‹ Les maîtres de la pensée moderne [microform]Chapitre 40 sur 47 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

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Condillac, ce qui était encore ramener le dedans au dehors, il trouve dans la conscience de l'activité du moi la condition péremptoire sans laquelle la sensation ne deviendrait jamais connaissance, et les sons ne deviendraient jamais des signes. La doctrine de Biran est doue une sorte d'empirisme interne, ou plutôt, s'il est permis de parler ainsi, une sorte de rétlexivisme qui dépasse le point de vue de Condillac, en revenant à celui de Locke et de Leibniz approfondi et développé.

Mais si le moi, avec les notions essentielles^^qui s'y rattachent immédiatement, constitue le mode fondamental de notre existence actuelle, il ne le compose pas seul; car pour se manifester à luimême, il doit s'unir incessamment à des impressions diverses qui lui viennent du dehors. C'est l'union du moi et de ces impressions qui donne naissance à tous les faits de conscience, et dont les combinaisons diverses composent notre existence affective et intellectuelle. Dans la première partie de son ouvrage, Biran étudie le moi, abstraction faite des impressions qui viennent se combiner avec lui, cest-à-dire l'élément actif sans l'élément passif. Dans la seconde partie, il étudie d'abord les impressions ou affections séparées du moi, autant du moins qu'une telle étude est possible. Puis il cherche à déterminer ce qu'il appelle « les combinaisons diverses du moi et des affections », soit dans l'ordre des connaissances, soit dans l'ordre des affections et de la volonté. En conséquence il distingue dans l'âme humaine

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quatre moments, ou, comme il dit, quatre systèmes à chacun desquels correspond un degré particulier de la personnalité ; ce qui les distingue, c'est en quelque, sorte le plus ou moins de présence du moi dans chacun d'eux.

1<* A.U plus bas degré, il n'y a que des impressions passives et des mouvements instinctifs, des modes de plaisir et de douleur sans moi : c'est ce que l'auteur appelle des affections, et ce premier système est le système affectif. Les alfections, dans ce système, correspondent à peu près à ce que Leibniz appelait les perceptions obscures.

2** Le moi commence à s'unir aux affections, mais sans s'idenlitier avec elles; il les rapporte à des sièges organiques particuliers, et il n'en est que spectateur. C'est ainsi, par exemple, que nous avons conscience d'un mal de tète, sans v concourir cependant par notre action ; il est , pour le moi, connne quelque chose d'étranger, qui le touche cependant : c'est la sensation. Au système affectif succède le système sensitif.

3° Le moi commence à prendre une part directe aux phénomènes de la sensibilité. Au lieu de subir simplement la sensation, il la provoque, il la prolonge, il la fixe, il la précise, il en fait une connaissance. Il passe enfin de la sensation à la perception. Troisième système : système perceptif. Dans ce troisième état, l'action du moi est encore subordonnée à l'action des objets extérieurs, et le sentiment qu'il a de lui-même est développé et comme confondu dans la perception.

UN PHILOSOPHE SPIRITUALISTE

4*^ Enfin la volonté, par son effort propre, peut déterminer des modes dans lesquels l'impression n'est jamais que consécutive à l'effort voulu. Le inoi, dès lors, ne peut plus ignorer sa propre causalité et sa part dans le fait de la connaissance. Il s'aperçoit lui-môme, et, pour la première fois, lo sujet s'oppose nettement à ïobjet. C'est le syslî'iiic réflexif.

Telle est la doctrine psychologique de Maine de Biran, et, quoiqu'elle puisse donner lieu à bien (les observations critiques, on ne peut nier qu'elle ne soit un vigoureux efibrt pour expliquer dans l'homme l'union de deux éléments bien distincts, le passif et l'actif, le spontané et le réfléchi. On a souvent dit que Maine de Biran n'avait jamais étudié que la volonté ; mais on pourrait dire, au contraire, qu'il s'est au moins occupé autant des phénomènes obscurs, des sensations indistinctes, et, en général, des modes instinctifs de l'âme que de l'effort et de la volonté. Nul n'a été plus préoccupé de ce que la philosophie allemande appelle « l'inconscient », dont on parle tant aujourd'hui. Biran d'ailleurs, ne faisait en cela comme sur beaucoup d'autres points que de suivre ou de retrouver la tradition de Leibniz, si négligée par ses

devanciers .

Reprenons ces quatre systèmes pour donner quelque idée plus particulière de chacun d'eux : 1° Système affectif. — « L'affection, dit Maine de Biran h c'est la sensation sans moi, par conséquent, sans » idée, sans forme d'espace et de temps. » C'est, en

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