‹ Les maîtres de l'histoire: Renan, Taine, MicheletChapitre 37 sur 44 · Bible de Vhumanité^ préface · texte numérisé non relu

Bible de Vhumanité^ préface

pas notre esprit, comme d'autres grands poètes, comme Victor Hugo par exemple, par des couleurs et par des sons, mais par le mouvement, les sentiments et la vie dont il anime tout ce dont il parle. La forme n'est pour lui que l'expression de l'âme. L'imagination ae Victor Hugo s'éprend des apparences extérieures des choses et trouve pour les peindre des ressources infinies de mots et d'images ; elle est pittoresque, coloriste, matérialiste pour ainsi dire. L'imagination de Michelet cherche l'essence intime des choses, leur sens caché : elle est mystique et presque métaphysique parfois.

Hugo matérialise l'âme, Michelet spiritualise la matière. Où pourrait tirer de leurs œuvres des séries parallèles de comparaisons, où Michelet prête des sentiments et des pensées aux objets matériels, auxquels Victor Hugo compare des choses toutes spirituelles. Tout le monde connaît les beaux vers où Victor Hugo compare son âme à une cloche que des mains profanes ont marquée en tous sens d*inscriptions banales ou grossières, mais sur laquelle le nom de Dieu demeure ineffaçable. Voyez au contraire dans Michelet la page sur la cloche de l'église, mêlée à tous les événements domestiques, y prenant part, émue, vibrant de joie, de deuil.

2S0 MICHXI.ET.

c Elle est de la famille ^ » On pourrait citer un grand nombre d'exemples semblables. Pour Hugo, les sentiments ont des formes, des sons, des couleurs ; il parle de Tâme comme si Ton pouvait la toucher et la voir. Pour Michdel, la forme, les couleurs, les sons ne sont que les expressions de certains sentimoits, de certaines pensées, les manifestations d'une âme cachée. Il voit les objets inanimés, il «n parle comme s'ils étaient des êtres vivants. S'il raconte un naufrage, il nous montre le navire « assommé, éreinté», gisant sur la grève c comme un corps mort ». Le flux et le reflux de la marée, c'est « le pouls de TOcéan », dont les eaux répandent la vie sur le globe comme le sang dans le corps humain. Les phares sont des gardiens dévoués, des veilleurs infatigables, des portière des mers ; parfois des martyrs, quand, battus de la tempête, ils souffrent de ses coups redoublés. Les lents soulèvements des montagnes sont l'aspiration de la terre vers le soleil, «c eet amant adoré s> ; mais les montagnes aujourd'hui se dégradent lentement, par le déboisemeat des forêts: « Les arbres souffrent de cette dégradation. Le pied dans les tourbières, le

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