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Le Livre de mon ami, p

M. AyATOLE FRAyCE. 303

selle, la voix du lecteur, par intervalles, m'arrivait aux oreilles. »

Tout à coup j'entendis le nom de Clénpàlre et quelques lambeaux de phrases charmantes : k Elle allait paraître devant Antoine dans un ûge où les femmes joignent à la fleur de leur he.uilé toute la force de leur esprit..,. Sa personne plus puissante que toutes les parures.... Elle entra dans leCydnus.... La poupe de son vaisseau était toute éclatante d'or, les voiles de pourpre, les rames d'argent.... » Puis les noms caressants des flûtes, de parfums, de Néréides et d'Amours. Alors une vision délicieuse remplit mes yeux. Le sang me battit aux tempes ces grands coups qui annoncent ta présence de la gloire et de la beauté. Je tombai dans une rxtnse profonde. Le préfet des éludes, qui était un homme injurieux et laid, m'en tira hrusqutMuent en me donnant un pensum pour ne m'étre pas levé au signal. Mais, en dépit du cuistre, j'avais vu Cléopàtre ' !

Voyez-vous comme, chaque fois, la scène se reconstitue avec une exacte et vivante précision dans sa pensée? Sa vision d'autrefois renaît devant les yeux de son ;ltne aussi nelle, aussi émouvante (pi'au premier joui-, et il n'a t|u'à rn noter scru[)uleusement tous les détails pour la faire surgir à nos regards. Et en même temps, voyez-vous comme les images, même celles (pii snrlenl des choses imprimées agissent sur cette organisation d artiste? 11 s'y livre, si l'on peut dire, corps et Ame. C est une sensation qui entre en lui, (pii s'empare de tout son élrj\ même physique, contn» larpielle il se garde bien de réagir, à hupjelh' il sahandnnne passionnément comme |)our é'|tuis«M' t(»ute In volupté- qu'elle recèle. 1^1 c'est ce frémisseuuMit voluplueux, c'est cet chraidement sensuel (|u'il réussit ù faire passer dans ses phrases, v\ qiii «innue à ses meilleures pages « celle r/flt rescence » <|u»' Sainte-Iîeuve goCilail dé«jà dans Hal/ac. « Chateaubriand, a dit bi»'n joliuieul .M. Charles .Mauiras. commuuicpie au langage, aux mots, une couleur île sonsualilé, un goût de cliair. »» J'en dirais volontici*s autant de M. Anatole France.

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