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justice et de la grâce S opposition que son cœur ne pouvait admettre ; car la justice sans amour n^est plus qu'une légalité sauvage et impitoyable, et l'amour sans justice un caprice immoral. Il s'émut, s'indigna en voyant la dureté de l'Église pour la femme qu'elle regarde comme un être impur, cause de tentation et de chute; sa dureté pour Tenfant, qu'elle damne, s'il meurt sans baptême; sa dureté pour Tanimal à qui elle r^use une âme et en qui elle incame les démons; sa dureté pour la nature entière, qui représente le mal et le péché. 11 regarde le célibat des prêtres co«mne un attentat contre la vie, la doctrine du péché originel comme un blasphème contre Tenfance, la distinction des élus et des damnés, du ciel et de l'entor, comme une injure à la bonté de Dieu. L'amo^ir divin enseigné par l'Évangile ne lui apparaissait que défiguré par les mièvreries de la dévotion et par l'orgueil de la théocratie; il ne le trou-
1. Chose carieaae; à TÉcole normale, eo 1830, il moatsait dans rayènement du christianisme le premier triomphe d^une religion de liberté sur les religions fatalistes de rOrient. i^a (îrâce représentait à ses yeux k libre arbitre en opposition à la loi qui était la fatalité. Combien les généralisations de ce genre, faites d'imagination et de passion, sont arbitraires et superûcielies.
vait ni assez lai^e ni assez ardent pour satisfaire son cœur. Comment la Bible juive et chrétienne, issue d'un seul peuple, pourraitelle répondre aux besoins de l'humanité ? Il lui fallait une BiJ>le plus vaste, où tocrtes les nations auraient mis le meilleur de leur âme et de leur histoire. C'est de cette Bible de rhumanité que Miekelet ébaucha le plan grandiose.
« Jérusalem ne peut rester, comme aux ainciennes cartes, juste an point du milieu, immense entre l'Europe imperceptible et la petite Asie, effaçant tout le genre humain... Revenant des ombrages immenses de l'Inde et du Râmayana, revenant de l'Arbre de vie, où TAvesta, le Shah Nameh, me donnaient quatre fleuves, les eaux du paradis, — ici j'avoue, j'ai soif. J'apprécie le désert, j'apprécie Nazareth, les petits lacs de Galilée. Mais franchement, j'ai soif... Je les boirais d'un seul coup. — Laissez plutôt, laissez que l'humanité libre aille partout ! Qu'elle boive où burent ses premiers pères! Avec ses énormes travaux, sa tâche étendue en tous sens, ses besoins de Titan, il lui faut beaucoup d'air, beaucoup d'eau et beaucoup de ciel, — non, le ciel tout
entier, — l'espace et la lumière, l'infini d'horizon, — la terre pour terre promise, et le monde pour Jérusalem *. »
Si Ton demandait maintenant qu'elle a été la qualité dominante, la faculté maîtresse de Michel et, je dirais donc que c'était la puissance et le besoin d'aimer. Si sa pensée a quelque chose de saccadé, de fiévreux, c'est qu'on y sent les battements d'un cœur toujours ému. Son imagination même est gouvernée par son cœur et n'est qu'une des formes de sa puissance de sympathie. S'il anime toute la nature, s'il ressuscite les personnages qui ne sont plus, c'est que son cœur ne reste jamais étranger à ce qui occupe son esprit. Il prend parti dans les luttes des éléments comme dans celle des hommes; il aime ou il hait; il raconte les événements passés depuis des siècles comme le ferait un contemporain passionné, et il décrit l'existence des animaux ou des plantes cgmme s'il avait vécu de leur vie, joui de leur bienêtre et souffert de leurs souffrances. Il s'adresse à la sensibilité plus qu'aux sens; son style est encore plus ému qu'imagé. Il ne frappe