T. III, Anthropologie, p
■2. Ibid, p. 356.
Au lieu des quatre grands systèmes auxquels il avait ramené l'économie de rintelligence humaine dans les Fondements de la psychologie, il distinguo ici dans l'homme trois vies différentes : la vie animale ou vie organique (réunissant ainsi en une seule les deux vies distinguées par Bichat); en second lieu, la vie propre à l'homme ou vie humaine^ c'est-à-dire la vie du sujet pensant et sentant; en troisième lieu « la plus importante de toutes et qu'on a eu le tort jusqu'ici d'abandonner aux spéculations du mysticisme; » c'est la vie spirituelle ou vie de l'esprit . De ces trois vies, les deux premières ont été suffisamment étudiées et décrites par Biran dans ses autres ouvrages; et ses vues sur ce point n'ont subi aucune modification remarquable. C'est donc principalement la troisième vie, celle de l'esprit, qui doit attirer ici principalement notre attention.
Maine de Biran ne craint pas, dès l'abord, de caractériser ce troisième mode de vie par cette expression suspecte empruntée aux mystiques, « l'absorption en Dieu ». De même que l'homme peut s'identifier avec la nature par les sens et y absorber sa personnalité, de même aussi, « il peut jusqu'à un certain point s'identifier avec Dieu, en absorbant son moi par l'exercice d'une faculté supérieure, que l'école d'Aristote a méconnue entièrement, (jue le platonisme a distinguée et caractérisée, et que le christianisme a perfectionnée en la ramenant à son vrai type ».
De quelle nature est cette absorption suprême?
UN PHILOSOPHE SP IRITL ALI STE
Est-ce l'anéantissement absolu, le nirvana boudhiqué? Non; Biran fait ici une distinction : ce n'est pas l'absorption de la substance, de la force absolue, celle qui pense et qui veut; non ; c'est l'absorption du moi. Ainsi, le moi subsiste dans son absolu à titre de force; il ne perd que le sentiment de lui-même, c'est-à-dire la conscience. La conscience et la personnalité ne sont qu'un moment dans la vie de l'homme. En bas, comme en haut, dans les deux extrêmes de la vie « l'homme perd également la personnalité : mais dans l'un, c'est pour se perdre en Dieu ; dans l'autre, c'est pour s'anéantir dans la créature * ». Dans ce troisième état « l'homme est afiranchi du joug des affections et des passions... le génie qui dirige l'àme et l'éclairé, comme un reflet de la divinité, se fait entendre dans le silence de toute nature sensible ^ ». La volonté humaine a pour fonction de nous arracher à la sphère inférieure oii l'àme est absobée dans la nature sensible pour « nous faire entrer dans une sphère supérieure et lumineuse où l'âme s'absorbe en perdant le sentiment de son moi avec sa liberté ^ ».
Cette voix de l'esprit serait donc, d'après les fortes expressions que nous venons de citer, un véritable anéantissement, non de la substance, mais de la personnalité, une vie absolument impersonnelle. Sans doute, la substance, la force absolue continuent à subsister; mais le moi disparaît, et que m'importe alors ? Et quelle différence y a-t-il entre