‹ Les maitres de l'heureChapitre 35 sur 122 · Sully Pradliomme, Vœa (Vaines tendresses · texte numérisé non relu

Sully Pradliomme, Vœa (Vaines tendresses

2. Je pensais bien, en écrivant ces pages, qui visaient directement ses doctrines et ses théologiens, qu'elles ne feraient pas grand plaisir à VAction française. Mon espoir n'a pas été déçu. Je m'attendais à être copieusement injurié : je l'ai été. M. Charles Maurras lui-même est descendu dans la lice, et, sous le pseudonyme de Crilon, il m'a consacré (21 avril 1912) deux longues colonnes de son journal, qui m'ont prodigieusement amusé : M. Maurras ne saura jamais combien il est involontairement drôle! Ce ■ grand Latin » a prononcé contre moi l'excommunication majeure. Et il est vrai, les épilhéles d' « apache », de « métèque » et de « franc-maçon » m'ont été épargnées : car ces messieurs se disent « patients et généreux »! Mais j'ai été traité d' « esprit boiteux», d' «intelligence médiocre» et «esclave», de « sot rhéteur qui s'exerce à philosopher », de « niais infatigahie »,

— et même de « misérable « . « Odieux bégaiement », •• ignorance », « mensonge », • perfidie », « lâcheté », • tissu de petites indignités »,

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« Le « bloc » nous fait des loisirs, puisque toute résistance particulière à sa tyrannie semble nionientanénient inutile. » Ainsi s'exprimait en 1904, avant sa conversion royaliste, l'auteur, des Contemporains. Or, à quoi eùt-il employé ces <( loisirs », sinon à écrire? Pour un écrivain tel que lui, les Lettres, les bonnes Lettres étaient le vrai, l'unirpie refuge. A la grande surprise de quelques-uns, il ne revint pas à la critique. A la grande surprise de quelques autres qui pensaient qu'il allait utiliser littérairement ses expériences d'homme d'action, il sembla (uir les genres qui lui auraient rendu cette « utilisation » facile. M. Emile Faguet qui célébra triomphalement ce « retour aux lellres », à l'occasion duipiel il évoijuait le souvenir de Racine, "en fut quitte pour ses pronostics. « Je ne serais pas surpris, disait-il, qu(" M. Lemaître se tint moins, désf>rmais, dans le domaine senlimrnlal et dans l'analyse des ressorts h'*gcrs et souples du cœur >; et il le voyait écrivant surtout des pièces de psychologie polit iipie et sociale : cria faisait < peu de doute » à ses yeux^. Ni la Mussit're cependant, ni lierlrade, ni le délicieux Mariage de Tt'lémn<iue ne ressortissant à ce genre, n'ont l'air d'avoir été écrits par le président et le porte-parole de la « Patrie française », et j'ai pu parler de ces trois pièces ainsi que de toutes les autre>i du même auteur, comme si «« r.Vffaire » n'avait pas eu lieu, et sans paraître violer la chronologie,

• insnltr à In rni«niî tiumnino, au siniplo hou sens -, voilà quelques» uiu's MosaiiuMiilrs qui m'onlèlt'' pro(Iif;u»M>H. Klonfln, j'ai rlo iinMiare, « pour le retour du Kui •, non .seulenieiil du • tHtnnel d'àne >, mai:i du « pilori •. Kl dire quo, si j'avais partagé les idées de M. Charles* Maurr.js. il ni'cùl Irouv»'. pour h* moins, du génie! Rappelons à co Prri' (le ri",:;lis«' iialionaliNle. ii re e;iilioliqii«' alhi^'e, n'a l-il pis un jour feiicilé •*l'.gliî«e • d'avoir nus aux versets du W<i'//ii/î<vif une musique qu» en atténue le venin •? — à ce reslauraluur il»* i..ii'.'« les traditions, — toutes, sauf celle de la vieille courtoisie fi — qu'il est plus facile di> Ifituver îles injures que des r.noon^. 1. Piui'os Uttcniircs, 5' >erie. p. lî>»"-'-*03.

— au moins morale. Pareillement, j'aurais pu, en même temps que des aulrcs Contes, parler des deux volumes intitulés En. marge des vieux livres : rien n'indique, — sauf la date de la publication, et exception faite peut-être pour un ou deux (lonles ', — qu'ils soient d'après la « Patrie française ». Et si j'ai attendu jusqu'à présent pour étudier M. Jules Lemaître conteur et romancier, c'est que, s'étant « diverti » toute sa vie à composer des Contes, il a dû exprimer ou insinuer là quelques idées, quelques sentiments qui, peut-être, n'avaient pas trouvé leur place ailleurs, et qu'à examiner d'ensemble toute cette partie de son œuvre, on peut prendre comme une sorte de vue perspective de son activité littéraire et se représenter avec une certaine précision sa forme d'imagination et son tour de sensibilité.

11 faut dire les choses comme on les pense. Je ne comprends pas pourquoi M. Jules Lemaître n'a écrit, — au moins jusqu'à présent, — qu'un seul roman en trente années de vie littéraire. Est-ce là un simple effet du hasard? Ou bien, en composant les Rois (1893), a-t-il cru reconnaître qu'il n'avait pas la vocation? Ou bien, son unique roman n'ayant pas eu, ce me semble, un très grand succès, s'est-il découragé un peu vite? Ou bien les œuvres d'assez longue haleine ont-elles fait un peu peur à sa nonchalance, ou même à sa paresse? Je ne sais, et je me demande si nous ne devons pas regretter cette désertion un peu bien rapide. Car enOn, le roman moderne est une forme d'art si souple, si ductile, si accueillante, qu'on cherche en vain par où le talent de M. Jules Lemaître y serait réellement réfractaire. Il sait décrire, il sait faire dialoguer des personnages, il sait créer et « camper » des âmes vivantes, — son théâtre est là qui le prouve, — et j'ajoute à peine qu'il sait observer les mœurs et analyser les sentiments les plus complexes, pour ne i)as abuser des truismes. Reste bien, je le sais, l'intrigue, la combinaison

i. L'École des Rois (T" série), V Enfant Jésus et le bon maçon (2'^ série).

M. JULES LEMAITIii:.

des événomonts el des scènes, l'art du r»''(i(, v{ peut «Hr, sur cet article, la généreuse nature l'a-t-elle moins richement doué que sur les autres. « J'ai moins de peine, nous avoue-t-il quelque part, à exprimer des sentiments ou des idées qu'à inventer ries faits '. » Kt ailleurs, dans un « billet du matin » qu'il n'a point recu(Mlli, après avoir raconté à « sa cousine » une anecdote assez l'unèhrc : « C'est tout. Je ne sais point conter et nai point d'imagination. Mais je livre ce sujel à M. de Mau[)assant : je suis sur qu'il en tiierait qu('l(pie chose"-*. » i*<'ul-élre M. Lemaîlre est-il tro[) modeste : il n'est point nécessaire d'av«)ir la verve inventive de Dumas père ou de « la vieille Lélia » pour élre nu hon romancier, et il y a laid de moyens de suppléer, en partîille matière, à certaines indigences natives! D'ailleurs, il n'est pas vrai «pie laideur de Sèrênus et d<' Myrrlia ne sache point conter : si les longs développements luxuriants et i)arfois oiseux no sont j);»s son fait, s'il abrège volontiers, ramassis el concentre au lieu d'amplilier, — de là peut-étro son goiH prononcé pour le conte et la nouvelle, — ce n'est point là, ce mr sendde, pauvreté d'imagination; c'est simplemeid Irndance naturelle el, après tout, louable, à la sobriété, i\ la concision : ratlicisme n'est sécheresse et stérilih' qu'aux yeux d'un art asst»/, vulgaire, lin un mot, je; soup»;onn«' .M. .lides Lemaîlre romancier de s'être juscjuici un \wu trop tlélié de lui même, de n'avoir pas osé jnuer les juirlies décisives; et par exemple, ipiand llugèno- Melchior d<' N'ogué ou même M. lîourgel so sont mis A écrire des ronians. il ne mr paraîl pas qu'ils eussent. — exl«''rieur<Miirrd du moins, — dans leur jeu «les chances beaucoup plus sérieus«'s de T'-' '--i''' -i"" \\. Lemaiiro (piaiid il a ctuninencé les lioi.<

Les Hoi;t ne sont point ini chef-d'ceuvre; mais c'eut une (puvre fort inléresjianle et iidelligenle, cl, à sa date, déjà très caractéristi(pie des préoccupations qui, quchpiei»

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