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Contemporains, 6" -série, p

M. AyATOU: FRANCE. 255

De plus, ces parvenus, ces oisifs, qui jouissent larii:eluent de la vie, ne sont pas des i)harisiens; ils ont été alleinls par les prédications de Tolstoï; ils ne sont pas durs aux déshérités de l'existence; ils éjirouvent pour les humbles, pour les simples une sympathie qui paraît naturelle et sincère. Kvidemmont, ils ne sont pas très assurés de l'excellence de l'institution sociale, et s'ils en sont les bénéficiaires, ils n'en veulent pas être les dupes. Leurs velléités d'altruisme leur sont comme une absolution »pjils se donnent à eux-mêmes pour leur égoïsme sentimental.

Pour nous épargner sans (loulc la peine de dégainer la philosophie (pii est comme enveloppée dans toute celte série d'œuvres, M. Anatole France a pris snin d(> la fnrmult'r directement lui-inènnî en deux volumes qui se complèt<Mjt très bien l'un l'autre, les Oifiiiions de M. Jérôme (loi- /jnnnl ci le Jardin (illfticare. Il sul'lit d'exprimer la sul»stance de ces deux ouvr;ifjfes pour connaître exaclemeiit à cette date, entre les années 18SG et 1897, le foml de la pensée du subtil écrivain.

u l, es Opinions dr JénJine (loiutiard, a dit M. Jules I.emailr**, sont assurément le jilus radical bréviaire de scepli«Msme (pii ait paru depuis Montaigne. > .le ne sais si, comparés aux Opinions^ les Essais eux-mêmes ne pourraient point pass(M" pour un livre doiji-inatique. MonlaiLTue. évidemment, n(î (M'ojl pas très fortement à l)eaucoup <Ie clioses; sa critique laisse |)ourlaut del)out plus d'idées essentielles (pi'il ne seudde à première vue. Avec M. l-'i-ance. au cou traire, on a perp«'«tuellement rinq»re>sion «|u'on nutje en plein uiliilisme, et tpiaud (Ui vient «le \o lir«\ on cherche en vain une seuh* idée dont il n'ait point sapé la base. .Même les notions qu'il a l aii*. je n'ose din» de respecter, tout nu moins de nservrp el de iiK'Itre à part, je ne sais connnent, il se trouve à la lin les avoir enveloppées avec les autres, — et plus que les autres peut être, — dans sa raillerie uni-

vcrselle. Personne, par exemple, n'a condamné plus fortement l'esprit révolutionnaire, n'a plus vivement raillé les « grands principes », les « droits de la démocratie ». « ces sottises qui parurent augustes et furent parfois sanglantes ^ » ; personne n'a plus âprement dénoncé l'absurdité, la vanité, l'inutilité des changements politiques et sociaux : un autre eût tiré de semblables prémisses l'apologie de l'esprit (< conservateur », le rappel à la tradition, l'exhortation aux vertus sociales; ce qu'il prêche, lui, ou plus exactement, ce qu'il suggère, c'est proprement l'esprit anarchique. Pareillement, M. Jérôme Coignard ne perd pas une occasion d'affirmer son grand respect pour k les principes chrétiens et catholiques », et, « pour son salut », il se félicite de n'avoir « point appliqué sa raison aux vérités de la foi 2 ». Le bon apôtre 1 Si la religion, — que ses mœurs d'ailleurs n'honorent guère, — n'avait pas d'autre représentant ou d',autre défenseur que l'excellent maître de Jacques Tournebroche, je craindrais fort pour elle. La vérité est qu'elle est emportée comme tout le reste, dans le Ilot de sa verve ironique et de son inquiétante dialectique. Et M. Anatole France se moque quand il nous présente son héros comme « le plus sage des moralistes, une sorte de mélange merveilleux d'Épicure et de saint François d'Assise », ou, ailleurs, quand, à propos d'une de ses théories, il le rapproche de Pascal ^. On ne s'attendait pas à voir paraître le Poverello ou Pascal en cette affaire. Certes, l'auteur des Pensées n'a pas, sur la nature humaine, plus d'illusions que M. Jérôme Coignard, et si l'on y tient, ces deux grands moralistes semblent avoir plus d'une idée commune : ni l'un ni l'autre, par exemple, n'ont une confiance immodérée dans le pouvoir de la raison et dans la science. Mais, dans ses plus virulentes invectives contre r (' homme sans Dieu », on sent percer, chez Pascal, une t(;ndrcsse infinie pour le pécheur qu'il rudoie; ses iromes,

i. Les Opinions de M. Jérôme Coignard, p. 36-37.

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