‹ Les maîtres de l'histoire: Renan, Taine, MicheletChapitre 34 sur 44 · Bible de thumanité, page · texte numérisé non relu

Bible de thumanité, page

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mes forces intellectuelles ont donné tout ce qu'elles pouvaient produire. Mais je ne puis admettre que la puissance d'sdmer qui est en moi soit anéantie. » Il trouvait encore une autre preuve de l'immortalité dans la nécessité d'une autre vie où seront réparées les injustices de la vie terrestre*. Il a exprimé dans une page admirable de VOiseau cet invincible élan de son cœur vers l'immortalité.

• Le plus joyeux des êtres, c'est l'oiseau, parce qu'il se sent fort au delà de son action ; parce que, bercé, soulevé de l'haleine du ciel, il nage, il monte sans effort, comme en rêve. La force illimitée, la faculté sublime, obscure chez les êtres inférieurs, chez l'oiseau claire et vive, de prendre à volonté sa force au foyer maternel, d'aspirer la vie à torrent, c'est un enivrement divin.

» La tendance toute naturelle, non orgueilleuse, non impie, de chaque être, est de vouloir ressembler à la grande Mère, de se faire à son image, de participer aux ailes infatigables dont l'Amour éternel couve le monde.

1. «L'empereur Nicolas, disait-il, suffirait pour rae faire croire à la vie future.»

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« La tradition humaine est fixée là-dessus.

L'homme ne veut pas être homme, mais ange, un Dieu ailé. Les génies ailés de la Perse sont les chérubins de la Judée. La Grèce donne des ailes à sa Psyché, à l'âme, et elle trouve le vrai nom de l'âme, l'aspiration (aaejxa). L'âme a gardé ses ailes; elle passe à tire-d'aile dans le ténébreux moyen âge, et va croissant d'aspiration. Plus net et plus ardent se formule ce vœu, échappé du plus profond de sa nature et de ses ardeurs prophétiques :

» — Ohl si j'étais oiseau ! » dit l'homme. La femme n'a nul doute que l'enfant ne devienne

un ange.

3D Elle l'a vu ainsi dans ses songes.

» Songes ou réalités?... Rêves ailés, ravissements des nuits, que nous pleurons tant au matin, si vous étiez pourtant! Si vraiment vous viviez I Si nous n'avions rien perdu de ce qui fait notre deuil 1 Si d'étoiles en étoiles, réunis, élancés dans un vol éternel, nous suivions tous ensemble un doux pèlerinage à travers la bonté immense 1...

» On le croit par moments. Quelque chose nous dit que ces rêves ne sont pas des rêves, mais des échappées du vrai monde, des lumières entrevue; derrière le brouillard d'ici-

2éS MICHELE! .

bas, des promesses certaines, et que le prétendu réel serait plutôt le mauvais songe. )»

La religion de Michelet, on le voit, est toute de sentiment et s'adresse plus au cœur qu'à la raison. Ciomment s'expliquer alors ses jii^ements si sévères sur le christianisme dans ses derniers ouvrages, l'espèce d'aversion qu'il finit par manifester contre la religion qui enseigne que < Dieu est amour i>, et contre celui « qui a tant aimé les hommes qu*il est mort pour eux? » Dans ses premiers livres pourtant il avait parlé du christianisme avec une sympathie émue et respectueuse, presque avec le regret de ne pas croire. Id, comme toujours, c'est à son cœur qu'il faut demander l'explication des fluctuations de son esparit. Tout d'abord, il faut se rendre compte du point de vue spédal auquel il a considéré le christianisme. Élevé dans le catholicisme, vivant en pays catholique, Michelet n'a songé au christianisme que sous la forme du catholicisme. Il voyait toujours l'Évangile à travers Vlmitation de Jésus^Ckrist et quand il a écrit dans la Bibk de VHumamti des pages sur le Christ où il rapetisse si visiblement son caraetère et son œuvre, ce n'est pxs le Christ de

l'Évangile qu'il a devant les yeux, mais je ne sais quel Christ monastique, entrevu dans une miniature de missel ou sur un vitrail d'église. Quand il commença son Histoire de France, les tendances déricales de la Restauration semblaient à jamais vaincues et inoffensives; on ne pensait pas que l'admiration pour le moyen âge pût servir de prétexte à un retour vers les institutions ou les idées du passé. Michelet, sans partager les croyances catholiques *, admira le r61e bienfaisant de l'Église, la grandeirr de son développement historique pendant les premiers siècles du moyen âge, et se laissa aller sans arrière-pensée à la juste sympathie que lui inspirait « cette mère du monde moderne». La vie de TÉglise se confondait pour lui avec la vie même de la patrie, et la renier c'eût été en quelque sorte renier la France. Non seulement il écrivait sur l'architecture gothique, sur la sainteté du célibat ecclésiastique, sur la piété

1. n eut pourtant vers dix-huit ans une période de mysticisme et de foi; n'ayant pas reçu le baptême dans son enfance, il se fit volontairement baptiser en 1816. Mais, dans ses premiers écrits, on voit que, s'il conserve du respect pour rÉglise, il n'a plus la foi. Sa loi même n'a jamais été précise. Elle était plus mystique et sentimentale que dogmatique. Les dogmes n'ont jamais été pour lui que des symboles. (Voyez Tappendice).

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du roi Robert et de saint Louis, des pages d'une beauté incomparable, mais il éprouvait pour l'Église des sentiments d'une affection toute filiale : il n'osait toucher « aux plaies d'une Église où il était né et qui lui était encore chère... Toucher au christianisme ! ceux-là seuls n'hésiteraient point qui ne le connaissent pas. Pour moi, je me rappelle les nuits où je veillais une mère malade ; elle souffrait d'être immobile, elle demandait qu'on l'aidât à changer de place et voulait se retourner. Les mains filiales hésitaient; comment remuer ses membres endoloris*? » Il se laissait même aller en contemplant les grandeurs du passé à de poétiques regrets. Après avoir cité les paroles de saint Louis à son fils, il ajoute:. « Cette pureté, cette douceur d'âme, cette élévation merveilleuse où le moyen âge porta ses héros, qui nous la rendra? » Mais à mesure qu'il avançait dans l'histoire, il voyait TÉglise se dégrader, se corrompre, et, après avoir été la gardienne et l'apôtre de la civilisation, se faire Tennemie de tout progrès et de toute liberté. Son cœur embrassa la cause des persécutés, des victimes de l'Église, avec autant de sympa-

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