Notamment dans les vers suivants
Courez, ruisseaux, courez, fuyez et reportez
Vos ondes dans le sein des mers dont vous sortez ;
Tandis que, pour remplir la dure destinée
Où nous sommes assujettis.
Nous irons reporter la vie infortunée *Dans le sein du néant dont nous sommes sortis.
LE SPINOZISME EN FRANCE
Ce qui prouve à quel point le nom de Spinoza avait fait du bruit, non seulement en Hollande, mais en France, après la publication du Tractatus theologico-politicus, c'est que deux ou trois ans après, en 1673, lors de l'expédition de Hollande, et après la prise d'Utrecht, le prince de Condé manifesta le désir de voir Spinoza ^ Spinoza eut même beaucoup de peine à se décider à faire ce voyage. Ce furent ses amis qui le déterminèrent. Il passa plusieurs jours à Utrecht ; le prince de Condé ayant été appelé à Paris, il ne put le voir. Bayle affirme cependant qu'il l'a vu ; mais d'après Colérus, son biographe, qui tenait ce témoignage de la bouche même de l'hôte de Spinoza, Van der Spick, Spinoza aurait dit lui-même en revenant d'Utrecht qu'il n'avait pas vu le prince. On regrette presque que cet entretien n'ait pas eu lieu ; mais le fait n'en est pas moins curieux, comme témoignant de la grande réputation de Spinoza.
En même temps, les plus savants théologiens du temps se préoccupaient de réfuter Spinoza ; entre autres, le savant évêque d'Avranches, Huet, préparait, disait-on, un livre contre lui. Spinoza en avait entendu parler et s'en informait auprès de ses cor-
1. Ce désir lui avait été suggéré, paraît-il, par un lieutenant-colonel d'un régiment de Suisses au service du roi de France, nommé Stoupe, qui cette année même écrivit un livre sur la Religion des Hollandais^ où il reprocha aux ministres protestants de Hollande de n'avoir pas réfuté Spinoza, ce qui lui valut une réponse de Jacques Brom, ministre réformé, intitulée : La véritable religion des Hollundais [1673]. Voir Tarticle de Bayle, note D.
respondants de Paris. « Je vous prie, disait-il à un de ses amis en 1676, de vous informer si le traité de M. Huet, dont vous m'avez parlé, a déjà vu le jour, et, si vous le pouvez, de m'en envoyer un exemplaire ^ » Ce n'était pas précisément un livre contre Spinoza, mais une réfutation incidente, contenue dans d'autres traités, et dont Huet disait luimême : « Quand je l'ai trouvé sur mon chemin, je ne l'ai pas épargné, ce sot et méchant homme, qui mériterait d'être chargé de chaînes et battu de verges *, »
C'est surtout Spinoza métaphysicien dont nous voulons faire ici l'histoire, du moins en France. - V Éthique était parue en 16"7. Le premier philosophe qui parait en avoir été préoccupé (peut-être parce qu'il lui ressemblait le plus) est Malebranche; car, dans un de ses ouvrages, pubUé en 1683 (Méditations métaphysiques et chrétiennes), il en fait mention et dans les termes les moins modérés : a Le misérable Spinoza, dit-il, a jugé que la création était impossible ; et par là dans quel égarement n'est-il pas tombé?.. » et, comme pour se défendre contre la tentation, Malebranche ajoute presque aussitôt après : « 0 mon Jésus 1 ne m'abandonnez jamais 1 » Plus tard, en 1688, dans ses Entretiens sur la métaphysique, il s'exprime sur le