Ils supposèrent parfois que le mal avait gagné
3. En somme, les humeurs peccantes jouaient le rôle de nos microbes et de nos réflexes, pour expliquer les actions à distance.
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les grands épidémiologistes de la Renaissance ne furent point surpris de constater, de temps à autre, la participation du larynx aux manifestations de telle ou telle pyrexie. Plus tard, le pli étant pris, malgré les changements de doctrine, les auteurs qni se firent les historiens des épidémies de variole, de rougeole, de scarlatine, d’infïuenza, aux xvi e , xvn e et xvm e siècles, signalèrent fréquemment l’existence de complications laryngées. Lorsque le physiologisme de Broussais s’implanta, il devint plus difficile de comprendre la participation de l’organe phonateur; mais, par contre, ce système simpliste reliait assez bien les lésions successives en un même point 1 . Au début, il y aurait de la congestion : cette congestion s’exagérant dégénérerait en inflammation, le processus morbide principal étant de nature phlegmasique. Si celui-ci continuait à s’aggraver, on aboutissait aux ulcères et à la gangrène. D’autre part, l’inflammation pouvait être sèche 2 , catarrhale, fibrineuse, purulente, suivant son intensité et les éléments anatomiques intéressés. Bretonneau, en prouvant la spécificité de la diphtérie, porta un coup terrible aux vues éloquemmentsoutenues par Broussais; d’autre part, certains auteurs se demandèrent bientôt, contrairement à Devergie qui abondait dans les idées du physiologisme, si les ulcères n’étaient pas dûs eux aussi à des causes spéciales. C’est l’opinion que Valleix, entre autres, devait défendre avec une grande force d’argumentation. Dès lors, on tendit à ne plus admettre que la phtisie laryngée puisse succéder à une simple phlegmasie chronique, à une laryngite chronique vulgaire. En effet, on s’aperçut bientôt que. les malades qui étaient atteints de ce syndrome étaient des tuberculeux ou des syphilitiques.
C’est surtout les troubles mécaniques de la respiration,
1. Broussais a eu également le mérite de mieux faire connaître les phlegmasies chroniques assez négligées avant lui.
2. C’est au créateur du physiologisme que l’on doit la connaissance de certaines formes sèches d’angine ou de laryngite aiguës, sur lesquelles l’attention des praticiens n’a pas toujours été suffisamment attirée. A côté de la variété légère érythémateuse, surtout congestive, de ces phlegmasies sèches, il y en a de plus graves, à tendances parfois remarquablement chroniques et scléreuses qu’ôn voit surtout chez les neuro-arthritiques.
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tantôt simplement inspiratoires (œdème de la glotte), tantôt à la fois inspiratoires et expiratoires (tumeurs, croup), continus ou au contraire intermittents (spasme) qu’on redoutait dans la laryngite. Voilà le gros danger qu’on craignait pardessus tout et qui tenait constamment l’attention en éveil 1 .
On se préoccupait beaucoup moins des troubles vocaux encore fort mal connus, du reste. On distinguait des aphonies sympathiques (réflexes), hystériques, vénériennes, scrofuleuses, exanthématiques (pyrexies exanthématiques), atoniques, vermineuses, etc. On savait, depuis Galien, que les compressions ou les sections bilatérales des nerfs récurrents entraînent la perte de la voix. Dans le cours du xix e siècle, des médecins de grande valeur tels que Cruveilhier firent ressortir l’importance à ce point de vue de l’anévrisme de la crosse de l’aorte. L’aphonie et les crises de suffocation qu’on y constate produiraient, disaient-ils, une assez étroite analogie symptomatique avec l’œdème de la glotte.
On connaissait déjà la dysphonie, mais son étiologie était tout aussi étendue et aussi vague que celle de l’aphonie. De plus, son mécanisme ne pouvait être bien exactement interprété, puisqu’on ignorait le mode de production exact de la phonation. On rangeait sous cette appellation non seulementla voix bitonale, mais encore le nasônnement.
L’enrouement avait été déjà signalé comme un phénomène important des laryngites aiguës et surtout des laryngites chroniques. On savait que parfois ces assourdissements, ces fatigues de l’organe vocal sont, malgré leur bénignité apparente, l’avant-coureur des maladies les plus graves (phtisie laryngée). Depuis longtemps, on avait signalé les effets fâcheux, sur la voix, des excès sexuels, de la débauche et surtout de l’alcoolisme. Enfin les syphiligraphes savaient que la voix était souvent altérée, parfois perdue et réduite
1. Comme exemple, on peut citer le croup. La plupart des auteurs de la première moitié du xix e siècle considèrent l’asphyxie comme le plus grand péril de l’affection.
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xxin
au chuchotement chez certains vénériens ; mais l’origine de ces désordres vocaux n’était guère précise, la syphilis de larynx étant encore tout à fait dans l’enfance, même en plein xix e siècle J .
Enfin, notons l’importance croissante, dans les préoccupations des nosologistes, du spasme laryngé. Depuis très longtemps, on savait que l’hystérie et l’épilepsie ont fréquemment des manifestations analogues à l’étranglement. Cette notion était, pour ainsi dire, classique dans l’attaque légère d’hystérie appelée vapeurs et à plus forte raison dans l’attaque ordinaire. On l’attribuait au globe utérin remontant vers le cou et venant boucher les voies respiratoires. C’était du. moins l’explication qu’on en donnait aux temps hippocratiques. Un peu plus tard, on l’attribua à un rétrécissement spasmodique de la glotte. Avec le faux-croup ou laryngite striduleuse se posa surtout la question de la fréquence et de l’importance du spasm.e en nosologie laryngée, le croup étant caractérisé surtout par l’obstruction mécanique et la laryngite striduleuse par une sorte de convulsion de la glotte. Ce sera la théorie défendue par Guersant. La question se posa encore avec l’asthme de Kopp, et, dans une intéressante étude sur la question, Blache distinguera des spasmes laryngés dus à une affection locale de l’organe phonateur, des spasmes laryngés sympathiques 1 2 et enfin des spasmes laryngés déterminées par dés affections des centres nerveux cérébro-spinaux.
Ordre adopté. — Nous aurions désiré pouvoir faire une répartition par ordre de matière; mais, pour cela, il fallait un' tout autre plan, par exemple celui adopté pour notre Histoire des maladies du pharynx, c’est-à-dire étudier la nosologie laryngée non par auteurs mais par
1. En général, ce sont les praticiens de la médecine générale et non lés sÿphiligraphes qui nous ont fait connaître les désordres morbides d’origine spécifique de l’organe phonateur.