académie Nationale de musique. Directeurs, régisseurs, artistes, choristes tous ont mérité les applaudissements du public pour avoir contribué, de tout leur talent et de tout leur zèle, aux plus belles représentations que l'on ait vues jusqu'à ce jour sur la scène de l'Opéra.

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