‹ Les maîtres de la pensée moderne [microform]Chapitre 46 sur 47 · Ihid. page · texte numérisé non relu

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2. Voir 1 ouvrage de Fichte intitulé : Méthode pour arriver à la vie bienheureuse.

UN PHILOSOPHE SPIRITUALISTE

Nous venons de comparer Biran à Fichte. On peut le rapprocher également d'un autre philosophe allemand, devenu célèbre, Schopenhauer. Comme Biran, ce philosophe trouve dans le sujet manifesté à lui-même dans la conscience par la volonté cette réalité que les purs concepts de l'esprit ne peuvent pas nous donner. La volonté, c'està-dire la force, est le vrai principe réel et substantiel de la nature. C'est pour avoir méconnu ce principe que Kant a nié toute objectivité et que les trou Sophistes (c'est ainsi que Schopenhauer nomme Fichte, Schelling et Hegel), ont tout ramené à l'Idée et au 3Iot. Schopenhauer cependant n'est pas un réaliste absolu comme Herbart ; mais il représente un point de vue intermédiaire entre les deux écoles à peu près, pour ne rien forcer, comme Biran lui-même entre Kant et Leibniz. Ce n'est pas là d'ailleurs la seule ressemblance qui les unisse : car Schopenhauer, après avoir posé la volonté comme principe, propose à l'homme comme liu dernière, aussi bien que Biran, l'anéantissement de la volonté. L'un et l'autre finissent par le nirvana. Chez l'un, cependant, c'est le nirvana athée ; chez l'autre c'est un nirvana chrétien : chez Biran, c'est l'absorption en Dieu; chez Schopenhauer, c'est l'absorption dans le vide : chez l'un c'est le désir du bien suprême et l'effort exalté d'une âme tendre, qui ne s'oublie jamais assez elle-même ; chez l'autre c'est l'horreur de la vie, qu'il se représente sous les couleurs les plus noires, et la révolte d'une âme aigrie contre la destinée. Les sentiments qui les

animent sont donc profondément différents : mais au fond et rigoureusement parlant les deux doctrines ne diffèrent pas essentiellement; car celui qui aspire à perdre sa personnalité, indique bien par là que la vie consciente et active lui est douloureuse et pesante et par conséquent qu'elle est un mal; et celui qui demande à se perdre dans le vide, se représente, malgré qu'il en ait, ce vide comme un bien supérieur à toute réalité sensible, et pour lui le vide est Dieu.

Quoi qu'il en soit de ces rapprochements, il semble bien résulter de cette triple expérience, (Biran, Fichte, Schopenhauer), que la philosophie de la volonté n'est pas suffisante et qu'elle ne peut pas être la dernière philosophie. Là est la radicale faiblesse du pélagianisme : la volonté ne peut pas tout, elle n'est pas tout. Mais aussi rien n'est possible sans elle; aimer n'est rien sans vouloir, vouloir n'est rien sans aimer. C'est une chimère malsaine de croire que la plus haute manière d'être est de ne pas être. Que cette chimère soit le rêve de la piété ou le défi de l'athéisme, elle n'en révolte pas moins les lois fondamentales de la vie.

Nous ne nous séparerons pas de Maine de Biran sans remercier et féliciter le savant éditeur genevois M. Ernest Naville, digne héritier de son père dans cette tâche difficile, du soin infini et du zèle désintéressé qu'il a consacrés à la gloire d'un philosophe dont il n'est pas même le compatriote : chrétien fidèle et convaincu, il n'a pas considéré la philosophie comme une ennemie, et n'a pas craint de

UN PHILOSOPHE SPIRITU ALISTE

consacrer plusieurs années de recherches et de peines à publier les écrits d'un penseur qui n'a louché au christianisme que dans les dernières années de sa vie, et encore qui y était entré beaucoup plus par le cœur que par la foi. Ce bel amour de la science libre, uni chez M. Ernest Naville à la ici la plus libre et aussi la plus éclairée, mérite au plus haut degré notre estime et notre respect. Remercions Genève de ce culte envers une gloire française, de ce service rendu à la philosophie : ce n'est pas le seul que lui doivent la science et la liberté.

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