ci., p. 169 (les Rccommandalions
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LcmnUrc n'a pas assf'z dit, c'est que les autres pays, ni(}nie les plus llorissanls, ont eux aussi leurs plaies intérieures, c'est que, mal|?ré les siennes, la France continue à vivre, à prospérer même, à (léveloj)per tout au moins les meilleures de ses énergies vitales, et qu'on ne rechercherait ni son amitié, ni son alliance, si, comme on risque de nous le suggérer, — et de le suggérer aux étrangers, — elle agonisait depuis quarante ans. L'auteur des Opi/i/o/ja- à réjmndre, à |)ropos d'un livre soi-disant allemand. An pays de la lievanrlie, a écrit un article, VlJlUf. ennemi^ dnnt l'injuste l't absolu pessimisme a dû faire trop de plaisir au delà du Hhin.
l'^n second lieu, cette première campagne d'opposition a eu pour cai'actére essenliel d'éti'e rigonnuisement constitutionnelle, (^e (pie M. Jules Lemaître et ceux (pii combattaient à ses côtés, de proj)os très délibéré, ont voulu modilier, ce n'est point la forme de nos institutions politiques, ce n'est j)asle régime républicain lui-mr'me, c'est le « personnel » (pii \r représente et qui l'applique: ils ne visaient <pi'à am(''liorer, non à détruire; ils ne mettaient en discussion ni le fait accompli au 4 septembre 1870, ni « les principes de 8'.» », ni la Hévolution; ilans la praticiue, leur ambition n'allait qu'i\ obtenir en 1002 de <« bonnes élections •>, et donc des Chambres libérales et un gouvernement n'parateur. H Kn atlemlant, ne rougisse/ jamais «le la Uévolution- », déclarait (Mi propres termes l'auteur du Dcpiité l.fvcau. El pendant (pielques années, il n'a jamais (lit autre chose.
El depuis? Depuis, au grand scandale de quelques-uns de ses anciens amis et de ses plus fervents admiral<Mirs, l'auleur «h»s A?<)i«, comme l'on sait, est tievenu royaliste. A Paris et en province, il préside dos banquets, des cou^r^Sy de grandes réunions publiques, des séances innugurnlcs;
1. Opinion.» «1 /V/xi/K/r»*, p. 72-S > livre d*un préloiidu cKu'U'ur UoinnitM rt.'iit il'nn Krai^Mi-* i|»i cro>tkil faire luuvro patriulitiuc eu
jouant h cv^ j«mi ilaiiL-iMcnv.
Gm.vi P. — l^n Mattros do I Houro. H. - 6
il y porte des toasts, y prononce des allocutions ou de véritables discours; il écrit dans un journal « aidc.it, violent contre le désordre et révolutionnaire par amour de Tordre », et> tout étonné, lui, l'homme de la sagesse aimable, modérée et souriante, de se trouver en compagnie si tumultueuse, il se demande si sa jolie prose n'y va pas « paraître un peu molle et un peu terne d'accent »; dans ses discours et dans ses articles, il raconte à qui veut l'entendre l'histoire de sa conversion, et prêche avec énergie le nouvel Évangile politique, « le nationalisme intégral » et « la monarchie positive ». « Les plus pénétrants génies du siècle passé >>, Maîstre, Rivarol, Bonald, Comte, Balzac, Le Play, Taine, Fustel, Renan, sont devenus ses maîtres; à leur école, il a rappris l'histoire de France, et il les cite avec abondance. Il honnit la Révolution, maudit le suffrage universel, conspue la République parlementaire; il prodigue ses encouragements et ses vœux aux « Camelots du Roi » et aux « jeunes filles royalistes »; il se défend de les « exhorter à la modération »; il se fait l'apologiste et presque le garant de « Philippe VIII ». Il a « le sentiment d'être dans la vérité, dans la vérité humaine, dans la vérité de toujours ». En un mot, il a la foi, — j'entends la foi royaliste, — et il est « merveilleusement tranquille ». Et il a i)ris comme ex-Ubris une devise tirée du fameux distique de Gil Blas : Inveni porlam.... Il a trouvé le port, et « une grande sécurité morale ». L'heureux homme! Et que j'envie sa tranquillité d'ame!
Mais il faut essayer de tout comprendre, même, — et surtout, — les idées que l'on partage le moins. Comment M. Jules Lemaître est-il arrivé à ces convictions bienfaisantes? Son évolution est facile à reconstituer, car il nous en a, plus d'une fois, indiqué toutes les étapes. II disait un jour à Bordeaux, en y fêtant « la Saint-Philippe » :
Aux réunions de l'Armée du Salut, il y a de bonnes gens, généralement d'anciens ivrognes, qui montent sur l'estrade pour confesser leur erreur et raconter leur conversion. Ces manifestations s'appellent des « témoignages ». Je ne suis pas,
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mpssif»iirs, un ancien ivro^'-ne. sinon dans un sons cxtrémnment niùtaphoriquc cl pour ni'être grisé autrefois du mauvais vin des principes de la Kévcdulion. Mais, ma foi, je monte sans vergogne sur les estrades, non par plaisir, mais pour raconter mes aberrations passées, et pour que mon exemple ronde témoigna^re à la vérité.
Hccu«illoiis (i(Mîc ce lénioignacrc. Il a son prix, même symbuliquo. Car, on ne saurait se le dissininler : ce « nouvel état d'esprit » est plus répandu qu'il ne semble, et non pas seulement dans les milieux soi-disant « réactionnaires » par tradition ; il est partairé par d'aulhonti(|ues, par de « vieux républicains >»; la doctrine monarchiste par positivisme a fait d'abondantes recrues ces dernières années, notamment, symptôme (jui devrait «*tro in([uii''lant pour les hommes au pouvoir, i)armi la jeunesse des écoles. Je doute, j)()ur ma part, qu'elle ait l'avenir pour elle; je crois que la Hépubiique, en France, ne peut périr que par ses fautes, mais elle peut périr par ses fautes, et il ne nous faudrait pas beaucoup d<î ministères comme les deux «pii ont précédé celui de M. Poincaré, et surtout comme le ministère (lombes, pour amiMier, à brève échéance peut-éire, un changement de ré^'ime. On coiniait le mol célèbre de Duclos : « Ils en feront tant, disait-il des Kncyclopé'distes, «pi'ils vont me faire aller à la messe ». Ouel est \i*. républii'ain libéral qui, à certaines heun^s d'une dnminalion <( abj«M'l«» », — il faut rappeler cette épithèle liish>ri(jiu', — n'a pas dit vu son c«iMir : « Ils en feront tant rpiils vont me rendre royaliste >»? (Juelques-uns ont accueilli, médité, approfondi celle boutade; ils Pont convertie en ufje doctrine. l'.t je crois bien que tel est le cas de M . .Iules I.emaître.
il faut le laiss«M' parler lui-même :
J'ai été républicain lougteuqis. ar«lcnnuent. presque religieusement. J'avais dix-sept ans au moment de la gtierre: je lirais en secret «les pages des CJuUimentt^ el je n^gardais le Deux l)é(ond»ro eomnu» le plus grand dos crimes. Lorsque la Ilépubli<pu' fut proclamée, ce fui pour moi. malgré Ihorreur de îa
défaite commencée, comme une « épiplianie )).... A T Ecole normale sous rathénien Bersot, je continuai de croire à la République.... Plus tard, professeur en province, mes illusions persistèrent. Le « Seize mai » me remplit d'indignation, et j'eus la fièvre le jour de la réélection des 363. Et, cependant, je me repaissais de littérature romantique.... Je rentrai à Paris.... Je n'avais pas, personnellement, à me plaindre du régime.... Mais déjà, en province, j'observais partout les monstrueux elîets de la tyrannie républicaine. Toutefois, je ne fus pas boulangiste, et m'en étonne encore. Mais c'est que j'avais eu l'occasion de voir de près le général. La République commençait à me guérir do la République. La vie m'avait déjà guéri du romantisme ^...
Puis vint « l'Affaire », et la « Patrie française »' qui, en devenant malgré lui une ligue électorale, « compléta son expérience ». Il vit « la réalité comme elle était », c'est-àdire « abominable »; il connut « les coulisses du suffrage universel et la cuisine de la démocratie; et comment le système électif, applique aux choses de la politique, devait aboutir mécaniquement au gouvernement des pires; et que c'était cela la République, et qu'elle ne pouvait être que cela ». « Dégoûté, il chercha des remèdes »; il rêvait encore d' « une République meilleure », et, en un mot, il pensait « qu'on peut améliorer la poste ». Un moment partisan du scrutin de liste et de la représentation proportionnelle, il ne tarda pas à y voir des palliatifs trop insuffisants. Cependant, républicain obstiné, il continuait (1904) à écarter, en vertu d'objections de fait, la solution royaliste, et il se ralliait à la théorie plébiscitaire, préconisée par Paul Déroulcde; mais il « ne s'y entêta point », car « il reconnut assez vite quel risque terrible ce serait ».
Ainsi, — nous déclare M. Jules Lemaitre, — ainsi tombaient mes erreurs l'une après l'autre; ainsi, jarrivais, peu à peu, à concevoir toute la vérité. Un organe des intérêts généraux et nationaux, oui, cela est nécessaire : mais cet organe ne vaut que
1. Lc.Ures à mon and, i'.)09 {Comment je suis devenu royaliste), p. 10- 12. Nouvelle librairie nationale, 1910. — La même librairie a [jublié UQ iiiléreasant volume de Pages choisies de M. Jules Lemaitre.
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s'il dure. Il ne vaut que par riu'rédilé. Tn consul, cela est dangereux et prérnire. Ce qu'il faut, c'est la eoïnridenre permanente de l'intérôt [lersrmnel du chef avec i'intértH de la nation; c'est la continuité du pouvoir central, qui permet les lun-rs et patients desseins et peut seule supjiorter de larges lilifrlés, municipales, provinciales, corporatives, lîref, ce qu'il faut, c'est le lloi *.
Que cette conception, dans les écrits de ses nouveaux théoriciens, soit claire, harmonieuse, rationnelle, et même « scientifique », — encore (jue la science n'ait rien à voir en pareille matière, — c'est ce que l'on accorde li es volontiers. Je crois d'ailleurs que la conce[)tion contraire, la thèse républicaine et démocratique, si elle était adoptée, repensée et exposée par l(;s mêmes es|)rils aurait exactement les mêmes caractères, (^e n'est pas la clarté logique »pii juge une Ihéorie polilique: ce sont les réalités aux- (pielles on rappli(|ue. Or, de ("c point de vue tout positif ri pratique, M. Leinaître a fait jadis ù la théorie royaliste des objections (pii me senddent toujours très fortes, et auxquelles ni lui ni ses amis ne nie paraissent avoir véritablement i('*poiidu. « Si la monarchie, écrivait-il, par exemple, eu 100», a eu cette force et cette bienfaisance; si (Ile a été î\ ce point raisonnable, juste, naluri'lle, nécessaire; si elle a eu ce caractère d'éln^ exactement adaplêc aux exigences «le la n'vdilé, aux besoins et aux iidêrêls de la communauté frauf^aiso, coninietit expliquer (|u'elle ait cessé de vivre, <*l (pi'elle ait même été si rapidement et si aisément déracinée? » Mais il n'y a <|u'à jeter les yeux sur les études publié(»s récemment par M. di^ Ségur sur le C.nuchnnl tir lu innniinliif pour r«'e<Minaîlr«> cpie, si tout n\*sl point pai'fait, hélas! dans notre dêmocrati»» contemporaine, tout MO r«'lail point non plus sous ratu'ien rt^ji:inie, — % et pnurliinl (trfc un roi exccllcnl. Qui n«»us garnniira donc que les fautes commises dans le p •-<,•. ■*.. !.. -.(ont plus «lans l'avenir?
i. Discours royalistes^ 1008- 191 1. Nouvcljy jibrairio nalionnio. />««<"n. vi p. 25. — Cf, Lettres à mon ami et r/»»'i>rù*i et lmpri\stions, (ui.^^. ..
J'ai eu tort tic dire tout à l'heure que M. Lemaître n'avait pas encore repondu aux objections qu'il avait autrefois formulées lui-même. Il sait, et il dit qu'elles sont « très fortes », et pour qu'il le dise, il faut bien qu'elles soient,
— logiquement, — insurmontables. Mais il compte, pour les résoudre, pour ruiner « la montagne de préjugés qui s'opposent au rétablissement de la monarchie », sur ce qu'il appelle « une heureuse intervention de la force », ou, plus élégamment encore, « des événements d'une utile brusquerie )>. Si nous traduisons en termes concrets cette ingénieuse périphrase, nous dirons, à raisonner suivant les vraisemblances historiques, que « le retour du Roi » ne saurait être procuré que par une révolution plus sanglante peut-être encore que ne l'a été celle qui a dépossédé ses ancêtres, ou par une guerre malheureuse. Que M. Jules Lemaître me pardonne de croire ce qu'il croyait en 1904, que (c cela ne paraît pas très proche et serait extrêmement hasardeux ». Et qu'il ne m'en veuille pas surtout, si, par un reste de « romantisme » sans doute, je me redis ici les vers si humains du poète qu'il a tant aimé ^ :
Je ne peux ; j'ai souci des présentes victimes : Quel que soit le vainqueur, je plains les combattants, Et je suis moins touclié des songes magnanimes Que des pleurs que je vois et des cris que j'entends 2,