Le tubage laryngé est dû, comme on le sait, à Desault
BLACHE
départ qu’une conception purement théorique et non pratique.
Nous laisserons de côté ce que dit Blache sur la laryngite sous-glottiqne (périchondrite du cartilage cricoïde) parce que ce n’est qu’un résumé de l’article de Cruveilhier ( Dictionnaire en 15 volumes. Larynx) sur le même sujet. Un peu plus original est le paragraphe consacré par le même auteur à ce qu’il appelle « névrose du larynx » et qui n’est pas autre chose que le spasme essentiel du larynx chez les enfants ou asthme de Kopp. L’écrivain ne pense pas que le mal ait comme facteur univoque l’hypertrophie du thymus. « Il existe des cas, rares à la vérité, mais incontestables, où des accès spasmodiques du larynx s’étant montrés pendant la vie, l’autopsie n’a pu révéler aucune lésion qui pût l’expliquer. » L’observation du docteur Constant ( Bulletin général de thérapeutique , février 1835) le prouverait d’une façon irréfutable. Il s’agissait, en l’occurrence, d’un enfant de 21 mois ayant succombé au mal, à l’hôpital des Enfants Malades, dans le service de Baudelocque ; après avoir présenté les symptômes caractéristiques de l’affection, il était sur le pointde guérir quand il fut pris d’une variole grave mortelle. Or, à l’autopsie, le larynx et l’encéphale furent trouvés <c exempts d’altération ».
Blache reprend : « Des observations analogues existent dans la science et ce spasme du larynx n’est point exclusivement une altération particulière aux enfants, puisqu’on l’a vu chez l’adulte. En effet, Louis, le célèbre anatomo-pathologique, aurait observé, chez une femme d’un certain âge, tous les phénomènes propres à l’asthme de Kopp. A l’investigation cadavérique, on ne constata qu’un peu de congestion laryngée ». Certes, en dehors de certaines affections bien connues de l’appareil vocal, le spasme pourrait constituer le fait caractéristique d’une maladie bien spéciale, mais l’étiologie de cette dernière serait multiple; on pourrait invoquer des facteurs laryngés encore mal connus, des lésions cérébrales ou bulbaires, des névroses telles que l’hystérie. » Quant au développement exagéré du thymus : « nous ne prétendons pas, dit l’auteur, contester absolument les travaux de Kopp, de Hirsch, de Kyll, de Montgomery, de Ryland et des autres médecins allemands et anglais. Nous ne ferons que remarquer combien il est difficile de concevoir des phénomènes spasmodiques intermittents avec une cause de compression constante (hypertrophie du thymus) ; nous n’insisterons pas sur les objections assez nombreuses par lesquelles on pourrait combattre l’opinion de ces auteurs. Les faits qu’ils rapportent, quoique inaperçus des observateurs français, dans les écrits desquels
LES MAÎTRES DE l’ÉCOLE DE PARIS
l’état du thymus a été passé sous silence, sont assez importants et en assez grand nombre pour fixer désormais l’attention. Nous les mentionnons comme historiens, sauf à appeler, sur ces points de controverse, les recherches des praticiens de notre pays. «
Les causes favorisantes seraient le jeune âge, la faiblesse de constitution, l’engorgement des ganglions trachéo-bronchiques { , les troubles gastro-intestinaux, l’hérédité nerveuse, le travail de la dentition, si l’on s’en rapporte aux travaux des nosologistes étrangers. Hirsch aurait vu le mal frapper plusieurs enfants d’une même famille 1 2 .
Pour la symptomatologie, l’auteur se borne à reproduire en gros la description que Kopp en a donné dans son célèbre ouvrage (Denkwürckdigkeiten inden ArtzlichenPraxis, Heidelberg, 1829).
Blache a encore écrit, dans le Dictionnaire de médecine pratique , un article sur l 'aphonie, qui ne comprend que quelques pages et dont la lecture prouve combien les idées de l’époque sur la question étaient encore rudimentaires. Le pouvoir d’articuler à voix chuchotée serait encore conservé ; la voix seule paraîtrait éteinte. L’étiologie est, d’après l’auteur, nombreuse et variée. « Dans le plus grand nombre des cas, elle n’est que le symptôme d’une autre maladie. C’est ainsi qu’on l’observe dans la plupart des affections des organes vocaux et surtout dans l’inflammation aiguë ou chronique, simple ou pseudomembr'aneuse, de la membrane muqueuse qui tapisse les voies aérifères, après la section ou la ligature des nerfs récurrents 3 , soit à la suite d’une plaie accidentelle, soit dans une opération (ligature des carotides). Dans la phtisie pulmonaire où elle est si commune, elle tient ordinairement à la présence d’ulcérations, qui tantôt occupent les cordes vocales et tantôt le fond des ventricules ou les cartilages eux-mêmes. » L’altération des muscles thyro-aryténoïdiens, un abcès, des végétations (polypes), des fongosités, un calcul, un corps étranger ou la compression de dehors en dedans amenée par une tumeur du voisinage ont pu, dit Blache, être incriminés avec raison dans quelques cas. La syphilis regardée comme cause d’une forme spéciale de. phtisie laryngée avait été invoquée aussi chez un assez grand nombre de malades. Dans la première moitié du xix e siècle, beaucoup de spécialistes, imitant, quoique de loin, les exagérations des vénéréologues du temps passé, soup-
1. L’adénite cervicothoracique de Baréty, qui rattache à ce facteur non seulement le spasme essentiel, mais encore les quintes de coqueluche, avait donc été déjà entrevue avec ses conséquences nerveuses spasmodiques.