Opinions de M. Jérôme Coifjnard, p. loO-loI
M. ANATOLE FRANCE. 26i
science et de liberté intellectuelle, il ne reste plus aucun moyen de savoir pourquoi on est sur ce monde et ce qu'on y est venu faire.,.. 11 faut vraiment ne penser à rien pour ne pas ressentir cruellement la tragitjue absurdité de vivre. C'est là, c'est dans l'absolue ignorance de notre raison d'être quest la racine de notre tristesse et de nos dégoûts.... Dans un monde oïl toute illumination de la foi est éteinte, le mal et la douleur perdent jusqu'à leur sigiiifiration r[ n'np[)araissent plus que comme des plaisanteries 0(li<Mi«^(*-; et des farces sinistres *. »
Un croyant ne dirait pas mieux. Seulement, ce scepticisme mélancolique et parfois douloureu.x qui forme comme l'inspiration maîtresse de tout l'ouvrage n'a pas plus de respect pour les argumenls tlu dogiualisiue religieux que pour ceux du dogmatisme philosopliicpie. L'immortalité personnelle paraît un leurre à .M. Trance, et il a sur rimpossibilité du miracle, cette « conception enfantine » de la natiu'e, une dizaine iU". pages auxcpielles Henau eût pleinement souscrit-. Mais d'aulie pari, son rationalisme n'ira pas jusqu'à lui faire placer dans la raison une confiance exagérée. « Il est clair, dira-t-il, (pie nous ne pouvons rien savoir, (jue tout nous tronq»e et (pn^ la nature se joue cruellement de notre ignorance et de iu)tre imbécillité. » « Aussi bien, dira-t-il ailleurs, est-ce faire un abus vraiment initine de riiilelligeince qu(» de l'euqjloyer à chercher la vérité. )> « Ce (pi'oii appelle mélaphysi(pie, él!ii(|ue, esthétique », ce sont tout siiiiplrmenl îles « j«'U\ plus roinpliqués que la marelle <»u les échecs ». « L'esthétique ne repose sur rien de solide. C'est un ehAleau en l'air. On l'appuie sur l'éthicpir. M;(is il n'y a pas d'élhiqiH». Il n'y a pas de sociologi(\ Il n'y n pas non plus de biologie. L'a<'liè\<Mnent des sciences n'a jamais existé «puMlans la léte de .M. .\ugus!e Comte, dont Teeuvre est uiu' prophétie. )» ««Tu n'en croiras pas même l'esprit matliéumlitpie, si parfait, si sublime, nuiis d'une telle délicatesse que celle machin»» ne peut