L. Aubert. L' Estainj>c japonaise
ramenées sur la poitrine en un geste d officiante ' ; voyez encore la courtisane Shinazuru de la maison Tchôsia, les doigts aboutés sur le manche de son éventail comme en un geste de prières et cette autre les mains allongées sur une branche de fleurs dans un geste d'offi•ande^ Attitudes rituelles de prêtresses fardées et vêtues de clair sur fonds d'or, gracilité, douceur, réserve dans la grâce, caresse lointaine du regard, spiritualité quasi-religieuse : on dirait des princesses de miniatures persanes ou des madones de miniatures françaises...
Au plein jour la courtisane d'Outamaro porte une fragilité, une flexibilité, une pâleur, une somptuosité d idole orientale : elle traîne la pénombre du sanctuaire avec soi. Habituée par une minutieuse étiquette à n'être abordée qu'avec précautions, familière par éducation avec un passé de légendes, consacrée au désir, au rêve, elle apparaît distante, et quand, au cours de ses promenades, elle côtoie les travaux ou divertissements rustiques de jeunes gens et jeunes filles cueillant des fleurs ou des fruits, elle ne se mêle pas à eux : en grand arroi, elle passe... Mais le miracle est que « cette princesse élevée au fond des palais » se trouve de plain-pied avec le paj-^sage, qu'elle y paraisse naturelle, que ses gestes y trouvent des répliques, ses couleurs, des harmonies Les plis de ses robes et de ses voiles amoncelés, leurs teintes franches ou rompues, les oiseaux qui les envahissent, la souplesse de mince herbacée qu'elle garde sous la gaine de ses vêtements, la rapprochent des paysages, tout plissés et comme engoncés dans des étoffes trop amples, sombres ou