‹ Les maîtres de l'Ecole de Paris dans la période préspécialistique des maladies du pharynx, du larynx et du nez. Tome IIChapitre 13 sur 117 · I. — ANDRAL · texte numérisé non relu

I. — ANDRAL

Le principal mérite d’Andral en nosologie ' jÊËBÿfc. \ laryngée est d’avoir donné une excellente des- A cription des altérations morbides de l’organe «SHt 1 A phonateur, qui complète en bien des points, I „. <] secondaires il est vrai, celle de Morgagni.

*gg||Contrairement à Louis, autre grand anato- N ^MP||mBP' mo-pathologiste de l’époque, il a soutenu, jus¬

qu’à un certain point, l’existence du tubercule en ce point spécial de l’organisme ; il a bien dépeint les ulcérations qu’on peut y rencontrer et a même esquissé, sommairement, la périchondrite, utilisant dans ce but ses recherches personnelles et les quelques matériaux que lui avaient laissés ses prédécesseurs. Il est vrai que, de ce côté, il est resté inférieur à Cruveilhier qui a su tracer en outre l’histoire clinique d’une des formes de cette affection : la périchondrite du cartilage cricoïde.

Moins importantes sont ses remarques cliniques sur les affections de l’appareil vocal. Cependant les tableaux qu’il en donne dans son cours de pathologie interne ne sont pas sans mérite ; mais il faut tenir compte ici de la collaboration possible de Latour, qui rédigea l’ouvrage sur les notes du maître...

En lisant les cliniques médicales d’Andral qui sont dues certainement à la plume de celui-ci, on constate que l’éminent professeur s’était préoccupé à plusieurs reprises des maladies du larynx, dont l’importance ne pouvait lui échapper. Il C. Chauveau. —Les Maîtres de l'École de Paris, t. II. 1

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sut du reste, en temps opportun, quand les opinions de Bretonneau suscitaient encore une vive résistance,se ranger du côté de la bonne doctrine. Il faut faire, à ce propos, remarquer que l’auteur, bien que partageant les tendances pathogéniques de ses contemporains, n’a jamais eu les vues rétrécies de beaucoup d’entre eux. Quoique solidiste, il a compris maintes fois ce qu’avaient de général certains processus morbides et, pour la diphtérie et les fièvres notamment, il a reconnu que c’était principalement à leur étiologie que ces maladies devaient leur aspect spécial. C’était rompre ouvertement avec la doctrine des causes banales soutenues avec tant d’âpreté par Broussais.

I. — Traité d’anatomie pathologique d’Andral. — L’auteur adopte l’ordre didactique de son époque : congestion, œdème, inflammation, ulcère, tumeur. Il admet que l’hyperémie est fréquente dans le larynx et le plus souvent de processus irritatif, la congestion par stase mécanique ne se voyant que dans les petites bronches (bronchopneumonie, première période). La dilatation vasculaire pourrait être générale, ou partielle. Elle coïnciderait ou non avec l’hyperémie des bronches. Ses caractères seraient les mêmes que ceux de la congestion en d’autres points de l’organisme.

Assez souvent on noterait, en même temps qu’une vascularisation, de l’épaississement de la muqueuse laryngée. Mais ce serait surtout dans les inflammations qu’on constaterait ce gonflement très perceptible au niveau de certains replis tels que les cordes vocales. Il serait très facile à constater par exemple sur les cadavres d’enfants ayant succombé au croup. On le retrouverait aussi parfois assez notable chez les individus qui ont eu pendant la vie une toux ancienne. « L’hypertrophie de la membrane muqueuse peut encore se montrer sous d’autres formes que celles décrites ci-dessus. Bornée à un point circonscrit, elle peut dans ce point donner naissance à des tumeurs qui font au-dessus du niveau du reste de la muqueuse une saillie plus ou moins considérable. Ces tumeurs ont été plus souvent observées dans le larynx que dans les autres parties du tube aérien ». A ce propos, il cite un cas type de productions morbides encore fort mal connues à l’époque où il écrivait. « J’ai vu, il y a quelques années, à la Charité, un larynx dont la partie supérieure était en grande partie obstruée par une végétation blanchâtre, membrane ressemblant à une tête de choux-fleur et se continuant intimement par une large base avec la membrane muqueuse. M. Ferrus en a montré une pièce à peu près semblable à l’Académie de médecine. »

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Le contraire de l’hypertrophie, c’est-à-dire Y atrophie ) de la muqueuse doit, dit-il, se rencontrer parfois, bien qu’il n’ait jamais eu occasion de vérifier le fait.

L’auteur s’exagère la fréquence et l’importance du ramollissement des couches superficielles internes du larynx. « Dans cet organe, on le voit souvent exister au niveau des cordes vocales, ou au fond des ventricules. En pareil cas, le ligament thyroaryténoïdien montre à peu près à nu ses fibres resplendissantes ; elles ne sont plus recouvertes que par une pulpe blanche ou rouge d’inégale épaisseur, et dont en plusieurs points on ne trouve plus même de vestiges. » Ce ramollissement serait souvent la seule lésion appréciable au cours des investigations nécropsiques du côté du larynx, sur les cadavres d’individus ayant eu pendant longtemps une grave altération de la voix.

Quant aux pertes de substances : « La membrane muqueuse peut s’ulcérer. C’est dans le larynx que ces ulcérations sont les plus fréquentes. Elles occupent dans cet organe divers points qui ne sont pas indifférents à noter, puisqu’il en résulte pour la . voix des modifications diverses. Ainsi elles peuvent avoir pour siège :

« 1° l’épiglotte dont elles envahissent l’une ou l’autre face ;

« 2° les cordes vôcales ;

« 3° les ventricules ;

« 4° l’angle rentrant que forment par leur union en avant les deux pièces du cartilage thyroïde ;

« 5° en arrière, la portion de muqueuse placée entre les deûx cartilages aryténoïdes ;

« 6° les différentes parties de la muqueuse situées hors de ces points, dans chacun desquels il faut d’abord s’occuper de chercher les ulcérations, toutes les fois que l’on ouvre un larynx que l’on croit malade.

« Quelquefois la superficie du larynx est comme criblée d’ulcérations ; d’autres fois on n’en trouve qu’une seule, mais vaste, qui occupe la moitié, les trois quarts de la cavité ; il est des cas où dans tout un côté du larynx on ne trouve plus aucune trace de la muqueuse.

« Les ulcérations de, la muqueuse des voies aériennes ont ordinairement pour fond les tissus qui lui sont sous-jacents. Quelquefois la couche mince de tissu cellulaire interposée entre la muqueuse et les autres tissus acquiert une grande épaisseur et forme le fond de l’ulcération ; mais, dans d’autres

1. Qui se rencontre en effet, par exemple, dans la laryngite sèche ôzéneuse.

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cas, l’ulcération qui n’avait envahi que la muqueuse, s’étend en profondeur ; les tissus sous-jacents sont, tour à tour, détruits et il peut enfin résulter une perforation qui peut donner lieu à des phénomènes différents ; ainsi on a vu quelques cas de fistules situées à l’angle de réunion des deux pièces du cartilage thyroïde. »

Rien de spécial à noter sur les fausses membranes du croup déjà fort bien connues du reste et dont Bretonneau avait donné une description magistrale qui est restée; mais Andral se rattrape, pour ainsi dire, sur la périchondrite , la plus importante et la plus fréquente, suivant lui, des lésions sous-muqueusès.

« C’est le tissu cartilagineux qui est le siège des altérations les plus fréquentes et c’est surtout dans le larynx où il est le plus développé.

« Si, dans le larynx, nous étudions les divers états morbides que sont susceptibles de présenter les cartilages, nous trouverons d’abord que ces états morbides ne sont pas rares dans l’épiglotte.

« Ce cartilage perd souvent sa forme normale, ce qu’il peut devoir moins à une altération propre à son tissu qu’à l’épaississement de la membrane muqueuse qui le recouvre, ou du tissu cellulaire situé au-dessus de cette muqueuse. Son ossification, bien que très rare, a été observée. Il peut être beaucoup moins mobile que de coutume et ne plus s’abaisser que difficilement ou incomplètement sur l’ouverture supérieure du larynx. D'autres fois on n’en trouve plus que des rudiments, détruit qu’il a été par une ulcération dont le point de départ a été soit en lui, soit dans la membrane muqueuse qui l’enveloppe.

« Les autres cartilages du larynx présentent à peu près les mêmes lésions que l’épiglotte : ainsi, on les voit souvent s’ulcérer, devenir inégaux à leur surface, tendre à se détruire. Cette ulcération peut s’accomplir par suite de l’ulcération des parties molles qui les recouvrent; d’autres fois, elle est primitive; du pus s’amasse alors au-devant du point ulcéré, et il s’établit un trajet fîstuleux dont une ulcération de la membrane muqueuse du larynx forme l’orifice externe. Ce trajet aboutit quelquefois à la surface extérieure du larynx.

« Dans quelques cas, on l’a vu avoir son origine dans une des articulations qui unissent entre eux les divers cartilages ; cette articulation était pleine de pus, ses ligaments étaient détruits, et les surfaces articulaires plus ou moins altérées. »

Peu de choses à signaler sur la transformation osseuse des cartilages laryngés. « L’ossification des cartilages thyroïde et

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cricoïde est un phénomène normal chez les vieillards ; mais cette ossification peut se faire prématurément, et elle constitue alors un état morbide. Je ne sache pas que l’ossification des cartilages aryténoïdes ait jamais été observée... »

A propos des muscles du larynx, Andral fait une constatation anitomique importante : «Le tissu musculaire qui, chez certains animaux, est si développé depuis le larynx jusqu’aux bronches n’est guère apercevable chez l’homme que dans le larynx et dans quelques points de la trachée. Mais, dans l’état pathologique, j’ai quelquefois constaté que, chez l’homme aussi, le tissu musculaire existe dans les parois des bronches. » Le ramollissement, la désintégration des fibres, est signalé de la manière suivante : « Dans le larynx, où le tissu musculaire est arrangé en faisceaux distincts qui y remplissent de si importantes fonctions, ce tissu présente quelques altérations qui jouent un rôle important dans les maladies du larynx. Ainsi, il est des cas où l’on trouve les muscles de cet organe atrophiés, ramollis, plus ou moins détruits ; ailleurs, ils sont infiltrés de mucosités, de pus de nature tuberculeuse.

« Dans quelques cas d’aphonie complète où, en examinant la surface interne du larynx, on n’avait d’abord découvert aucune lésion, il m’est arrivé de trouver la cause de la perte de la voix, en cherchant au fond des ventricules le muscle thyro-aryténoïdien, dont je trouvais les fibres, tantôt notablement atrophiées, et tantôt écartées par divers produits de sécrétion morbide. »

C’est dans les lésions du tissu lamineux qu’il range l 'œdème et le tubercule. « Les diverses parties dont nous venons d’examiner les lésions sont unies entre elles par du tissu cellulaire, qui, lui-même joue un rôle important dans les maladies du conduit aérifère.

« Dans le larynx, ce tissu cellulaire s’hyperémie très fréquemment; il s’atrophie, s’épaissit, s’indure et revêt l’aspect squirrheux; par son épanouissement, il diminue le calibre du larynx, ilgêne le jeu des muscles, et altère la forme des mouvements de l’épiglotte. Ce tissu cellulaire peut encore s’infiltrer de sérosité, et l’œdème de la glotte, si bien décrit par Bayle, n’est autre chose qu’une infiltration séreuse considérable du tissu cellulaire situé entre les replis de la membrane muqueuse qui circonscrivent l’ouverture supérieure du larynx ; de là résultent le soulèvement de cette muqueuse et l’obstruction plus ou moins complète du larynx. Cet œdème peut survenir comme maladie idiopathique ; mais ce cas n’est pas le plus commun et ordinairement il se lie à un état d’hyperémie aiguë de la membrane muqueuse du larynx

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(Bouillaud, Archives générales de médecine , 1825) ; souvent, enfin, il se montre pendant le cours des affections chroniques de cet organe. Il peut s’établir lentement, ne devenir jamais très considérable, et ne pas gêner la respiration.

« D’autres fois, il survient tout à coup, acquiert tout à coup aussi un grand développement, et produit rapidement la mort au milieu d’un état d’asphyxie.

« D’autres produits de sécrétion morbide peuvent se former aussi dans le tissu cellulaire des parois du larynx. On y a observé du pus tantôt infiltré, tantôt réuni en petits foyers. »

Bouillaud aurait, dit Andral, cité un cas fort remarquable d’abcès sous-muqueux du larynx. « J’ai vu un cas dans lequel un des ventricules du larynx était occupé par une tumeur fluctuante qui faisait saillie dans l’intérieur du larynx; une incision légère en fit jaillir du pus. » Enfin, dans ce tissu cellulaire se déposerait aussi de la matière tuberculeuse. « C’est surtout dans l’épaisseur des parois du larynx qu’on la rencontre sous forme de petites masses isolées. J'ai trouvé une fois, sur un enfant dont je faisais l’ouverture, un exemple fort remarquable de sécrétion tuberculeuse dans le tissu cellulaire qui unit les principales bronches au parenchyme pulmonaire. »

II. — Cliniques médicales d’Andral. — Dans cet ouvrage, Andral signale l’existence assez fréquente, suivant lui, de pseudo-membranes fibrineuses au cours de la phtisie laryngée.

« Chroniquement enflammée, cette membrane présente un, genre d’altération digne d’être signalé : c’est la production de fausses membranes qui, parleur forme, par leur consistance, par leur siège, sont tout à fait semblables à quelques-unes des nombreuses variétés des fausses membranes du croup. Chez plusieurs phtisiques dont la voix avait été complètement éteinte ou du moins fortement altérée dans les derniers temps de leur vie, nous avons trouvé le larynx et, en particulier, ses ventricules tapissés par une couche membrani forme plus ou moins épaisse. Nous avons vu, dans les mêmes circonstances, les deux faces de l’épiglotte revêtues et comme incrustées d’une semblable couche 1 .

«Ainsi donc la laryngite membraneuse, ou croup à l’état chronique, nous paraît être une affection qui est loin d’être rare chez les phtisiques. Elle peut déterminer des accidents

1. Il s’agit de dépôts purulents desséchés et comme crustacés ; parfois cependant il s’y mêle une certaine proportion défibriné.

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variables en raison du siège et de l’épaisseur des fausses membranes. » Du reste pas de réaction symptomatique. « Dans le plus grand nombre des cas, toutefois, elle ne nous a pas paru produire d’accidents particuliers et de symptômes spéciaux. La largeur du larynx chez l’adulfe est sans doute une raison qu rend, chez lui, beaucoup moins grave que chez l’enfant la formation de pseudo-membranes à la face interne de l’organe vocal. »

Voici comment l’auteur décrit les granulations du larynx. « Les follicules qui existent en grande quantité dans la membrane muqueuse du larynx sont susceptibles de s’affecter, soit en même temps que le reste de la membrane à laquelle ils appartiennent, soit d’une manière isolée. L’une des affections de ces follicules, qui est en quelque sorte l’intermédiaire entre l’état sain et l’état morbide, est leur développement insolite. Ils apparaissent alors sous forme de granulations, petites, grisâtres, disséminées sur la muqueuse laryngienne. L’existence de ces granulations coïncide souvent avec d’autres altérations du larynx, résultat de sa phlegmasie chronique.

« Souvent toute la surface interne du larynx est parsemée de petites taches d’un blanc plus mat que le reste de la membrane, faisant au-dessus d’elle une notable saillie, entourées d’un cercle rouge comme d’une sorte de couronne vasculaire, et présentant quelquefois, à leur centre, un autre point rouge. Ces taches ont été prises souvent pour des érosions ou ulcérations superficielles de la membrane muqueuse. Telle n’est point leur nature ; la forme régulière qu’elles affectent, la saillie qu’elles présentent, l’injection qui occupe soit leur périphérie, soit leur centre, nous portent à regarder ces taches comme des follicules muqueux enflammés. »

Pour Andral,le tubercule ne serait ici qu'une folliculite plus ou moins suppurée. «Plus volumineux et rougis par l’inflammation, les follicules du larynx comme ceux de l’intestin, représentent des pustules, des boutons qui tendent à se terminer par ulcération, D’autres fois, ces mêmes pustules ou boutons, qui ne sont que des follicules développés, perdent leur couleur rouge pour prendre celle d’un blanc mat ou jaunâtre qui annonce l’existence d’une Sécrétion purulente à l’intérieur.

« S’ils continuent â augmenter de volume, il peut en résulter de petits abcès, tous à peu près d’égale grandeur, disséminés à la surface interne du larynx. D’autres fois, le pus que sécrète le follicule est concret, grumeleux ; il en résulte alors de petites tumeurs dures et arrondies, situées, comme le follicule, au-des

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sous de la muqueuse, et que l’on désigne dans le larynx comme dans l’intestin, sous le nom de tubercules.

« Au bout d’un certain temps, le pusconcret, demi-solide, plus ou moins semblable aux grumeaux que sécrètent les fausses membranes qui tapissent la surface interne de certains abcès froids, ce pus, dis-je, cette matière dite tuberculeuse tend à sortir et, pour cela, il s’établit dans la muqueuse un travail inflammatoire qui se termine par ulcération, laquelle n’a peutêtre été dans le principe qu’un agrandissement de l’orifice du follicule. Sans doute, ce serait aller au delà des faits que d’affirmer que tous les tubercules des muqueuses ne sont que des follicules malades; mais nous croyons pouvoir admettre qu'il en est ainsi dans un grand nombre de cas, nous fondant principalement sur les motifs suivants :

« 1° Dans les muqueuses, la forme, la disposition, le siège, le mode de développement, la terminaison par ulcération des tubercules rappelle la forme, le siège, etc,, des follicules soit sains, soit enflammés.

« 2° A la peau, nous avons eu occasion de voir des follicules s’altérer, se développer, se remplir de pus et devenir alors à peu près semblables aux tubercules des muqueuses, lorsque surtout le pus qui les remplissait avait un certain degré de consistance.

« 3° Chez le cheval, où les cryptes muqueuses sont beaucoup plus développées que chez l’homme, nous avons pu suivre d’une manière rigoureuse les nombreuses transformations que ces cryptes ou follicules sont susceptibles de subir. Nous les avons vues se remplir de matière suifeuse, sébacée, gélatineuse, de manière à représenter des tumeurs athéromateuses, mélicériques, de véritables tannes de la peau. Nous avons vu leurs parois s’indurer, s’épaissir, devenir fibreuses ou cartilagineuses.

« Quoi qu’il en soit d’ailleurs de cette étiologie, toujours est-il qu’assez souvent, chez les phtisiques, on trouve la muqueuse du larynx soulevée, en divers points de son étendue, par de petits corps arrondis, d’un blanc mat ou jaunâtre, que l’on appelle tubercules. Au-dessus d’eux, la membrane muqueuse ne présente souvent aucune altération appréciable. »

Mais l’idée d’ulcération, suite de processus inflammatoires vulgaires, était si bien ancrée, grâce à Broussais 4 , qu’Andral écrit :

1. Pour Andral, le processus anatomique des ulcérations laryngées, sinon les causes, serait donc en quelque sorte spécifique, puisque les ulcères résulteraient presque toujours du cantonnement de la phlegmasie à un élément particulier, l’élément glandulaire.

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« Rien ne prouve d’ailleurs que telle soit l’origine de la plus grande partie des ulcérations du larynx ; et il est moins commun qu'on ne le dit de rencontrer chez les phtisiques des tubercules du larynx...

« Quelle que soit l’origine des ulcérations du larynx, l’observation apprend qu’elles sont très fréquentes chez les phtisiques. Voici le résultat de nos recherches à cet égard.

« Rien n’est plus variable que l’étendue des ulcérations du larynx. Souvent elles occupent un espace tellement petit, qu'elles peuvent être très facilement inaperçues. D’autres fois, toute la surface interne du larynx ne présente plus, en quelque sorte, qu’une seule et vaste ulcération. Au milieu de cette vaste solution de continuité, on n’aperçoit plus, çà et là, que des débris de la membrane muqueuse qui semblent comme des végétations, rouges, irrégulières, au milieu d’une surface dont la couleur et l’aspect varient en raison des tissus qui la constituent. »

III. — Cours de pathologie interne. — L 'œdème de la glotte est un des meilleurs chapitres de cet ouvrage.

L’auteur s’est mieux souvenu que beaucoup de ses contemporains des services de Bayle, dont il accepte partiellement les idées pathogéniques 1 . Néanmoins, il trouve mauvaise l’appellation qu’il a donnée à l’affection.

« Cette maladie ne devrait pas porter ce nom ; car ce n’est pas dans la glotte que siège l’oedème, mais dans le tissu cellulaire lâche qui se trouve au-dessus d’elle, et sur les côtés du larynx. Cette affection peutn’être qu’un résultat de l’affection du larynx, mais elle peut aussi exister sans elle et il convient de la décrire séparément. Il y a d’ailleurs, à ce sujet, divergence d’opinions. Quelques médecins la considèrent comme étant toujours symptomatique, les autres comme étant toujours idiopathique.

« A l’autopsie, en effet, on trouve dans le tissu cellulaire un produit nouveau qui n’est pas toujours semblable à lui-même ; ainsi, dans quelques cas où, pendant la vie, tous les symptômes de l’œdème s’étaient manifestés, on a trouvé du pus ; dans quelques autres c’était de la sérosité. Les observateurs qui ont rencontré le pus n’ont pas manqué de conclure que l’œdème de la glotte était le résultat consécutif de l’inflammation, du larynx, et ceux qui n’ont rencontré que la sérosité ont soutenu que cette maladie était idiopathique.

1. En réalité Andral, comme on va le voir, est plus nettement polygéniste que Bouillaud et fait une part à l’hydropisie et une autre à la phlegmasie.

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«Comme faits d’observation, ces deux opinions sont exactes, et tout ce qu’il est permis d’en conclure, c’est que l’œdème n’est pas toujours semblable à lui-même et que, lorsqu’il n’est constitué anatomiquement que par une infiltration de sérosité, il doit être considéré comme idiopathique, mais qu’il est consécutif à l’inflammation du larynx quand on trouve du pus ou de la sérosité purulente.

«Bien que cette affection ne soit pas très fréquente, on en possède de nombreuses observations.

« Cette maladie est caractérisée anatomiquement par le gonflement, la tuméfaction des replis muqueux qui vont de l’épiglotte aux cartilages aryténoïdes (ligaments aryténo-épiglottiques). Cette tuméfaction peut se borner à ce point, comme elle peut s’étendre au delà, et soulever la muqueuse jusqu’aux cordes vocales. Ces replis muqueux se présentent sous la forme de bourrelets plus ou moins considérables, mais jamais au point d’obstruer complètement le larynx. Le gonflement peut affecter, inégalement les deux replis et même être borné à un seul. Comme nous l’avons déjà dit, ces replis muqueux peuvent être infiltrés par de la sérosité, par de la sérosité mêléë à du pus, par du pus seulement. On a trouvé aussi la muqueuse et le tissu sous-muqueux détruits plus ou moins profondément, l’ossification, la carie des cartilages, des abcès sous la muqueuse laryngienne, des ulcères, etc. » ;

L’étiologie serait très indécise. « Dans la plupart des cas, il est impossible d’assigner une cause évidente à l’œdème de la glotte. On l’a souvent observé dans la convalescence des fièvres graves 1 et sur des individus affaiblis par des maladies antérieures. Fréquemment il s’est montré pendant la laryngite chronique. »

La réaction symptomatique est sommairement esquissée, un seul phénomène caractérisant bien, dit l’auteur, le tableau morbide. « Le symptôme saillant et le plus caractéristique est la difficulté extrême de l’inspiration qui est sifflante tandis que l’expiration est libre et facile. Ce symptôme peut survenir tout à coup, le larynx étant à l’état sain ; il peut survenir, cet organe étant malade depuis plus ou moins de temps, circonstances qui doivent faire admettre dans l’œdème de la glotte : 1° une forme aiguë ; 2° une forme subaigiië et 3° une forme chronique. »

En fait de diagnostic différentiel, « on s’assurera que l’on

1. Accidents analogues au laryngo-typhus ou, quand l’inflammation manque, oedème par altération de la crase du sang. Rilliet et Barthez ont signalé ces phénomènes laryngés graves au cours ou dans la convalescence de la dothiénentérie. Voir l’article consacré à ces auteurs.

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n’a pas affaire à un corps étranger, dont la présence déterminerait les mêmes phénomènes que l’œdème de la glotte, grâce aux circonstances commémoratives. « Il est bien difficile de distinguer cette affection du croup, si ce n’est par l’âge des malades ; on sait, en effet, que le croup est une affection rare chez les adultes, tandis que l’œdème de la glotte n’a guère été observé qu’à cet âge. On sait que certains anévrismes de l’aorte, en comprimant la trachée, déterminent une dyspnée et des accès de suffocation fort analogues à ce qu’on observe dans l’œdème de là glotte.

«Les commémoratifs, la marche et la durée de la maladie, les symptômes de l’appareil circulatoire suffiront à l’observateur pour établir son diagnostic. »

Quant au pronostic « il est extrêmement fâcheux, car il est peut-être sans exemple que l’œdème de la glotte se soit terminé d’une autre manière que par la mort ».

Andral est peu interventioniste. « La première indication est une large saignée générale que l’on fera suivre immédiatement d’un vomitif ou d’un purgatif. Sangsues en grand nombre autour du cou, réaction nouvelle, après quelques instants, sur le canal intestinal ; application de sinapismes aux extrémités inférieures.

«On a proposé d’introduire une sonde pour comprimer les parties œdématiées L Mauvaise pratique. On peut en dire autant de la compression 1 2 exercée sur le larynx à l’aide des doigts ; car l’inflammation que cette manœuvre détermine ajouterait à la gravité des accidents. Enfin la trachéotomie 3 a été proposée comme dernière planche de salut. Ici, comme dans le croup, il est important quand on veut recourir à cette opération de ne pas en compromettre le succès par un retard trop prolongé. »

La laryngite aiguë serait très diverse comme aspect clinique. En effet, elle naîtrait dans les circonstances les plus dissemblables et avec lès causes les plus variées. Elle présenterait une foule de degrés dans le processus phlegmasique, depuis un état presque purement congestif jusqu’aux altérations anatomiques les plus graves et les plus étendues. L’auteur croit que .le gonflement peut aller jusqu’à oblitérer la cavité interne de l’organe. Si cette turgescence dit-il, n‘a pas attiré, autant qu’il l’aurait fallu, l’attention des médecins, c’est qu’il disparaît généralement dans les premières heures qui suivent la mort, de telle sorte qu’on attribue le décès à toute autre cause que la

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