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2. (Ml noiera \o prooédé dcsoriptif. rhor h î.otf, qui ronsi^to K encadrer le Milt.slantir cnlre deux «^pilhéles luMirouseinenl i-hoi>iit>.>>, et àcréer uiii^i une brève cl originale image : leur doux fouillage yû; )>e« lanjcs eaux vcrUs.
scène. Or, cette qualité nécessaire est totalement absente du caractère de Paphnuce, et cela, remarquons-le, non pas parce que ce caractère est complexe, mais parce que l'auteur, en le concevant et en le développant, n'a pas su se décider nettement entre les divers sentiments que son héros lui inspirait. Car M. France n'est pas homme à se dissimuler derrière ses personnages, à nous dérober ce qu'il en pense, — ses préoccupations philosophiques lui interdisent d'ailleurs l'objectivité. Sympathie, admiration, étonnement, curiosité, ironie, pitié, mépris, indignation, colère, il passe évidemment par tous ces sentiments à l'égard de l'abbé d'Antinoé, et il le trait-e en conséquence. A la fin, c'est la colère et la haine qui l'emportent : Paphnuce est maudit par son biographe comme par Dieu même : « Il était devenu si hideux qu'en passant la main sur son visage, il sentit sa laideur. » Et pourquoi cette punition, juste Ciel? La seule raison qu'on en puisse trouver est que Paphnuce a voulu arracher Tha'ïs à son existence de désordres et de voluptés, et qu'il s'est, par ascétisme chrétien, condamné lui-même à ne pas prendre sa part de « la fête de la vie ». Seulement, cette intention, si c'est bien celle qui, au total, inspire et résume le livre, n'apparaît pas clairement dans le cours de l'ouvrage qui reste obscur et énigmatique. Et puis, quelle idée singulière, et, moralement, un peu pauvre! Ah! M. France n'est pas tendre pour ceux qui se refusent à suivre la nature; et il est décidément moins indulgent au pauvre Paphnuce qu'il ne l'a été, jadis, à l'abbé Prévost, et qu'il ne va l'être bientôt à maître Jérôme Coignard.
M. l'abbé Jérôme Coignard, « docteur en théologie, licencié es arts », est, comme l'on sait, le héros de la Rôtisserie de la reine Pédauqiie (1893), et c'est l'une des créations, sinon les plus originales, tout au moins les plus vivantes de M. France. Cet ancien régent du collège de Beauvais, à la parole subtile, abondante et fleurie, prêtre intermittent, ivrogne, gourmand et libertin, qui a été successivement colporteur, comédien, moine, laquais, et qui,
aprôs mille avontures, moiirt assassin»'; par un juif dont il a aidé à cnlcvcn* la nièce, est l'un des deux ou trois [)ersonnages dans lesquels l'auteur de Thaïs a mis toutes ses comi)laisances. S'il n'a pas, à proprement pailcr, voulu se représenter lui-même sous les traits, un |i(u jiirn rabelaisiens, du bon maître de Jacrpies Touruf^brociie, il est sur rpril lui a prêté nombre de ses idées et de ses propos lamiliers. Et ces idées ne sont pas toujours justes, ni ces propos toujours édifiant*^. D'autre part, les histoires de magie auxquelles sont mêlés Jérôme Coignard et son disciple; sont bien longues et l)ien dénuées d'int«'rèt. Mais, malgré tout cela, malgré toutes les imitations livrescpies qu on a relevées dans la fiiUisserie >, et toutes celles qu'on y relèvera encore, le roman est très intéressant, au moins |).'U' places, et il rellète avec une singulière fidélité la persoimalilé de son auteur. Sous le voile d'une ticli«)n ti'ansparente, cette ùnw de volupté et d'auai'iliie s'y exprime à nous tout entière. On ne saurait coutenjpler et corder avec une; complaisanc»^ plus eneoiuMLreatde et plus nppinbative les exploits d(; Jeannette la vielleuse, de Catherine la dentellièrt; ou de Jahel, la belle juive : maître JérAmt; Coignaid est, pour les faiblesses de la chair, d'une indulgence (raul.iiit plus iui'puisabh' qu'elle n'est pas. de son pi'opie aveu, pleinement désintéressée, et il a une fa(;on, peut-ê'ti'e un peu bien liln''rale, <Ie prendre son parti des u innond»rables consjMpKMices » de « la eliute dICve >«. .Mai;* là ne se borne pas son lilx'ralisme. Sur toutes les (|ilosti(Mis in<'lapli\ sicpies ou morah»s, soriales «m r<digi«MI*»OS que leiK nul i(> ou s(Mdève sa verve dialecliipje il aboutie en opinions « particulières >. : opinions «l'autant plus sp«'*cieuses (pi'elles ont parfois un air de profondeur et ipi'idles sont prestjue toujours «'xprimées avec une grantlc
i. Voyi'/, à crt ««i^nnl. dans la Grande Hevuc du 2T\ novembre HM!, rnrlirlt" dt» M. J.-M. Mon»! sur l'nr sourcr dr in H ii tisse rit, dans la (îninitr /?«i>ij«MMiroro du jr» dèr«Mnl>rt' !1)I2 l'I du 10 janvier 1013, les nrlitlcs (1«> M. Immmi (".arias sur Oue'/</j.r.< sotirotts d'Anatole Fraise, cl lo livre dojù liU' di« M. (i. MKliaul, p. 101108.
élégance littéraire, avec une sorte de douceur insinuante et d'onction sacerdotale qui en dissimulent le venin; mais opinions qui toutes vont à légitimer et à libérer de toute contrainte extérieure, de toute discipline collective les écarts ou les fantaisies de l'instinct individuel. Nous le verrons mieux encore tout à Iheure, quand nous en viendrons à feuilleter le recueil qui s'intitule précisément les Opinions de M. Jérôme Coignard.
La Rôtisserie nous transportait dans le Paris du xviii^ siècle. C'est de nos jours, à Paris, à Florence, un peu en province, que les héros du Lys rouge (1895) promènent leurs « amours simplifiées ». Ils sont les contemporains de Verlaine qui, sous le nom de Choulette, fait partie des bagages de Mme Martin-Bellème *. Ils ont « pioché » Baedekcr, dont les impressions pittoresques leur sont parfois restées dans la mémoire 2. Ils ont trop lu, — si l'on peut trop lire, — les romans de M. Bourget, car ils les copient un peu, et si Dechartre a plus d'un trait de René Vinci, la comtesse Martin ressemble « comme une sœur » à Suzanne Moraines, l'héroïne de Mensonges. Et que d'autres ressemblances on })ourrait relever entre ce roman florentin et les œuvres romanesques de l'auteur du Disciplel
Mais quand imitations, inspirations ou ressemblances seraient plus considérables encore, il y a une chose qui appartient bien en propre à M. France : c'est son style. Il n'y a peut-être pas, dans toute la littérature française contemporaine, depuis Dominique, de roman aussi « bien écrit » que le Lys rouge : il est môme, à certains égards, trop bien écrit, caries personnages y parlent comme des livres,
1. Verlaine n'est d'ailleurs pas le seul qui ait posé pour le personnajre de Choulette.
2. '< Us visitèrent les cellules où, sur la chaux nue, Fra Angelico, aidé de son frère Benedetto, peignit pour les religieux, ses conii)agnons, des peintures innocentes. » (Le Lys rouge, p. 230.) — Cf. Italie : Manuel du Voyageur, par K. Baedeker, Italie septentrionale, 11* édition, 188(), p. 3G8, OllendorlT : « ... ces fres(iues charmantes qui n'ont pas encore été surpassées jusqu'ici, pour la vérité dans l'expression des senti incnls extatiques et la grâce innocente. »
ci CCS livros ont beau être adinirnhleiiienl écrits, {)iii.s(iirils h; sont par M. France, ce sont des livres, et les livres ne donnent pas lillusion de la vie. Mais si c'est là un excès, c'est l'excès d'une «pialité certaine, et il n'y a certes, pas beaucoup d'écrivains qui sauraient évoquer, en ces termes, la vision nocturne dun enterrement à Florence :
A ce moment, ils virent, dans la nuit tombée, nuder de loin vers eux dos lumières et des chants luLruhies. VA puis, comme des fantômes chassés par le vent, apparurent les pénitents noirs. Le crucifix courait devant eux. C'étaient les Frères de la Miséricorde, (pii, sous la capnde, tenant des tonhes et chantant des psaumes, portaient un mort au cimetière. Selon la coutume italienne, le cortège allait de nuit, liuu pas rapide. Les croix, le cercueil, les bannières bondissaient sur le quai dés«Tt. Jacques et Thérèse se rangèrent contre la muraille pour laisser passer cette trombe funèbre, les prêtres, les enfants de chu'ur, les hommes sans visage et, galopant avec eux, la Mort ///jportune, qu'on ne salue pas sur cette terre voluptueuse '.
Ft ailleurs, quand \o, romancier nous montre « le vieux savetier (|ui tirait le liurneul d'un fj^este élcrnel- », je sais peu de phrases qui iu)us fassent aussi bien sentir tout ce qu'un grand écrivain peut faire tenir de choses dans le raccourci d'une siin[>le «'pilhèle.
Si ce style n'est pas toujours capable, — M.Jules Lemaiire l'a très liru'inenl nol»', de ligurer aux yeux i\c^ personnes vivanles, il Irailuit avec une rai'e puissance linqwessioii luaîlre^se (pu» l'écrivain n voulu rendre dans tout son livre, l'idée générale <lont il es! la sav;uile illustration : c'est à savoir (pie le seul amour qui existe, cl qui conq)tc, csl l'amour physique, et (ju'en amour les plus rafllnés des civilisés se nlrouvent les élres primilils (|ui, jadis, s'unissaient sauvagement ;iu fond des grands bois. Il n'est pns une des |)ages du roman (jui ne nous crie celle doulounMise vérité, — ou cet in(|ui(''lant paradoxe, — pas une qui ne n'*ipire la plus ardente, la plus sombre V(diq)l«". La comtesse .Marlin