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Si l'on en croyait M. France, elles le seraient pleinement. Dans une Prrjace de 1900, — Préface où il y a beancunp dironie, et un peu d'aigreur, — il nous affinne que ses plus sévères censeurs « n'ont pu découvrir dans sou œuvre aucune erreur grave, aucune inexactitude flagrante ». « Il a l'nllu, ajoule-t-il, que leur sévérité se conlontàt de quelques inadvertances et de quelques fautes d'impression. » M. France se vante un peu. Si je pouvais résumer ici tous les articles critiques dont sa Vie de Jeanne d'Arc a été l'objet, et qui n'ont pas tous pour auteurs des « hagiographes », comme il le dit dédaii,'neusement, on verrait qu'il y a dans son information plus de lacunes, et dans ses intei-prétations plus d'erreurs graves, plus d'arbitraire qu il ne veut bien lavouer K Mais ce ne sont là que les petits côtés de la question. La valeur historique dune œuvre n'est pas i\ la merci de ces erreurs de détail, comme il s'en glisse même dans les œuvres le plus justement réputées. Ouand toutes les inexactitudes que M. Aulard reproche à Taiue seiaient matériellement établies, — et elles ne le sont qu'une fois sur deux, — et (piaml elles auraient, — ce qui n'est pas, — toute l'importance (pie M. Aulard \ci\v i\{[i'\\>\.u\ les Origines de la France cnnlemjtoraine n'en seraient pas moius les Origines de la Prance ronlemponiinr. 11 faut voir les choses plus larg«Mneut et (je plus Ii;»ilt.
<( L'histoire de Jeanne, — écrit très justement M. l'rance, — riiistoife (le .le.inne, je ne puis assez h^ dire, est um»
1. Voyoz. (Mitre aiiln's. outre l'artiil»* de M. Onumic dans \a Hrvue «/«•s /)<u.r Mondes du 15 nvnl tl)>8. ceux il«' «î.iitrirl Moni»d dnns l.i liiiHW hi.tloriijut' d«» nini-noùt l'.KiS ((>. 4J(» ll(l>, de M, (uTinaii) Li'ri«vre-P(»nlnlis dans /'O/M/iion du 22 fe\ricr IIHKS. de M. FranU Kui\ok ItrcntauM dans la Hivuc lubdomodoiri' du 4 juillet lUOS, de M. SnlDUXMi lleinach dans la lieviu' cn/n/Mf* de njnrs \\.H1\}, je priil livro <le M. Audrt'W baiiLT, In JninnrtrArc de M. AnatoU' Finnrr (Prrnn. llH)fl>. el rarlule d'Atliille l.iirhaire dans la (.V.i/m/i' Hcnir i\ii 2.*) in.ir». l'.MKS (p. 2tlT-2:i5) : - Au total, ronriuail l.urliaire, un livre singulier, el dilllcili' à riasser. où se derèle. avee une rare faeilili^ de vi!»ion liiî*. toin|uertuu xeritaido elTorl d Vrutlilion, l'incxpericucu d'un liiïtunuu de fralclic date •.
histoire religieuse, une histoire de sainte, tout comme celle de Colette de Corbie ou de'Catherine de Sienne ^ » Et donc, son historien sera nécessairement un k hagiographe ». De quel droit, dès lors, écrire de l'honnête Jeanne d'Arc de FhonnôtQ Wallon : k C'est une œuvre consciencieuse, morne et d'un fanatisme modéré'^ »? Wallon, un fanatique, même « modéré », — comme si les fanatiques pouvaient être modérés! — J'ai peur que M. France ne traite un peu bien aisément de fanatiques tous ceux qui ne pensent pas comme lui. Mais voilà un mot qui me met en garde et en défiance au seuil même du livre. Est-ce là l'objectivité, l'impersonnalité qu'on nous avait promises? Car enfin, Jeanne d'Arc, pas plus que Wallon, n'était une « libre penseuse » : elle a droit, au moins autant que son historien, à l'épithète de « fanatique ». Et assurément, M. France ne le dit pas, il n'ose pas le dire, même si, dans le fond de son cœur, il le pense. Mais s'il ne le pense pas, pourquoi tant d'ironies, tant de traits cinglants ou impies à l'adresse de l'héroïne, ou des croyances qui ont soutenu son héroïsme? « En fait, comme on le pense bien, confessés ou non, près d'elle ou loin d'elle, ces soudards commettaient tous les péchés compatibles avec la simplicité d'esprit^ mais l'innocente n'en voyait rien; ouverts aux choses invisibles, ses yeux étaient fermés aux choses sensibles ^. » Aimez-vous beaucoup ce ton disgracieux de supériorité protectrice? « La Pucelle avait raison plus qu'elle ne croyait. Tout dans son armée allait à la grâce de Dieu''. » « Le duc d'Alençon admira cette prophétie. Sans doute la Pucelle était venue pour le sauver, et elle nétait pas venue pour sauver le sire Du Ludde. Les anyes du Seigneur viennent pour le salut des uns et la perte des autres^. » « Depuis plus de trois mois, ses voix la tympa-
\. Vie de Jeanne cVAvc, t. I, p. lxxx; — Cf. aussi, p. xxxii.