La Croix de Guerre, p
passer sous silence les campagnes qu'il a poursuivies contre le « défaitisme » et contre les partisans d'une paix sans garanties effectives. Lorsqu'en 1917 de tristes politiciens, exploitant la lassitude générale, et subissant, à leur insu, espérons-le, les démoralisantes suggestions de la propagande allemande, se laissèrent aller, envers des traîtres avérés, à des complaisances coupables, le terrible pamphlétaire de Leurs Figures se leva pour les démasquer, pour les signaler à la vindicte publique; par ses discours, par ses articles, il porta le fer rouge dans la plaie : on lui doit des mises en accusation retentissantes qui firent reculer les puissances de ténèbres et de mort et contribuèrent singulièrement à purifier l'atmosphère morale de la France militante; il a préparé l'avènement de l'heureuse dictature de M. Clemenceau ^. Et pareillement, il n'a rien négligé pour préparer l'opinion aux revendications que la France aurait à faire valoir lors des négociations du traité de paix. Que dans cette campagne certains mots un peu imprudents aient été prononcés, au regard d'alliés trop disposés à croire à notre « impérialisme », il est possible; et, par exemple, il eût été sage de ne point parler d' « annexions raisonnables ». « Dès l'instant qu'on reconnaît la nécessité d'incorporer des réfractaires temporaires et la ville de Sarrebrûck, qui est la plus importante de la région au Nord de la Moselle, — écrivait encore M. Barrés, — il serait ridicule de ne pas exiger une frontière rationnelle, défendable, formant écran protecteur
1. Voyez, dans les Tentacules de la Pieuvre, les pages intitulées : En regardant au fond des crevasses, p. 73-154.
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pour la Lorraine, en cas de guerre future. » Paroles discutables, encore une fois, et dangereuses, mais qui du reste ne représentent pas le fond permanent et juste de la pensée rhénane de l'auteur des Déracinés. Plus un soldat allemand sur le Rhin, les territoires de la rive gauche arrachés à la Bavière et à la Prusse, neutralisés et dotés d'une autonomie administrative et politique, sous une sorte de protectorat militaire de la France et de la Belgique : voilà la solution qui, visiblement, a ses préférences et qui aurait dû s'imposer à l'équité et à la prévoyance des négociateurs alliés :
Quand je rêve, ou plutôt quand je réfléchis, je me vois surtout m'allant promener librement à Luxembourg, où j'ai déjà des amis, et plus loin, dans ces belles villes de Trêves, de Coblence et plus bas encore, pour y faire aimer la France, car ces populations auront à choisir de se rattacher à nous et de partager fraternellement notre existence, ou bien de garder leurs destinées propres sous la garantie d'une neutralité perpétuelle.
Il ne peut plus être question, au long de la charmante Moselle et sur la rive gauche du Rhin, d'aucune souveraineté de Bavière, ni de Prusse, d'aucune pensée pangermaniste. Nous voulons la paix du monde, la sécurité pour nos fils et pour nos petits-fils ^.
Hélas! ni M. Wilson, ni M. Lloyd George n'ont voulu entendre la sagesse politique de ce langage. Puissent nos enfants n'avoir pas à se repentir qu'on ne l'ait point écouté!