‹ Les maitres de l'heureChapitre 37 sur 122 · Revue Bleue, 7 avril 188G [non recucilH en volume · texte numérisé non relu

Revue Bleue, 7 avril 188G [non recucilH en volume

.1/. JULES I.EMAlTliE. l'j

plutôt riiabile mise ea œuvni «tUiie idée aljstraite, d'une id«''e eriti(iiie, (jiie la copie fidèle, rpie la Iraiisposilinu arlislique de caractères empruntes directement à la vie r(''('ile. Ajoutez à cela que le • niétiei* », dans le roman de M. Jules Lemaître, ne laisse pas de trahir, — dirai-je quelcpie inexpérience? — tout au moins une m.'dlrise un peu incertaine. Il est vrai que ces flottements sont peutéli-e (lus au lai! (pie, en composant son roman, lécrivain songeait déjà, sans aucun doute, à la pièce qu'il en a tirée, — si même la pièce n'a pas été écrite avant le roman, — et (|u'il a été amené par la force des choses à conl'ondre les procédés des deux «< genres » : de telle sorle que, après avoir rapi)roché, apparemment avec quelque excès, le théâtre du roman, il s'est trouvé rapprocher le roman du théAtre. ('/est ainsi (pie les expositions rétrospectives (pii, d'ordinaire, dans le roman, se l'ont sous l'orme de récit, se font ici, — comme au IhéAtre, où elles ne se peuvent faire aulicniciit, — sous forme de dialotj^ue. VA il faut avouer (pie cela donne à certaines parties de Id-uvre un air d'invrais('nd>lance qui aurai! pu fort aisément être évité.

(^es imperfections constatées, on est plus à l'aise pour rccoimaitre les rares (jualités de cet uniipie roman; une agilité et une grAce de style à Uupielle M. Lemaiire nous a haliitués, mais «pie nondire de romanciers contemporains iirnorenl, hdas! profondement; une ingi'uiosdé et parfois une profondeur d'analyse psycholoLri(iue ipii ravira lous les «( amateurs d'Ames >»; une merveilleuse abondance d'id('M's sur t(uite s()rl(^ do sujels et «le questions c(uil»'niporaines, lit tc'raires aussi bien (pie sociales. Voici par e\enq)le, la plus forte réiulation (jui» je connaisse de certaines théories csthéli(pies en faveur dans corlains cénacles :

Sft crédulité aux formes nouvelles de poésie cl d'nrl élail fnito «ri.iincM.iMie. (le nerv«isilé un peu luorhide, d'in(piiotUile l«)ule spontané*», ben foi mes aneieunes l'otTensaiiMil par trop de précision el paret» «pielles lui paraissaienl inq)ropres à exprimer tout ce (pi'il seutail de cueho dans les choses. 11 surfaisiit oo

mystère, ne prenait pas ganle qu'il est purement subjectif, personnel à chacun de nous, fugitif et changeant; que la perception de ce merveilleux on ne sait quoi correspond à un moment inférieur de la production artistique et qu'il s'évanouit forcement à Vheure de Vexécution, puisqu'il est l'indicible^ mais que d'ailleurs il renaît, une fois la forme fixée, de celte forme même; que c'est l'expression arrêtée et intelligible qui contient ci qui nous suggère le plus d' « au-delà » ; et qu'enfin ce sont les œuvres d'art ou les poèmes les plus précis, quand ils sont vraiment beaux, qui redeviennent dans notre pensée les plus mystérieux, les plus fertiles en rêves*.

Et que dites-vous de ces quelques lignes sur la contradiction intime qui est au fond du rêve socialiste?

Ce rêve dont on les leurre (les malheureux) est dailleurs tout naturel au fond et tout terrestre. Il s'agit de jouir de la terre, et d'en jouir le plus possible, moyennant un minimum d'effort et de travail pour chacun. Mais il s'agit aussi d'en jouir tous ensemble également et sans que le fort prenne la part du faible. Cela suppose une charité, une tempérance, un empire sur soi, des vertus enfin qui, jusqu'à présent, n'ont jamais eu de meilleur support que les croyances religieuses. Bref Vaccomplissement de ce rêve païen exigerait des vertus chrétiennes, des vertus dont l'essence est précisément de le répudier'^....

Et enfin, il y a dans les Rois un accent d'humanité, qui est très frappant, et qui mériterait de nous arrêter longuement, si nous ne retrouvions le même trait dans les quatre volumes de Contes^ auxquels il nous faut en venir maintenant.

Qu'il a bien fait de ressusciter cette vieille forme du conte, du dialogue, du drame philosophique, si fort en honneur au siècle dernier, et comme cette forme convient à son esprit! Nulle ne se prête mieux à l'expression complète et nuancée de nos idées sur la vie, sur le monde et l'histoire. Elle fait vivre les abstractions on les traduisant par une fable qui est de l'observation généralisée ou, si on veut, de la réalité réduite à

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