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ce qu'elle veut, c'est voir son chevalier; et justement le voici qui paraît sur le palier de l'escalier et redit pour Eva, en extase, la suave et victorieuse mélodie, tandis que le bon Sachs fait semblant de travailler aux souliers. Cette scène est une des plus douces et des plus délicieusement émues de la partition, et beaucoup de personnes ne peuvent l'entendre sans se sentir profondément remuées.
Mais le temps presse; ce chant de Walthe doit être son chant de maître, et il faut lui donner un nom ; on l'appellera : « le chaste secret du rêve d'aube». Sur ces mots nous entendons les belles harmonies du songe •, esquissées au début de la précédente scène entre Walther et Sachs :
' Partition, page 376.
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et par une succession de modulations que nous demandons la permission de noter à cause de leur grande beauté ', — c'est la meilleure réponse que l'on puisse faire à ceux qui vont répétant que Wagner manque de charme, — nous arrivons à l'adorable quintette, qui a trouvé grâce devant tous les musiciens, sans distinction d'opinion, et même devant les détracteurs les plus acharnés du maître de Bayreuth - :
* Partition, page 377.
2 M. Hanslick, critique musical de la Neue Freie Presse de Vienne, et adversaire irréductible de Richard Wagner, a bien été obligé de confesser, comme tout le monde, que le quintette du troisième acte est une des plus belles pages qu'il y ait dans la musique. Il a également témoigné son admiration pour les différents Lieder qui font partie du rôle de Walther. Mais afin de paraître conséquent avec lui-même, il émit l'opinion, d'ailleurs toute gratuite, que les mélodies de
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Walther et le quintette avaient e'té compose's par Richard Wagner en 1845, à l'e'poque où le compositeur songea pour la première fois aux Maîtres-Chanteurs. Cette hypothèse pourrait s'admettre à la rigueur pour les Lieder, bien que leur orchestration accuse un art très différent de celui de Tannhâuser, de Lohengrin, et mêm.e de celui de Tristan; mais elle ne peut se soutenir pour le quintette où se retrouvent des fragments de motifs et des harmonies entendus ici et là dans la partition ; quant à l'instrumentation de cet ensemble, il est clair que Richard Wagner ne possédait pas en 1845 une pareille maîtrise. C'est la perfection absolue, et ce pur chef-d'œuvre causa bien du chagrin à M. Hanslick.
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Il faut lire ce quintette pour en savourer toutes les splendeurs musicales, le merveilleux développement des voix, la suavité des harmonies et la richesse de la palette orchestrale. Cette page suffirait à la gloire d'un homme.
Le quintette termine le premier tableau du troisième acte; le second tableau n'est pas moins riche que le premier au point de vue musical; chœurs des corporations, défilé, valse des apprentis, chœur du peuple acclamant Sachs d'une tonnante acclamation, scène du concours où la dernière strophe de Walther est accompagnée par les cent voix des assistants, tout y est admirable ; il suffit, pour s'en rendre compte, de jeter un coup d'œil sur la partition, qui est, dans ce dernier tableau, d'une clarté éblouissante. Nous nous contenterons de donner, comme conclusion, le motif typique des Maîtres par lequel l'œuvre débute et se termine :
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Mais à la fin de l'œuvre, ce motif a moins de lourdeur que dans l'ouverture; c'est que Walther et Hans Sachs ont passé par là. Si différents qu'ils soient, ils sont faits pour se comprendre et se compléter, ce L'un arrive des hauteurs sublimes du rêve de la pensée, l'autre sort du fin-fond du peuple; l'un aspire à descendre et à se communiquer, l'autre à monter et à se retremper dans un air plus pur. Le
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chevalier met fièrement sa main dans la rude main de l'artisan: ainsi se conclut Talliance de l'art élevé avec l'art naïf. Unis, ils peuvent rajeunir et féconder l'école elle-même. Car, dans la pensée de l'auteur, l'école n'est pas une simple entrave. Elle aussi est nécessaire, le pédantisme seul est persiflé. L'école sérieuse représente la tradition, la règle, la persévérance. Sans elle, point de continuité, point d'art durable. Mais la vie ne peut lui venir que de ces deux sources : du fécond instinct populaire, qui, dans son demi-rêve, ébauche le vrai, et du génie créateur qui l'exprime avec hardiesse et trouve sa délivrance intime, sa confirmation éclatante dans l'âme naïve du peuple*.»
1 Edouard Schuré, Richard Wagner, son œuvre et son idée.
L'œuvre que nous venons d'analyser, — trop succinctement, mais aussi clairement que possible, — est incorporée au répertoire de notre Académie nationale de musique depuis le lo novembre 1897. C'est ce jour-là qu'eut lieu la première représentation des Maitres-Chanteurs, et il faudrait remonter jusqu'aux mémorables victoires de Meyerbeer, avec le Prophète et les Huguenots, pour rencontrer dans les fastes de l'Opéra une soirée comparable, par l'enthousiasme, à celle de la première représentation de l'œuvre de Richard Wagner.
Les meilleurs artistes de l'Opéra contribuèrent au succès des Maitres-Chanteurs. Voici la
distribution des rôles dans l'ordre donné par les programmes:
MM'""' Bréval
. . Eva.
Grandjean ,
. . MagdaVenc.