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Uia.wn. — I.cs MaJtro» de rilrtir*. II. — 18
Iravailler que dans le vide et qu'un grain de sable dans les rouages suffit à les fausser. On frémit en songeant jusqu'où ce grain de sable peut entraîner une cervelle mathématique. Pensez à Pascal. » Et il y a certes là de quoi frémir! Ne comptons pas non plus sur l'histoire pour nous donner la vérité : « L'histoire n'est pas une science, c'est un art. On n'y réussit que par l'imagination. » Et quant à la philosophie proprement dite, que pourrait-elle bien nous révéler sur le fond des choses ? « Songez-y, un métaphysicien n'a, pour constituer le système du monde, que le cri perfectionné des singes et des chiens. » N'attachons donc pas trop d'importance à « cette suite de petits cris éteints et affaiblis qui composent un livre de philosophie ». « Un système comme celui de Kant ou de Hegel ne diffère pas essentiellement de ces réussites par lesquelles les femmes trompent, avec les cartes, l'ennui de vivrez »
Ce ne sont pas là, direz-vous, des perspectives bien gaies. Et, en effet, elles peuvent inspirer à une âme bien née une mélancolie salutaire. Pourtant, on aurait tort de trop s'en attrister. « Quand on dit que la vie est bonne et quand on dit qu'elle est mauvaise, on dit une chose qui n'a point de sens... La vérité est que la vie est délicieuse, horrible, charmante, affreuse, douce, amère, et qu'elle est tout, o M. Anatole France a, d'ailleurs, beau nous vanter « les délices d'un calme désespoir » et nous dire : « Les contradicteurs qui, malgré la beauté esthétique de ces pensées, les trouveraient funestes à l'homme et aux nations, suspendront peut-être l'ana thème quand on leur montrera la doctrine de l'illusion universelle et de l'écoulement des choses naissant à lûge d'or de la philosophie grecque avec Xénophane et se perpétuant à travers l'humanité polie, dans les intelligences les plus hautes, les plus sereines, les plus douces, un Démocrite, un Épicure, un Gassendi - : » il resterait d'abord à démontrer que Gassendi, Épicure, Démocrite et Xénophanc ont été « les intelligences les
1. Le Jardin (TÉincurc, p. 85, 77, 78, 217, 218, 141, 80, 81, 04.
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pins liautes » de rhiimanité pensante, et ensuite qnc leurs doclrinos ont été véritablement bienfaisantes. Le scepticisme qu'on nous prêche est contagieux; et il se trouvera ■ des esprits assez dépravés pourjugercesdeux propositions un peu bien téméraires.
Ils discuteront peut-être aussi les conclusions dernières de celle pliilosophie, telles que les a formulées, en une fort jolie page, le moderne disciple d'Kpicure :
Plus je songe à la vie humaine, plus je crois qu'il faut lui donner pour témoins et pour juges l'Ironie el la Pitié, comme les Égyptiens appelaient sur leurs morts la déesse Isis et la déesse Nephtés. l/lronie et la Pitié sont deux bonnes conseillères : lune, en souriant, nous rend la vie aimable : l'autre, qui pleure, nous la rend sacrée. l/Ironie que j'invoque n'est point cruelle. Elle ne raille ni l'aimnir, ni la beauté. File est douce et bienveillante. Son rire calme la colère, et c'est elle qui nous enseigne à nous moquer des méchants et des sots, que nous pouvions, sans elle, avoir la faiblesse de haïr.
Il ne faut pas haïr, fût-ce les méchants el les sols; mais plutôt qur de les railler, mieux vaut mcore les plaindre. Kt la Pitié elle-même, nous ne la vénérons (jue srelle ne se contente pas de ï)leurer sur les misères humaines, (jue si sa compassion est active; en un mol, nous n'aimons 1m Pitié que si, dé son vrai nom, elle s'appelle la Charib
Tu arlist»' |)lus délicat que vigoureux, plus souple qu'inventif, plus habile à ciseler finnurnl b»s détails qu'à brosser puissamment les ensembles; un curieux et un voluptueux |»lus efH'liu à suivn* sa fantaisie <|u'A s'incliner «levant un«^ lèLrIe morale ou sociab»; un esprit ingénieux, pénélranl, parfois profoml, subtil surtout, et successif, plus ami dos bMiles démarches de l'analyse que des larges vues synlhéticpu's; un sceptique fertile en négations ironiques, en paradoxes inq)révus, en conlradiclions à «iemi volontaires; uu écrivain souvent exquis et auquel il ne manque, pour égaler parfois les plus grands, <|u'un je ne sais quoi de nu)ius concerté, de plus spontané, de plus jaillis»ianl .voilà, un peu grossièrement dessinée sans doute, l'iin.ige qu'où
se pouvait généralement faire de M. France vers 1896, au moment où il entrait à l'Académie française. Poète, romancier, novelliste, chroniqueur et critique, il séduisait et inquiétait tour à tour par la variété de ses dons, par le charme un peu pervers de sa pensée et de son style. Dans un fort curieux article qu'il lui consacrait en 1893, M. Maurice Barrés appréciait en ces termes l'auteur de Thaïs :
il n'est pas dans l'Ile-de-France, au coucher du soleil, un jardin planté à la française et ennobli de quelques marbres délités, qui nous offre un plaisir plus doux, une noblesse plus gentille que l'œuvre d'Anatole France. Avoir vingt-deux ans et pour la première fois de sa vie, vers six heures au mois de mai, se promener sur la terrasse de Versailles, c'est ressentir la volupté qu"on trouve chez ce maître et dont l'intensité atteint à la tristesse. Dangereuse mollesse de cette œuvre pleine de plus de rêves que ne peut en contenir un jeune homme qui se promet dêtre sociable et utile. Certaine beauté est un dissolvant; elle brise les nerfs, dégoûte, attriste. Dans l'atmosphère d'Anatole France, nous nous promenions touchés d'amour pour les femmes futiles et passionnées, pour les sophistes, pour tous ceux qui rafiinent sur l'ordinaire de la vie, et par là, France peut être suspect aux magistrats chargés de veiller à la bonne santé de ce peuple....
Je le dirai, — ajoutait-il encore, — le plus sage et le moins sage de nos contemporains, très profond et très frivole : c'est un corrupteur aussi bien qu'an éducateur....
Tout cela était fort bien vu, et, comme disait Sainte- ' Bcuve, « deviné de poète à poète )>. Et je ne m'étonne point que quelques années plus tard, M. Maurice Barres se soit fait gloire d'avoir écrit cette page.
En 1897, une affaire, qui touchait l'armée dans ses bureaux et ses conseils de guerre, émut le pays. Pour l'ardeur des passions qu'elle souleva, elle ne peut être comparée qu'à celle de la bulle Unigenitus, survenue cent soixante-quatorze ans
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auparaviiiit et qui fut aussi, j"ai plaisir à le dire, une querelle des P'ninrais sur le juste et l'injuste. L'alTaire de 1897, sortie d'un jugement secret, avait cela de dangereux, que le mystère dont elle était environnée favorisait le monsongo. A son origine, on trouve les antisémites, qui travaillaient dei»uis quelque temps la France paisible. Et, qu'il se soit rencontré, par des temps calmes, cliez un peuple aimable et tolérant, des hommes pour réveiller les vieilles haines de races et fomenter des guerres de religion, ce serait un sujet d'étonnement, si l'on ne savait d'où venaient ces hommes et si Ion ne reconnaissait en eux des missionnaires de l'Eglise romaine. Aux antisémites se joignit bientôt un jiarli nombreux, le parti noir, qui, dans les salons, dans les faubourgs, dans les campagnes, semait des bruits sinistres, soufllait des nouvelles alarmantes, parlait de complot et de trahison, inquiétait le peuple dans son patriotisme, le troublait dans sa sécurité, rimbiltait longuement de colère et de peur. 11 ne se montrait pas encore au grand jour et formait dans l'ombre une masse immense et confuse, où l'on devinait comme une ressemblance avec les frocs cuirassés de la Ligue. Mais, quand il eut rallié toutes les forces de la contrerévolution, attiré les mécontents de la Hépubli(|ue, soulevé enfin devant lui tout ce (ju'un coup de vent de l'opinion peut emporter de poussière humaine, il dressa son frtuit immense et bigarré, et prit le nom brillant de nationalisme....
Ce n'es! ni llenii Brisson, ni .Vrlhnr Hanc, ni M. tombes «pii \\;\v\r ainsi; c'est .M. Analolo Fraïu'e lui-nn^ino, <lnns une Préface K\yn lui fera, je le crains, peu d'honn» ni- aux yeux (le la posh'Tilé, et qu'il a <V*rile en 190è pour nn n'cneil de discours... de M. Cond)es en personiu''. Oui, le délicat auteur dn Crime de Sylvestre lionnnrd a «'prouvtne l)esoin de prononcci puldicpionient rapoloj.;i<Mlr l'un desdeuxhoninies» — l'aulre (»st Waldeck-Bousseau, — qui, depuis vinijl ans, ont l'ait assurément le plus de mal à leur pays. Il a loué «< In probité de son esprit >'. > la rriinfi»'* i|c ».iin r irniii-.. ..^
!. liinib» r.Dinlios, l ne Campagne laiifue, llH»J-hK»;i. pri^fare par Anntolo Krnnrc. Pnris. Siinonis Kinpis. IU04, in-8, p. v-vi. — Cniiiiiu* il ne faut rit'n perdre, unr bonne partie do oello Préface a é\é n-produiU' par M Framt» ilann miu livro VlliUsr cl la /»'<'pu6/it^uc, t'ditiuU^ d'un ÈJuuard l'cllcluu. Fans, 1904, p. J2 vt buivaoles.
u son goût pour la simplicité, l'ordre et la clarté ». « Dans sa petite maison blanche de Pons où se voit encore la sonnette du docteur (car il pratiqua longtemps la médecine), — écrit-il, — M. Combes passe ses vacances en promenades et en lectures. Il sait les langues anciennes et il aime, m'a-t-on dit, les orateurs et les historiens grecs. 11 a raison. Les Grecs ont ce mérite, entre autres, de garder la juste mesure et de n'être jamais excessifs. M. Combes les suit en cela.... »En d'autres termes, M. Combes est un attique, et il est mûr sans doute pour l'Académie.... Ariel, gentil et &ubtil Ariel, qu'avez-vous donc fait aux Muses pour qu elles vous aient abandonné, et qu'elles vous aient laissé, si loin d'elles, monter sîir les tréteaux de Caliban?
Donc, ce gracieux joueur de flûte s'est réveillé un beau jour radical-socialiste, et, chose plus grave, il Test resté. Hier encore, en termes dignes d'Eugène Sue, n'appelait-il pas aux armes u contre le parti noir » les Jeunesses laïques, et prenant les tristes fantômes de ses sombres rêveries pour d'abominables réalités, ne leur dénonçait-il pas une fois de plus l'éternel péril clérical? « Déjà, s'écriait-il, angoissé, déjà l'on parle d'un général pour en faire un diplomate et l'envoyer négocier au Vatican ^ » Et je ne puis rappeler en quels termes peu académiques il llétrissait dans lUuinanilé les auteurs responsables de la loi de trois ans^. Depuis une quinzaine d'années, il n'est pas une des manifestations publiques de son nouveau parti auquel il n'ait pris part. Il ne s'est pas contenté de signer d'innombrables et souvent fâcheuses affiches : il a présidé des banquets et des meetings, des réunions électorales; il a inauguré des universités populaires, des « soirées ouvrières », des « restaurants coopératifs », des « imprimeries communistes »; il a porté des toasts, prononcé des allocutions ou de grands discours; ou bien, quand il ne pouvait rehausser de sa présence réelle fêtes ou assemblées, il envoyait des encycliques qui étaient lues avec recueil-