LES ANNÉES PE MAITRISE
A peine ses thèses déposées à la Sorbonne, Taine, « avec, cette fertilité d'esprit et cette extrême facilité qui étaient jointes chez lui à une extraordinaire opiniâtreté dans le travail*», s'était mis à composer pour un concours de l'Académie française un Essai sur Tite^Live. Il faisait connaître une face nouvelle de sa précoce érudition ; il se montrait aussi versé dans l'histoire romaine, aussi familier avec Polybe, . Denys d'Halicanasse, Niebuhr, Beaufort, Montesquieu et Machiavel, que dans son La
1. Expression de Paradol dans un article de la Revue de Hnstmction publique (12 juin 1856) sur V Essai sur TUe Live.
Fontaine il s'était montré versé dans l'histoire du XVII'' siècle et familier avec Saint-Simon et La Bruyère. Le 31 décembre 1853, son Tite-Live était déposé ^ l'Institut. M. Guizot fut chargé du rapport et recommanda chaleureusement son jeune ami aux suffrages de l'Académie. Mais ses conclusions rencontrèrent une vive résistance. On trouvait à reprendre dans VEssai sur Tite-Live un ton trop peu respectueux à l'égard des grands hommes, trop de goût pour l'école historique moderne, pour Michelet en particulier et pour Niebuhr; et surtout on ne pouvait admettre cette phrase sur Bossuet : « Il résumait l'histoire avec un grand sens et dans un grand style, mais pour un enfant et la parcourait à pas précipités » *. Ce pour un enfant fut le tarte à la crème de l'Académie. Après de vives discussions, le concours fut prorogé à l'année 1855. Taine corrigea les passages incriminés, supprima « pour un enfant » et fut couronné. Le rapport très élogieux de M. Villemain, tout en regrettant que le candidat n'eût pas été assez sensible aux mérites littéraires de Tite-Live^ le félicitait de « ce noble et savant début » et souhaitait