Galien
BLACHE
çonnaient même trop souvent la vérole quand l’étiologie présentait quelque obscurité.
La sympathie entre les divers organes (on dirait aujourd’hui les réflexes) expliquait pourquoi l’aphonie peut survenir à la suite de diverses affections de l’estomac et de l’intestin et surtout des organes utéro-ovariens. « Ainsi, on l’a vue dans certaines phlegmasies gastro-intestinales, ou lors d’un dérangement quelconque survenu dans les fonctions digestives, par suite de la présence de vers dans le conduit alimentaire et dans un cas de colique des peintres ( saturnine ), d’après Portai. On connaît les relations qui existent entre le larynx et les organes génitaux. Aussi les exemples d’aphonie due à l’altération de ces derniers sont-ils nombreux. A l’approche des règles, pendant leur durée ou à leur cessation, pendant la grossesse et après l’accouchement, il arrive assez sôuvent que la voix vient à s’éteindre. » Ace propos, Blache cite le travail de Tanchon, traitant de l’influence des organes génito-urinaires sur la voix, où l’on trouve consigné un exemple d’aphonie qui ne guérit qu’après la disparition'd’une blennorrhagie. Même extinction de la voix, pendant l’évolution d’une orchite, chez un autre suj et. Piorry [article : Voix du Dictionnaire en 60 volumes ) aurait vu, à la suite de l’application d’un pessaire qui fit cesser un prolapsus utérin, la voix se rétablir subitement après une extinction partielle de longue date.
Certaines maladies nerveuses sont citées sans ordre et s an s invoquer le moindre mécanisme pathogénique, telles qu’hystérie, hypocondrie, méningite, encéphalite, épilepsie, ramollissement cérébral. Blache avoue qu’on ne sait comment elles agissent. D’autres facteurs pourraient, dit l’écrivain, être encore invoqués.
« On sait qu’elle fut un des symptômes les plus constants de cette affreuse épidémie de choléra qui, naguère encore (1832), sévissait avec tant de violence parmi nous. L’ivresse un peu forte y donne lieu quelquefois. »
Les narcotiques auraient le même effet. « J. Franck dit avoir vu à l’hôpital de Vienne un malade devenu aphone par suite de l’emploi de la belladone. Sauvage avait déjà fait cette observation. Il parle aussi d’un individu qui perdit la voix pour avoir mangé de la soupe dans laquelle on avait mis des feuilles de jusquiame. Enfin, on connaît l’histoire qu’il rapporte de ces voleurs qui, dans les environs de Montpellier, ôtaient la voix à ceux qu’ils voulaient dépouiller en leur faisant boire du vin où avaient infusé des semences de datura stramonium. Le même fait dit-on, a été observé à Paris tout récemment et dans un cas à peu près semblable. Sauvage cite encore, d’après Galien, un exemple C. Chauveau. — Les Maîtres de l'École de Paris , t. II. 5
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d'aphonie produite par de l’opium injecté dans l’oreille pour apaiser une violente douleur. »
L’aphonie pourrait enfin se produire au milieu de circonstances exceptionnelles et imprévues telles que hoquet violent (Joly), vive émotion morale (Vanderhout ) i . On avait publié enfin vers le commencement du xix e siècle des exemples curieux, quoique d’üne étiologie douteuse, d’aphonie intermittente. « Le T.) r Rennes, de Strasbourg, a fait insérer dans les Archives générales de médecine , tome XX, une observation très remarquable d’aphonie intermittente, apparaissant chaque année à la même époque, depuis dix-sept ans, et survenant tous les jours à midi précis, pendant un temps qui variait de trois à sept mois. On lit dans Y Académie des curieux de la nature (t. VII, p. 425) un fait qui mérite d’être rapproché du précédent. Il s’agit d’une jeune Wurtembergeoise qui, durant l’espace de quatorze ans, ne parlait chaque jour que de midi jusqu’à deux ou trois heures de la journée. »
La doctrine des crises comprises à la façon des anciens avait encore des adeptes et Blache, par exemple, signale l’arrivée possible du trouble phonateur au décours d’un exanthème, d’une suppression de menstrues ou de flux hémorrhoïdaire. Quant à la gravité du symptôme, elle pourrait être notable ou légère.
L’aphonie en quelque sorte accidentelle, ou survenant à la suite d’une phlegmasie laryngée aiguë guérirait plus facilement que les autres. Plus elle serait ancienne et plus le pronostic deviendrait mauvais. Parfois elle se dissiperait subitement sans aucun traitement. La révulsion, l’acupuncture, l’électropuncture étaient à ce propos assez defmode au moment où écrivait Blache. Parfois la suggestion assurait de brillants et inattendus succès chez les nerveux. « Guersant m’a rapporté le cas d’une jeune fille devenue aphone dans la convalescence d’une fièvre grave et chez laquelle la crainte d’un large vésicatoire qu’on lui proposait d’appliquer sur le cou fit cesser rapidement ce phénomène morbide. En Angleterre, on aurait tiré de bons effets du calomel, quand le trouble vocal relevait de phlegmasies de l’arbre aérien. Enfin la cautérisation directe du larynx, d’après la récente méthode inaugurée par Trousseau compterait quelques succès incontestables à son actif. »
1. Femme surprenant son mari en flagrant délit d’adultère. Une autre malade, citée par Blache et qu’il vit avec Chomel, eût une extinction subite de voix, à la suite d’un excès de joie, parce qu’elle avait été débarrassée subitement d’une grande inquiétude.
Y. — BOUILLAUD
Imbu des doctrines du physiologisme, mais esprit avisé, ne méconnaissant pas les enseignements de la clinique bien qu’il estimât trop haut les données de l’anatomie pathologique, Bouillaud a fait, à propos du larynx 1, comme pour d’autres parties de l’organisme, une sorte de transaction, assez indécise du reste, entre les doctrines de la vieille médecine et celles de Broussais.
Considérations générales. — Comme ce dernier, il pose en principe que l’inflammation est ici, comme ailleurs, le processus morbide principal ; mais il admet que les phlegmasies peuvent considérablement différer entre elles par leurs causes, leurs lésions et leur évolution, de telle sorte que, bien qu’il y ait « analogie de fond »,il y a, du moins, « dissemblance de forme ». C’est ainsi que la diphtérie etla tuberculose laryngée ne ressembleraient guère aux inflammations vulgaires de l’organe phonateur. Même quand il s’agit de celles-ci, il y aurait lieu de catégoriser et de séparer nettement, par exemple, le catarrhe, espèce « d’érysipèle simple », delà laryngite phlegmoneuse, sorte « d’érysipèle phlegmoneux ». A cette dernière se rattacherait incontestablement, suivant lui, « l’angine œdémateuse » de Bayle. Enfin, une localisation spéciale du phlegmon laryngé aux cordes vocales 1 2 constituerait la « laryngite striduleuse » de Bretonneau et de Guersant.
Avec les idées confuses de l’époque sur les causes des inflam-
1. Voir chapitre vi. Considérations générales sur les inflammations des diverses divisions de l’appareil respiratoire, t. II de son Traité de nosographie médicale.
2. Il y a eu beaucoup de discussions pour ou contre l’élément inflammatoire dans cette affection. Quelques-uns tendaient à réduire singulièrement le rôle du spasme; dans ce cas, il était naturel de placer l’obstacle mécanique, transitoire du reste, à la partie la plus rétrécie de la cavité laryngée, c’est-à-dire au niveau de la glotte.
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mations, les nosologistes, partisans des doctrines nouvelles, ne pouvaient rejeter a priori la possibilité de phlegmasies cantonnées à chacun des éléments constituants du larynx 1 , bien que l’observation de tous les jours eût appris que les lésions localisées à la membrane de revêtement étaient, sinon exclusives des autres, du moins de beaucoup les plus fréquentes ; ce que nous nous expliquons facilement aujourd’hui, car nous savons que la muqueuse est, de par sa situation superficielle, spécialement exposée aux infections, de telle sorte que les lésions des parties sous-jacentes, par exemple des cartilages, si on fait exception des quelques cas probables d’infection hématique publiés de temps à autre, semblent toujours secondaires et ont lieu par simple propagation. Tel ne pouvait être encore l’avis de Bouillaud. Voici comment il s’exprime sur les divers points que nous venons de mentionner plus haut. « Les nombreux éléments anatomiques, médiats ou immédiats, qui entrent dans la structure des diverses divisions de l’appareil respiratoire, peuvent être isolément ou simultanément frappés d’inflammation soit d’une manière aiguë, soit d’une manière chronique, et de là, des formes morbides bien diversifiées, dont quelques-unes ont été faussement considérées comme des affections spéciales et indépendantes de tout principe (inflammatoire 2 .
« Les lecteurs sont désormais assez familiarisés avec nos doctrines pour être bien convaincus que nous ne cherchons pas à multiplier les espèces inflammatoires aux dépens des autres espèces 3 et qu’iei, comme toujours, nous ne confondons pas les suites, les provenances 4 plus ou moins éloignées de l’inflammation .avec : cette inflammation elle-même ; ils savent aussi que nous 1 prenons en très sérieuse considération les différences que nousoffrènt les causes sous l’empire desquelles se développent les inflammations 5 .
1. C’était l'opinion de Broussais, qui affirme avoir vu . la phlegmasie se cantonner ainsi parfois (voir l’article que nous consacrons à cet auteur).