rit- de Jeanne d'Arc, t. 1, p. US
qu'elle habite aussi peu volontiers les hauts sommets de la pensée. Le problème métaphysique et psychologique que ^soulèvent la personne et la destinée de Jeanne d'Arc, — ce problème qu'un autre historien, M. Hanotaux, a posé avec tant de vigueur et de franchise^, — M. France, lui, ne le pose nulle part; nulle part il ne l'aborde directement, bien en l'ace; il le fuit, il l'élude, il se contente de le trancher... par prétention. Il ne croit pas au surnaturel, il n'admet pas le miracle. Et cela est assurément son droit. Mais il ignore évidemment comment la question se pose dans la philosophie contemporaine; il ne connaît pas les travaux de M. Lachelier, de M. Boutroux, de M. Bergson, de M. Le Roy, et même si certain Bulletin de la Société française de philosophie, où le Problème du miracle est discuté d'une manière bien suggestive ^ avait paru avant l'achèvement de sa Jeanne d'Arc, je ne pense pas qu'il aurait eu la curiosité de le feuilleter. Or, l'on peut regretter que l'auteur d'une « Vie de sainte » où sont nécessairement impliquées de si graves questions, soit resté étranger à la manière dont les plus v libres » esprits les envisagent aujourd'hui. Métaphysiquement donc, peut-on admettre que la destinée et l'œuvre de Jeanne d'Arc s'expliquent tout « naturellement », — comme par exemple celles d'un Du Guesclin, — en vertu, je ne veux pas dire des lois, mais des habitudes du déterminisme historique? ou bien sommes-nous en présence d'un phénomène « hors cadre « et <( hors série », inséré, bien entendu, dans la suite des événements historiques, mais y formant contraste, et irréductible aux explications communes? Et, psychologiquement, suffit-il, pour expliquer la Pucelle, de reconnaître en elle une jeune fille de grand cœur et de haute piété, exaltée jusqu'à l'héroïsme par
1. On me permettra de renvoyer sur ce point à l'étude que j'ai consacrée à la Jeanne d'Arc de M. Hanotaux dans mes Maîtres d'autrefois et d'aujourd'hui (Hactiette, 1912).
2. Bulletin de la Société française de philosophie, mars 1912. Le Problème du miracle (Ttièse de M. Le Roy; — Dis<'Ussion de MM. Blondel, Brunschvicg, Couturat, l'abbé Laberthonnière, Parodi), 8°; Paris, Armand Colin.
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sa piété même, ou iinn malade, iino anormale, « fanatisée », jouet et victime des lalalités orj^'a niques? A ces questions, on sait commeot, en fait, non sans se contredire d'ailleurs quelquefois, M. France a essayé de répondre. Il ne voit rien d'étonnant dans la destinée de Jeanne : « La mauvaise lortune des Ani^lais à partir de 1428, nous dit-il, s>x/>/i'/«c tout nalarellement.... Ce dont on peut être surpris, ce n'est pas que les Anglais aient été chassés de France, c'est qu'ils l'aient été si lentement*. » Et il ne va pas jusqu'à faire de la Pucelh^ une » hystérique notoire »>, — il se contente de le laisser insinuer par le D"" Dumas, contre l'autorité duquel on peut invoquer celle du D'" Habinski -, — mais il en fait une malade, — il parle de son « état pathologi(pie », — une perpétuelle hallucinée, et il admet comme une chose évidente que ses « perceptions de l'ouïe et de la vue » sont » fausses», qu'elles ne correspondent à aucune espèce de réalité objective. « Une automate, perjjéluelleiiiciil iialluciiK'e, ((ui irni)éit «ju'aux suggestions des clercs, incapable de sentim<3nt propre et d'initiative personnelle, et qui n'a même pu concevoir d'elle-même l'idt'e (]u'un priiitc français n'est roi (pie lorscpi'il est sacré, et (pi'il faut ;i\anl b)ut le conduire à Heims, est-ce I;i vi aiment hi Jeanne d'Ail- de la vérib' et de l'histoire? On nous permctlra cntoïc d'rn douter. » C'est un historien de métier peu suspect de «< cléricjdisme », c'est un médiéviste ici (pii parle; c'est Achille Luçhaire, et on ne peut que lui donn«"r raison.
l'oiir 111:1 part, je l'avoue, ces faisons i\v raisonner m'i'IniiiuMil JoiijcMirs. ('(tiniiuMd \\r voil-jui pa^ qu"«>!l<*s