‹ Les maitres de l'heureChapitre 114 sur 122 · ic iii' Jrannr li'Aïc, l. I, p. xx.ix, Ll · texte numérisé non relu

ic iii' Jrannr li'Aïc, l. I, p. xx.ix, Ll

2. Voyez J. Haliiiiski, Ih^nwmhrenvnt de r/iy.<<«'ri> traditionneUf : Pilhiatisnw (Paris. liiiprinuTie do (a Semaine niMieale, lOOU), et J. Knhiiiski et Jrni» Da^iiaii-liouveret. Émotion et hystérie {Journal <tr pMvc/io/oi/if iionnitli- tt /»<i//i<)/t) /i./df, mars-avril !IM2^ — II riMultc (1rs travaux du dorhMir MaltiiiNki (|Ui* luuMbrr di» faits ipn* jusipi'iri on ilr>i^nail sous le n<un d"hysl»'rii|urs doivrnl l'alto rapportas h dt» to\it autres causes, et que, coiniiu* le disait l.Aiiègue, • riiy^tt^rie est une rorheille dans laquelle on jette les papiers qu'on no Mil ou classer ••

éludent, qu'elles ajournent la difficulté, disons mieux, qu'elles l'escamotent, mais qu'elles ne la suppriment pas? C'est un clerc qui a suggéré à Jeanne sa mission? — Pourquoi un clerc? et quel est donc le nom de ce clerc mystérieux? Et pourquoi a-t-il lallu une Jeanne d'Arc pour réaliser son plan de salut? Mais n'insistons pas sur tout ce qu'il y 'a de vague, d'arbitraire, et même de fantaisiste, et en tout cas, d'hypothétique et de conjectural, — de l'aveu môme de M. France, — dans ces explications soi-disant « rationnelles^ ». Accordons à l'historien de la Pucelle tout

l. A mon gré, p&rsonne n'a dénoncé avec plus de force, de bon sens et d'humour le vice secret de la méthode imaginée par M. France et, avant lui, par Renan, pour expliquer les faits ou les témoignages qui les gênent, qu'un original écrivain anglais contemporain, trop peu connu en France, M. Chesterton, dans une très vivante page que je crois devoir citer ici tout entière :

« Je ne connais pas l'histoire, — écrit donc M. Chesterton. — mais je connais la raison aussi bien qu'Anatole France. Et, s'il y a quelque chose d'irrationnel, c'est bien, il me semble, la méthode Renan- France appliquée aux histoires miraculeuses. Elle consiste simplement en ceci : on explique des histoires surnaturelles, qui ont un certain fondement, en inventant des histoires naturelles qui n'en ont aucun. Par exemple, vous vous trouvez en présence de cette affirmation : que Jack monta au ciel en grimpant le long d'une tige de haricot. Il est parfaitement philosophique de répondre que ce n'est pas vrai. Il est encore, à mon avis, plus philosophique de répondre (lue c'est peut-être bien possible. Mais la mélhode Renan-France se ramène à dire : « Quand nous considérons la singulière et même « dangereuse hérédité de Jack, (ju'il tenait certainement d'une frui- « lière et d'un prêtre dissolu, nous pouvons aisément comprendre « comment l'idée du ciel et celle d'un haricot arrivèrent à se com- « biner dans son esprit. De plus, il semble peu douteux qu'il ait « ren(;ontré quelque magicien errant venu de l'Inde qui lui expliqua « les tours (ju'on peut faire avec le manguier et comment on fait « monter cette plante jusqu'au ciel. Imaginons ces deux amis, le « vieillard et le jeune homme, se promenant ensemble dans les bois « au coucher du soleil et contemplant les nuages rouges et horizon- « taux, comme ce soir-là où précisément le vieillard, désignant du « doigt à son jeune com[)agnon trop imaginalif un petit haricot, lui <• ditqu'on pourrait faire aussi grimper cette plante jusqu'au ciel. Et « alors, nous rappelant la psychologie tout exceptionnelle de Jack et " qu'il y avait en lui un goût des légumes ordinaires uni à un désir « presque invraisemblable de l'inaccessible, de l'invisibilité et du vide, « nous ne serons pas le moins du monde étonnés que ce soit à lui,

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ce qu'il veut; accordous-lui mèuie plus qu'il m- <itrii;iii(le, et acceploiis couiiue faits prouvés, vériliés, inatloquables, toutes les hypothèses qu'il présente. C'est entendu : Jeanne d'Arc a élé toute sa vie un instrument entre les mains des |)rètres. On lui a suggéré sa mission et ses voix. On lui a iuspirv, dans le |>lus polit détail, tout son plan de campatrne. C'était une hallucinée, une des |iénilcutrs du frère Hichard, comme la Pierronne, comme Catherine de la Rochelle. C'était une hystérique notoire.... Et puis après? Qu'est-ce que cela prouve? En est-il moins vrai qu'une simple» bergerette » a fait ce que tant d autres n'ont pas su, pu, ou voulu faire? En est-il moins vrai (ju'une enfant de <lix-huit ans. en écoulant ses voix, a traversé la moitié de la France pour aller trouver son « gentil » dauphin à Chinon, qu'elle a fait lever le siège d Orléans, conduit et fait sacrer son roi à Hoims, et, malgré son emprisonnement, malgré sa mort, « bouté les Anglais hors de France », changé le cours de l'histoire de son pays, et même, M. Ilanotaux la bien montré, de l'histoire universelle? Oui ou non, est-ce Jeanne d'Aïc (jui a fait cela? Et si c'est elle, et non pas une autre, voilà ce (|ui est, ne disons pas surnaturel, pour ne rien préjuger, mais extraordinaire, mais « hors de l'ordre commun >, mais véritablement unique. Ce qui est extraordinaire, c'est, d'bne part, Vunicilé du cas de Jeanne d'.Vrc; et ce (jui est extraordinaire, c'est, d'autre part, la disproportion qui existe entre la personne de Ihéroïneet la grandeur <le son œuvre. El voilà ce (lu'aucune hypothèse « rationnelle » n'expliquera. En présence d un cas comme celui de Jranne d'Arc, il faut ou admettre les raisons d"»>rdre « surnaturel » que Jeanne donnait elle même de son riMe et de sa mission, — et pourquoi *»on propre témoignage sur elle-mém«* ne serait-il pas aussi redevable «|uc cchii de M. l'rance? — ou s'incliner respectueusement, modeslt>-

• Imil »pi»rinlrMM'nt, qu'ndviiit cv ri^ve tlflirirux. mai*» purtMiiiMitsviii.

• b(>lii|up. (le l'union de In terre et du riel |>Ar une tifrc de hariool •

On pourra lire sur M. '' * ' ■ ' '

M. .\iulreClicvrillon dansx

ment, luunblement devant le mystère, et dire tout simplement : « Je ne comprends pas^ » Toute autre attitude de pensée me paraît non seulement peu philosophique, mais même un peu puérile. Quand, comme l'historien de Jérôme Coignard et de M. Bergeret, on ne se contente pas de nier le surnaturel, le miracle, — et il y a, quoi quil en pense, des manières fort intelligentes d'y croire, — mais quand encore et surtout on prétend Yexpliquer, on peut, autant qu'on le voudra, écrire une Vie de Voltaire., on n'écrit pas une Vie de Jeanne d'Arc.

Nous nous sommes jusqu'ici prêté aussi complaisamment que nous l'avons pu, à cet art savant, ingénieux, fertile en ressources, à cette pensée subtile, et un peu fuyante, qui charme et déconcerte tout ensemble. Le moment est venu d'immobiliser en quelque sorte notre modèle, de tâcher de préciser et de fixer les traits qui composeront son image dans la mémoire de ses futurs lecteurs. Son oeuvre n'est assurément point achevée : telle qu'elle est pourtant, elle est très suffisamment complète, et il n'est guère probable qu'elle nous réserve à l'avenir beaucoup d'imprévu.

Un artiste : c'est, je crois, le premier mot qui vient à l'esprit ou sous la plume, quand, après avoir lu les trente et quelques volumes de M. France, on essaie de traduire l'impression qu'il nous laisse. Un artiste qui n'est point complet, auquel il manque, dans tous les genres où il s'est exercé, la grande originalité créatrice, la puissance de composition et le don de sympathie, mais un artiste qui rachète, en partie, par l'habile exécution du détail, i)ar la grâce élégante et industrieuse de la forme, quelques-unes de ses imperfections ou de ses lacunes. On a tout dit sur

1. M. Ilanotaux a une formule très suggestive pour désigner ce qu'il y a eu d'inexplicable dans le rôle et dans le a génie » de Jeanne d'Arc ; il parle d'hyperrai$on {Jeanne d'Arc, p. 418).

M. ANATOLE FRANCE. ^iOi

la langue ot le style de M. Anatole F'rance, et nous-méme, • nous avons cilé de lui dos paires auxrjucllos nous n'avons |)as marchandé notre admiration. Mais à cet (''i^^ard, n>st-on point parfois allé un peu bien loin dans l'éloge, et même dans riiyperbole? A en croire quelques-uns de ses panégyristes, — les Léon Blum, les Fernand Gregh, — c'est aux plus grands maîtres de la langue qu'il faudrait comparer, et peut-être préférer, l'auteur de Crainquchille, et les noms de F»acine, de Fénelon, de Voltaire, de Renan, sont par eux bien aisément prononcés. « Le premier écrivain de son temps > », dit l'un. Kt l'autre : « Ce sera un grand classique. On n'a jamais mieux écrit en français, ni au xvir, ni au wiu" siècle. C'est la [)erfection. Renan même écrivait moins bien*.... » N'exagérons rien. On trouve chez M. France des « dans le fait », des « dan^ un but ->. des « par (contre », des « voire même », qui feraient froncer le sourcil à plus d'un i)ui'iste. 11 emploie presque toujours I<» mot « sensualisme » pour le mot <« sensualité * », et je sais (h; petites incorrections jusque dans le Crime de Sylvestre lîoiuinnl. D'aiili'e pari, son style a iiiliiiiinrui ilr i^nlce, c'est entendu; mais n'est-il pas un peu monotone? Les effets, trop calculés, mampient troj) souvent d'im[>révu: les mêmes coupes de jdirases se l'cprfnil avec une insistan<*e (pirl(|iif peu faliiTaiile, el Ir ivlliiue. le balancement de la piM'iode a l'aif d Olicir à des Injs li\rs. presque à un mol d'ordi'e. Rref. il y a dti procédé <'t un peu d'artilico dans ce style; et il suflil de le conq)ar«M' à celui <les « t,'i"ands classiques » pour voir ou pour sentir ce qui lui niaïupir (Ir spniilaMt'ih'', df lilx-ilf. de viiTueur IHM'VCUSC. Saillir l'.tMive pai'lc quchpic pail, à propos do Hal/.ac, de « t<* slyle si souveni chaloinllciiv et ilis>^o|vant. énervé r.iv,,. ,.( v«MMê' dr loiilfv. ],.< teintes, ce style d'une coi-r»qî-

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