‹ Les maîtres de l'histoire: Renan, Taine, MicheletChapitre 31 sur 44 · Histoire de la Révolution, 2« édition, page · texte numérisé non relu

Histoire de la Révolution, 2« édition, page

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toute sa politique ; il était républicain, non en vertu d'une théorie rationnelle et abstraite, mais parce que l'aristocratie était à ses yeux un principe d'exclusion, d'orgueil et de dureté, la monarchie un principe d'arbitraire *, tandis que la démocratie seule lui paraissait pouvoir

1. On a dit que Michelet avait commencé, comme Victor Hugo, par être royaliste fervent. Cela est inexact. On en trouvera la preuve dans notre premier appendice sur le Journal intime de Michelet. U appartenait à l'école libérale de la Restauration, tout en se défiant plus qu'elle du bonapartisme. Il admirait Tempereur, mais se souvenait qu'il avait ruiné son père et la France. l\ évita longtemps de rien écrire sur Napoléon, se sentant trop partial contre lui. Quand, à la fin de sa vie, il entreprit Thistoire de Bonaparte, on a vu la force de ses ressentiments. Ce qui a fait croire au royalisme de Michelet, c'est qu'il donna des leçons à la fille du duc de Berry, plus tard duchesse de Parme, alors âgée de huit ans, et ressentit pour elle une tendresse dont il aima toujours à se souvenir. « Elle a ému mes entrailles de père », disait-il. — Il avait d'ailleurs un sens historique trop profond pour s'associer aux étroitesses intellectuelles des hommes de parti. Les dernières paroles qu'il a prononcées avant de mourir en sont un curieux témoignage. Sortant d'une demi-torpeur, il dit tout à coup : « On eût dû faire manger à Henri V des cœurs de lion. — Pourquoi? lui demanda-t-on. — Parce qu'il aurait eu le tempérament plus militaire. » Sans vouloir attacher un sens trop précis à ces paroles, ne semble-t-il pas que Michelet ait eu à ce moment le sentiment que la faiblesse de la France contemporaine vient de la rupture de toutes ses traditions historiques ? N'a-t-il pas éprouvé un vague regret, regret d'historien et d'ami de la vieille France, en pensant qu'Henri V eût pu peut-être renouer ces traditions, s'il avait été capable de comprendre les aspirations légitimes et les besoins du monde moderne?

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donner la liberté sans laquelle l'individu et ses forœs intellectuelles ne peuvent se développer, el pouvoir seule pratiquer la fraternité qui, d'un même cœur, embrasse tous les hommes et les fait entrer dans la « cité du droit » . Ceux qu'il aimait surtout, c'étaient les plus malheureux, les plus simples, les plus déshérités. Et ce n'était pas en paroles seulement qu'il les aimait. Ce qu'il prêchait dans ses livres, il le mettait en pratique dans sa vie. De même que ses admirations littéraires s'adressaient, non aux écrivains les plus brillants, mais aux natures les plus aimantes, à Ballanche ou à madame Desbordes-Valmore*, son amitié tenait moins de compte des dons de l'esprit que de ceux du cœur. Le génie à ses yeux était peu de chose, ou pour mieux dire, n'existait pas sans la bonté, et la bonté à elle seule tenait lieu de tout. Lui-même était d'une exquise

1. Sa plus vive admiration était Virgile. « Je suis né, disait-il, de Virgile et de Vico. » U méditait un commentaire sur Virgile. 11 fit en 1841 un voyage en Lombardie pour voir les lieux où Virgile a vécu et qu'il a chantés. Nous trouvons dans le Peuple un témoignage éloquent de cette prédilection pour Virgile, prédilection du cœur plus encore que de l'esprit : « Tendre et profond Virgile ! moi qui ai été nourri par lui et comme sur ses genoux, je suis heureux que cette gloire unique lui revienne, la gloire de la pitié et de rexcelleoce du cœur... (Michelet vient de parler des beaux vers de Virgile sur

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bonté. Dam une âme passionnée comme la sienne, sa constante bienveillance, son inaltérable douceur était une haute vertu. Je ne Tai jamais entendu parler de personne avec amertume, et je ne crois pas qu'il ait jamais volontairement fait de la peine à quelqu'un.

Ce qu'il fut pour les pauvres, pour les souffrants, nul ne le saura jamais. Je l'ai vu dépenser son temps en démarches, en correspondances, en efforts de tout genre, pour un pauvre gardien de phare injustement destitué, qu'il avait rencontré par hasard dans un voyage, et cela avec une simplicité extrême, sans aucune attitude de protection ; on eût dit un ami prêtant secours à un ami. La dignité et la bonté s'unissaient en lui dans un si parfait accord, qu'il savait autoriser la familiarité tout en imposant le respect.

Mais l'humanité ne suffisait pas à l'insatiable

le bœuf de labour, et des vers à Gallus : nec te pœniteat pecorit). Ce paysan de Mantoue, avee «a timidité de vierge et ees longs cheveux rustiques, c'est pourtant, sans qu'il l'ait su, le vrai pontife et l'augure, entre deux mondes, entre deux âges, à moitié chemin de Flùstoire. Indien par sa tendresse pour la nature, chrétien par son amour de r homme, il reconstitue, cet homme simple, dans son cœur immense, la belle cité universelle dont rien n'est exclu qui ait vie, tandis que chacun n'y veut faire entrer que les siens ». P. 232. Voyez aussi dans le Banquetj l'admirable chapitre sur Virgile.

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besoin d'aimer qui remplissait son cœur. La cité de Dieu lui paraissait trop étroite s'il se contentait d'y faire entrer tous les hommes : il voulaity admettre tous les êtres vivants. « Pourquoi les frères supérieurs repousseraient-ils hors des lois ceux que le Père universel harmonise dans la loi du monde? » De ce tendre amour pour la nature sont nés V Oiseau^ Vinsecte^ la Mei\ la Montagne, Déjà, dans ses Origines du Droit, il reprochait aux hommes de manquer de reconnaissance envers les plantes et les animaux, « nos premiers précepteurs », « ces irréprochables enfants de Dieu » qui ont fait l'éducation de l'humanité. Dans le Peuple, il avait élevé une réclamation touchante en faveur des animaux, « ces enfants » dont l'âme est dédaignée, « dont une fée mauvaise empêcha le développement, qui n'ont pu débrouiller le premier songe du berceau, peut-être des âmes punies, humiliées, sur qui pèse une fatalité passagère * ». Il avait béni la science qui fait chaque jour découvrir une parenté plus étroite entre les animaux et Thomme. Plus tard, quand la nature le consola des tristesses que lui causaient les hommes, son amour pour

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