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M. AXATOLE FRASCE. '2o7
ses colères lui sont dictées par sa charité. Pascal, lui, ne méprise point l'humanité; il va jusqu'à dire que « la gi-andeur de l'homme est si visible, qu'elle se tire même de sa misère ». Au contraire, M. Jérôme Coignard n'est jamais plus éloquent que lorsqu'il exprime son universel et tranquille « mépris philosophique des hommes 5).« Les humains, petits ou grands, dira-t-il, ne sont, \m\v eux-mêmes, que des bétes féroces et dégoûtantes. » (c Je n'ai point d'illusions sur les hommes, dira-t-il encore, et, pour ne les point haïr, je les mé[)rise. Monsieur Rockstrong, je les méprise tendrement. Mais ils ne m'en savent point de gré. Ils veulent être haïs. On les fâche quand on leur montre le plus douXy le plus indnhjcnl, le plus charUable ^ le plus (jracieux, le plus huuiaiii des senlinieuts (pi'ils puissent inspirer: le mépris. Pourtant le mépris mutuel, c'est la paix sur la terre. » Car, qu'on ne croie pas que M. Coignard s'excepte lui-même, — au moins théori(iuement, — de cette opinion peu optimiste. « Les humains seront heureux «piand, ramenés au véritable st'utinient de leur condition, ils se mépriseront les uns les autres, sans qu'aucun s'excepte soigneusement de ce Mn'pris excrllenl ', »
Kt pournu'ttre ces généreuses maximes en pratique, le bon mail re de Jaccjues Tournebroche passe en r«"vue toutes 1rs rh(>ses qui se partagent l'activité, l'audution uu le respect supcM'stilieux des hommes, et il s'elTorcc d'cii nioutrcr la ridicule vanitr-. L;i politicpie? En voici tout le mystère : « Si l'on se mêle de conduire les hommes, il ne faut pas perdn' de vue (juils sont de mauvais singes. I \ OItaire n'avait il pas dit déjà (pn'Ujue chose d'analogue?] .\ ct'tte condition seulement on est un polilicpie humain et bienveillant-. • la philosopine? La science? Pures billevesées dont nous t riunpons notre éternelle ignorance. H L'homme est par essence une sotte bête et les progrès «le s()n esprit ne sont que les vains effets do son in(|uiétudc. C'est pour ('«'Ite raison, mon lils. »|uc je me délie de ce
1. <),.mi(>M,<. p. 71, 42, 20«». 210, 211. •J. /./., i>. 2:\.
qu'ils nomment science et philosophie, et qui n'est, à mon sentiment, qu'un abus de représentations et d'images fallacieuses.... Les plus doctes d'entre nous diffèrent uniquement des ignorants par la faculté qu'ils acquièrent de s'amuser à des erreurs multiples et compliquées.... Ils découvrent des apparences nouvelles et sont par là le jouet de nouvelles illusions. Voilà tout! Si je n'étais pas persuadé, mon fils, des saintes vérités de notre religion, il ne me resterait, par cette persuasion où je suis que toute connaissance humaine n'est qu'un progrès dans la fantasmagorie, qu'à me jeter de ce parapet dans la Seine.... Je hais la science, pour l'avoir trop aimée, à la façon des voluptueux qui reprochent aux femmes de n'avoir pas égalé le rêve qu'ils se faisaient d'elles. J'ai voulu tout connaître et je souffre aujourd'hui de ma coupable foliée. » Et il en va de même pour ce que l'on appelle justice, morale, pudeur : sunt verba et voces.... Il y a, dans les Opinions, tout un chapitre intitulé Monsieur Nicodème, qui est destiné à ridiculiser l'un des sénateurs les plus respectables et les plus justement respectés de la troisième République. On souffre de voir un écrivain comme M. France prêter ici main-forte à certaine presse trop intéressée à railler la vertu, ou même à maint directeur d'entreprises louches et bassement immorales. Eh quoi! maître Jérôme Coignard, fallait-il donc vous prendre au mot quand vous nous déclariez tout à l'heure que vous ne vous êtes « jamais fait une idée exagérée du péché de la chair 2 »?
Ce n'est pas d'ailleurs le seul u préjugé » que le truculent abbé prenne plaisir à battre en brèche. « De bonne foi, Tournebroche, mon fils, qu est-ce que la peine de mort, sinon l'assassinat perpétré avec une auguste exactitude 3? » Et il n'a pas assez de sarcasmes pour les « atrocités » des conseils de guerre, et pour u ces justices de