C. Chauveau. — Les Maîtres de l'Ecole de Paris, t. II. B
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et qu’elle s’oppos&it ainsi à l’entrée des aliments, même quand l’épiglotte avait été détruite par un traumatisme ou une maladie. Il prouva le fait par de nombreuses vivisections.
Quant au rôle respiratoire , on savait depuis Galien que la glotte, en se resserrant, gêne notablement le passage de l’air à travers le larynx. Depuis qu’on avait étudié plus attentivement, à l’époque de la Renaissance et des temps modernes, la musculature de l’organe, on tendait à attribuer à celui-ci le rôle d’un conducteur aérien beaucoup moins passif 1 que l’est par exemple celui de la trachée et des bronches. Mais, si Winslow et Albinus avaien^ assez bien précisé l’action de certains muscles laryngés, la répartition en muscles dilatateurs et en muscles constricteurs de la glotte était encore bien fautive. D’ailleurs, leur innervation n’était pas encore suffisamment connue. Depuis Magendie, on tendait même à dépouiller le récurrent en faveur du nerf laryngé supérieur.
Le mécanisme de la voix a été l’objet, depuis l’antiquité jusqu’à l’invention du laryngoscope, d’un grand nombre de théories diverses que nous allons énumérer.
Aristote et Galien" 2 faisaient de l’organe phonateur l’anche d’une flûte dont la trachée-artère serait le corps. Fabrice d’Aquapendente, qui s’occupa beaucoup de la physiologie du larynx, adopta cette opinion. Au début du xvm e siècle, Dodart (Mémoires de VAcadémie des sciences , 1700), compara l’appareil vocal à un cor ou plutôt à une trompette, la glotte laryngée représentant les lèvres du musicien, le corps de l’instrument allant de la glotte à l’orifice buccal. Cette théorie fut admise, comme le dit Haller « magno cum plausu ». En 1742, Ferrein, professeur à Montpellier,
1. Le spasme laryngé des accès d’épilepsie et d’hystérie est connu depuis la période gréco-romaine ; mais ce phénomène n’a été bien étudié que vers la fin du xvni* siècle.
2. En réalité, ces deux auteurs ont fort peu développé cette hypothèse qu’ils se contentent d’émettre.
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considéra le larynx comme un instrument à corde, les ligaments de la glotte constituant les cordes du violon, de là le nom de cordes vocales qu’il leur imposa et qui est resté. Le courant d’air jouerait le rôle de l’archet, le cartilage thyroïde serait le point d’appui et les aryténoïdes les chevilles. Les cordes seraient tendues ou détendues par les muscles laryngés. Bichat, qui fît sur le sujet un grand nombre d’expériences ingénieuses, ne se prononça pas, tandis que Richerand, voulant concilier les opinions adverses, admit que le larynx était à la fois un instrument à corde et à vent. Cuvier revint à la théorie qui faisait de l’organe phonateur une flûte.
En 1806, dans sa thèse inaugurale, Dutrochet attribua les phénomènes sonores à la vibration des fibres musculaires du muscle thyro-aryténoïdiencontenues dans les cordes vocales inférieures, le larynx étant considéré comme un instrument vibrant mais ne possédant pas de tuyau. Biot et ! Magendie adoptèrent l’hypothèse qui assimilait l’organe phonateur à un instrument à anche tel que le hautbois, le basson, etc. Savard, très habile physicien de l’époque, qui a fait sur l’acoustique des travaux remarquables, comparait le larynx à unappeau, instrument qui, commeonle sait, est court etpercé à chaque bout d’un petit orifice dont les chasseurs se servent pour imiter le cri des oiseaux. La glotte et les ventricules prendraient suivant cette théorie une grande part à la formation primitive des sons vocaux. L’air, traversant la glotte, irait frapper les ligaments supérieurs ; ceux-ci ceindraient l’orifice supérieur de l’instrment (appeau) et rempliraient les mêmes fonctions que les biseaux des tuyaux d’un orgue. Adors l’air contenu dans le larynx vibrerait et rendrait un son qui acquiert de l’intensité parce que les ondes sonores se renforceraient dans le pharynx, la cavité buccale et les fosses nasales. Despina, de Bourg (Thèse de doctorat, Paris,. 1822), faisait du larynx quelque chose d’analogue au tube mobile du trombone, instrument dans lequel le son est formé à l’embouchure et où le corps de
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l’instrument allongé ou raccourci donne des notes bien différentes.
Pathologie générale. — Le voisinage du larynx avec le pharynx et le nez avait, depuis l’antiquité, fait comprendre aux médecins que les affections des cavités gutturales et nasales retentissent très fréquemment, à un moment donné de leur évolution, sur celle de l’organe phonateur ; la clinique avait confirmé le fait, principalement au cours d’affections catarrhales fébriles généralisées, telles que l’influenza et la rougeole. On savait aussi que laryngite, trachéite, bronchite nê sont fréquemment que des localisations différentes d’un même processus morbide 1 . La propagation d’amygdalites suppurées aux voies aériennes et la gravité des inflammations laryngées qui se développent dans de pareilles circonstances 2 , avaient été notées déjà par les auteurs grécoromains. Leur conception de la cynanche ou angine qui ne se voit pas, c’est-à-dire esquinancie occupant les parties profondes du cou telles que le larynx, montre qu’ils n’ignoraient pas la gravité de certaines affections laryngées, bien qu’ils ne sussent pas très bien localiser le processus morbide. Dans ce cas, Galien avait déjà dit qu’on se tirait d’affaire en se rappelant que les troubles pharyngés frappent surtout la déglutition et les troubles laryngés la phonation, vue profonde qui aurait pu éclairer la pathologie de l’organe si la barbarie n’était venue sur les entrefaites tuer la civilisation gréco-romaine.
Avec la théorie des humeurs 3 et de leurs métastases, on pouvait se rendre assez facilement compte pourquoi certaines maladies générales ou même locales retentissaient un moment donné sur l’organe phonateur. Habitués à ces idées,
1. Cette remarque avait déjà été faite par les Hippocratiques lors des épidémies d’influenza, et, aux époques suivantes, elle futbien des fois vérifiée.