‹ Les maitres de l'heureChapitre 107 sur 122 · Trinps du. G juin 188G (non recueiUi eu volume · texte numérisé non relu

Trinps du. G juin 188G (non recueiUi eu volume

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n'adniellait pas rexislence des » deux Fiances », où il n'avait pas « d'ennemis à droite >> : le livre y eût t^ao^né une unilc de ton, une générosité et une largeur d'inspiration qu'il n'a plus, ou plutôt qu'il a perdues en route.

Et l'on peut se demander ce qui, dans la vie et la personne de Jeanne d'Arc, a pu séduire et attacher le luograplie de maître Jérôme Coignard; car enfin, il sendjie bien que, si la Pucelle avait pu choisir son historien, ce n'est certainement pas le préfacier de M. Combes, même dans sa bonne époque, qu'elle eut désigné ou souhaité; je crois, pour toute sorte de raisons, quelle eût préléré même Michelet, et surtout M. Hanotaux. Mieux que personne, M. France a dû sentir l'intime dissemblance morale qui existait entre son héroïne et lui-même : comment se fait-il donc cjuil ait insisté, persévéré dans son dessein? Sans doute, comme tant d'autres écrivains ou artistes, il a tout d'abord été séduit par ce qu'il y avait d'extraordinaire, et donc de « poéti(|ue », dans la destinée de la lUicelle; et il est d'ailleurs à remarquer que ce négateur intrépide du surnaturel a toujours eu, en vrai fils du xviir siècle, un g«>ûl immodéré,

— il l'a bien montré dans ses œuvres romant'S(|ues, — poui' tout ce qui a l'apparence ou la réalité du surnaturel. D'autre part, — et à cet égard, son cas n'est pas uni(]ue,

— cette ilme subtile, compli(|uée et un peu perverse a épi-ouvé d«' t(»ul trnips pour les Ames claires, iuLfénues el simples une sympathie ([ui semble bien n'être point alïectée, une sympalhir où il entre de la curiosité, de l'ironie, de la pitié, dr l'admiration, de l'envie peut-être, et même un peu de tendresse. Kt enlin, et, je crois, surtout, le désir de rivaliser avec Henan, prescpie sur son propri' Irrrain, et non pas peut-être de le « supplantt'r », mais tout au moins (h' bu « succéder » et de partager sa gloire est entré, pour une pai t considéral>le, dans le projet qu'a formé de l)onne heure M. France d'écrir»» une VU de Jmnnr tiWrc. Jusqu'à quel point a-til réalisé ses multiples ambitions?

Littérairement, d'abord, la Me rfc Jeanne d'.Arc est assex loin de valoir la Vie de Jésus. Le livre est trop long; il abonde

en digressions qui souvent en ralentissent la marche et qui, plus d'une fois même, nous font perdre de vue l'héroïne dont on nous retrace la biographie. La composition successive, un peu flottante, donne à tout l'ouvrage un air de lenteur laborieuse qui ne convient pas très bien au su j lit : combien j'aime mieux l'allure, un peu trépidante assurément, mais si martiale, de M. Hanotaux! M. France a voulu reconstituer autour de Jeanne d'Arc tout son milieu, toute la vie de son temps, et cette préoccupation, peut-être excessive, ne pouvait manquer d'entraîner quelques-uns des inconvénients que nous venons de signaler. Il faut reconnaître d'ailleurs qu'elle a eu aussi ses avantages, et qu'elle a conduit l'artiste à écrire nombre de ces pages pittoresques où il est décidément passé maître : c'est une très belle chose, par exemple, vivante et colorée, que le récit du siège d'Orléans. Et je goûte fort aussi ces deux lignes descriptives sur la « baie de Somme, morne et grise, au ciel bas, traversé du long vol des oiseaux de mer ^ », et ce paysage qui ouvre le premier volume :

De Neufchâteau à Vaucouleurs, la Meuse coule libre et pure entre les trochées de saules et d'aulnes et les peupliers qu'elle arrose, se joue tantôt en brusques détours, tantôt en longs circuits, et divise et réunit sans cesse les glauques filets de ses eaux, qui parfois se perdent tout à coup sous terre. L'été, ce n'est qu'un ruisseau paresseux qui courbe en passant les roseaux du lit qu'il n'a presque pas creusé : et, si l'on approche du bord, on voit la rivière ralentie par des Ilots de joncs, couvrir à peine de ses moires un peu de sahle et de mousse. Mais dans la saison des pluies, grossie de torrents soudains, plus lourde et plus rapide, elle laisse, en fuyant, une rosée souterraine qui remonte çà et là, en flaques claires, à fleur d'herbe, dans la vallée.

Mais son style habituel n'a pas suffi à M. France. « J'ai nourri mon texte, nous dit-il, de la forme et de la substance

1. Tome II, p. 224. La Préface (p. lxxvii) donne un premier ou uq second élat de ce tableau : « La baie de Somme si triste et nue sous le vol des oiseaux de passage »,

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des textes anciens, mais je n'y ai, autant dire, jamais introduit de citations littérales : je crois que, sans une certaine unité de langage, un livre est illisible, et j'ai voulu être lu. » Scrupule assurément très louable, mais qui va peut-être se retourner contre son auteur. Est-il d'ai)()rd bien sûr qu'un livre oii l'on « introduit des citations littérales )) soit illisible? Voilà Taine, Sainte-Beuve, — et combien d'autres! — déclarés « illisibles »! M. France est dur pour quel(|ues-uns de ses coulVères. En second lieu, il peut paraître bon, sous prétexte d' « unité de langage )> et de couleur locale, de « garder le ton de l'époque » et de « préférer les formes archaïques de la langue ». Mais quoi! n'est-ce pas précisément ce (ju'on appelle ]e pastiche'? Et M. France est assurément en ce genre un maître incomparable: avouons pourtant «pie bien des pagesdesay^rt/i/u't/'.lrc pourraient être intitulées : A la manière de... Froissarl ou de Coniines. J'ouvre le livre et je cite au hasard :

Puis(iuc les Anglais ne lui avaient point renvoyé son héraut, elle venait à eux, à leurs chefs, coniuic un héraut de Messire; elle venait recpiérir qu'ils (issent paix. Et s'ils ne voulaient faire j»aix, elle était prête à couihatlre. C'est seulement après leur refus (pi'elle serait assurée <le v liiicre, non par des raisons humaines, mais parce que son conseil le lui avait promis *...,

Note/, «pie tes aHeetalious «Tarehaïsme, — car M. Franee a beau dire : ce sont des alTeelalions. — pourraient, à la rigueur, avoir leur raison «i(-trr, si l'allure habituelle de son style et de sa pensée avait quelque parenté naturelle avec eelle de ees vieux aut«Mirs (pi'il imite. Mais M. l'rance n'est rien moins (pTun u primitif >! Il est tout au ctmtraire le moins naïf, le plus roué des artistes contemporains. Et à chaque inslaul. la dissonanee éclate : ii cha(|ue instant, le mas«]ue so dénoue et laisse apparaître les véritables traits du visage : « VAW (.b'anne d'.\rc) proplu'lisait et, comnir il anivr à ttius les prophète-^, elle u'aiiuotoMit pas

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