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Celui de M. OUé-Laprune

teur a su conserver sa liberté, et il semble avoir trouvé lui-même, tant ses idées se développent naturellement, le plan qui lui était suggéré. Le programme, d'ailleurs, en ne lui donnant que des têtes de chapitre très générales, lui laissait encore beaucoup à faire pour la division et l'ordonnance des matières; et, soit dans l'exposition, soit dans l'appréciation du système, c'est à l'auteur seul qu'appartient le mérite de la composition. Essayons de donner quelque idée par l'analyse de ce savant travail, œuvre d'un esprit noble et délicat, pénétrant et judicieux, plein de candeur et d'élévation morale, très capable d'entrer par la pensée dans toutes les profondeurs du problème, mais assez ferme pour s'arrêter devant les hypothèses téméraires et dangereuses, et pour ne pas craindre de justifier en philosophe l'irrésistible empire des croyances naturelles, excellent esprit encore une fois chez lequel ne se séparent pas le sens commun et l'ardeur métaphysique, et même, on le sait par sa propre et noble confession, la foi chrétienne et la liberté philosophique. Il porte dans l'exposition de Malebranche une lumière pure et aimable, dans l'interprétation des difficultés du système une sagacité très au-dessus du commun, dans la comparaison de cette philosophie avec les philosopliies voisines et semblables , une finesse rare et toujours juste, dans l'examen des problèmes eux-mêmes, le mouvement d'une âme émue, pour qui la philosophie n'est pas seulement un objet de spéculation pure, mais un objet d'amour : non

scholœ, sed vitœ scribimus, pourrait-il dire avec Sénèque; partout enfin, il s'exprime sur un ton de simplicité, de sincérité, qui fait penser à Fénelon, non pas au Fénelon subtil des Maximes des Saints et du Quiétisme, mais à l'aimable, au charmant, au noble auteur de VÉducatio7i des Filles et de VExistence de Dieu. S'il y a, comme le pense un spirituel critique de nos jours, des familles d'esprits, séparées les unes des autres par des traits innés et des virtualités ineffaçables, l'auteur du mémoire n" 2 appartient, avec Fénelon et Malebranclie, à la famille des méditatifs, mais il s'en sépare aussi par un bon sens éveillé et éclairé, qui voit l'abîme, qui le regarde et le sonde sans vertige, et se retire prudemment en arrière pour n'y pas tomber.

L'auteur commence, comme le programme le lui indiquait, par rechercher les origines de la philosophie de Malebranche ; non pas qu'd se croie obligé d'exposer dogmatiquement les doctrines philosophiques auxquelles Malebranche a pu puiser, telles que celles de Descaries ou de saint Augustin. Les comparaisons nombreuses et approfondies qu'il fera plus tard suffisaient amplement, sans qu'il fût nécessaire de grossir ce travail par une étude trop étendue des origines; car on sait que d'origine en origine on a bien vite remonté à l'origine des choses. L'auteur se contente donc avec raison de nous donner l'histoire de l'esprit de Malebranche, de nous faire connaître d'abord le caractère de son génie, la nature de son âme. la famille

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d'esprits à laquelle il appartient. Il se sert pour cela des aveux indirects par lesquels Malebranche se peint lui-même sans s'en douter dans son ouvrage; et il arrive par cette ingénieuse méthode, et en liant ensemble de la manière la plus naturelle ces textes épars, à nous faire le vivant et iidèle portrait du philosophe, qu'il résume très bien en l'appelant un méditatif. Peut-être quelques traits de ce portrait pourraient-ils soulever quelques doutes; par exemple, est-il bien certain, comme il le dit, que Malebranche eût l'âme tendre? Il est permis d'en douter; sa philosophie est noble et grande, mais elle n'est pas tendre, et l'auteur du mémoire précédent nous a bien montré qu'elle était dure. La dévotion pieuse et la tendresse du cœnr ne sont pas toujours la môme chose, et on peut aimer Dieu sans aimer les créatures. Nous ne voudrions pas abuser d'une anecdote de Fontenelle qui nous montre Malebranche maltraitant brutalement une pauvre chienne, car ce pouvait être l'ofifet de l'esprit de système; mais si tout ce que nous savons de Malebranche nous montre une âme ferme et hère, nous ne savons rien de lui qui nous montre une àme bonne et douce. Ne concluons rien contre la tendresse de son cœur ; mais, n'en parlons pas. L'auteur nous le montre ensuite entrant à l'Oratoire que venait de fonder M. de Bérullc, attiré sans doute par l'esprit de piété et de haute méditation qui éclate dans, les écrits de ce saint fondateur ; puis , prenant comme établie la célèbre anecdote citée par Fontenelle, et dont

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l'auteur défend couire M. Cousin la vérité historique, il nous raconte que c'est à la lecture du Traité de l'homme, de Descartes, que s'est tout à coup révélée chez Malebranche la vocation philoso- [)hique; cl il cherche à s'expliquer comment cette vocation avait pu dormir jusque-là. Celte discussion nous paraît aussi ingénieuse que solide, et s'appuie sur une line psychologie. Il montre en effet comment 31alebranclic, ayant à la fois l'âme méditative et l'esprit scientilique, a pu pendant longtemps posséder sans le savoir la philosophie pieuse et mystique qu'il devait développer plus tard ; et comment Descartes a suscité en lui la pensée de retrouver par la science et par l'analyse ces mêmes vérités qui n'avaient été jusque-là pour lui que des objets de dévotion pratique.

Vient ensuite l'exposition de la philosophie d Malebranche, laquelle contient huit chapilres : 1" Objet et méthode de la philosophie; 2° Théorie de la connaissance ; 3" Théorie de la volonté ; 4° Théorie de la cause; S° De la nature de Dieu; 6° Delà création et de la providence; 7° Logique, morale et religion ; 8° Résumé. L'ensemble de celte exposition contient trois cent quarante pages .

Nous croyons ne rien exagérer en disant que la philosophie de Malebranche, sauf peut-être une lacune assez importante que nous signalerons, n'a jamais été exposée d'une manière plus complète,

plus heureuse, plus satisfaisante de tous points*. On voit que l'auteur est tout plein de Malebranche, qu'il l'a non seulement lu et étudié, mais en quelque sorte savouré, qu'il se l'est assimilé ; il se meut dans l'exposition de ces idées si subtiles et si abstraites avec une aisance et une liberté parfaites; il comprend et parle la langue de Malebranche comme sa langue naturelle, langue savante et mystique, raffinée et vaporeuse, qui unit l'exactitude géométrique à l'élan poétique et dont le caractère propre est d'unir l'imagination à l'abstraction. L'auteur du mémoire n'* 2 se promène avec Malebranche dans le monde des idées avec une sérénité et une tranquillité merveilleuses; il nous en dévoile les obscures clartés, et nous les rend comme familières. Tel est à nos yeux le caractère original de ce travail; on ne peut dire qu'il ait précisément découvert quelque chose de nouveau dans Ja philosophie de Malebranche ; mais, au lieu de l'exposer du dehors en quelque sorte, comme une doctrine étrange et abstraite, il se place au cœur de cette philosophie, et nous la rend persuasive et lumineuse par le sentiment juste et vif qu'il en a luimême.

Quant à l'interprétation de la doctrine, l'Académie n'a pas trouvé une seule méprise dans le mémoire n" 2. Tout au plus, a-t-on pu faire remarquer que

1. Il ne faut pas oublier cependant la savante analyse de M. Fr. Bouillier dans son Histoire delà philosophie cartésienne. (Tome II, ch. iii-viii) et celle de M. Damiron dans sa Philosophie du XVIII' siècle»

l'auteur forçait un peu trop, surtout dans la théorie de l'étendue intelligible, le rapport de Malebranche et de Spinoza, si souvent signalé. (Que, dans la critique de cette théorie, on puisse, par voie de conséquence, faire remarquer que l'une de ces théories conduit à l'autre, rien de plus légitime; mais, dans l'exposition d'une doctrine, il faut prendre la pensée propre de l'auteur, et ne lui imputer que ce qu'il a voulu dire. Or il est certain que Malebranche n'a jamais voulu assimiler substantiellement les corps avec l'étendue intelligible. Il croit à la réalité des corps créés par Dieu et distincts de Dieu, sinon sur l'autorité de la raison naturelle, au moins sur celle delà révélation. Si l'auteur n'avait pas néghgé, et c'est une critique que nous lui ferous plus tard, la correspondance de 3Ialebranche et de Mairan, il aurait vu que Malebranche, pressé par ce dernier d'avouer l'identité de sa doctrine avec celle de Spinoza, précisément sur le point en question, à savoir l'étendue intelligible, a toujours manifesté son horreur pour cette assimilation et a toujours maintenu, à tort ou à raison, qu'il ne mettait en Dieu que l'idée de l'étendue, tandis que Spinoza y mettait l'étendue elle-même. Or c'est un principe fondamental de la critique dans l'histoire de la philosophie qu'il faut interpréter les doctrines dans le sens que les auteurs leur ont donné eux-mêmes sciemment, et ne pas confondre avec ces doctrines mêmes les conséquences que l'on en peut tirer par voie d'analyse. En outre, il n'y a pas seulement injustice, mais inexactitude absolue, à

dire que, par la ihéorie de l'étendue intelligible, Dieu deviendrait la matière de toutes choses, dans le sens aristotélique. Le mot matière est ici à rebours de la vérité. Leibniz a dit avec raison et profondeur qu'il y a deux sortes de doctrines qui réduisent tout à l'unité: celles qui ramènent tout à la matière première, et celles qui ramènent tout à la première forme. Malebranche est évidemment du nombre de ceux qui tendent à tout réduire à l'unité, mais, dans le second sens et non dans le premier. On pourra donc dire que dans son système Dieu est la forme du monde ; mais on ne devra jamais dire qu'il en est la matière.

On voit, par le développement même que nous avons donné à ce léger dissentiment, qui porte sur les mots plus encore que sur les choses, combien la section de philosophie a trouvé peu à reprendre dans l'interprétation donnée par l'auteur à la philosopiiie de Malebranche. On aurait seulement désiré sur la question des origines quelques lumières de plus. Ainsi l'auteur aurait pu indi(pier, par exemple, que la théorie des idées individuelles que Malebranche met en Dieu, remonte jusiju'à Piotin. Il y avait lieu de se demander à cette occasion si Malebranche a eu quelque comiaissance des Alexandrins, soit par saint Augustin, soit par Thomassin. Il y a en outre une question de critique assez importante que nous indiquons à l'auteur pour le cas oîi, comme nous l'espérons, il publiera son travail. Nous considérons en France comme un point acipiis (pic Malebranche est le véritable auteur

de ]a doclriuc occasionaliste. CoLto opinion n'est pas aussi généralement admise eu Allemagne: l'occasionalisme y est considéré comme la doctrine propre de Geulinx. Dans son Histoire de la philosophie moderne, M. H. Ritter expose Geulinx aussi lorifruement que Malebranche et avant lui, et c'est Geulinx qu'il considère comme l'inventeur de l'occasionalisme, Malebranche se trouvant réduit ainsi à la doctrine de la vision de Dieu. Au fond, si l'on veut, la question n'a pas une très grande importance, car il est bien certain que Malebranche n'a pas lu Geulinx, et ne lui a p;is emprunté ses idées, et il n'est pas étonnant, lorsque règne un certain courant de pensée, qu'une môme hypothèse se présente à la fois à plusieurs esprits. Néanmoins il y a là une question de priorité qui n'est pas sans intérêt au moins historique ; et, pour bien mesurer le degré d'originalité et de puissance philosophique de Malebranche, peut-être y aurait-il lieu de le comparer non seulement à Geulinx, mais encore à Laforge et à Clauberg, afin de bien se rendre compte du chemin que les idées cartésiennes avaient fait vers le poinL de vue idéaliste avant d'arriver à l'idéalisme complet de Malebranche. On saurait alors exactement si nous avons le droit, comme nous le faisons en France, de considérer Malebranche comme un des quatre grands maîtres philosophiques du xvii" siècle, au lieu do le compter, comme certains critiques allemands, au nombre des cartésiens secondaires, intermédiaires entre Descartes et Spinoza.

Quelque intéressante et satisfaisante que soit l'exposition de la philosophie de Malebranche donnée par l'auteur du mémoire n** 2, nous aurons cependant une critique à lui faire. II y a dans cette exposition une grave lacune. L'auteur a par trop négligé ce que j'appellerai la psychologie de Malebranche. Il a exposé, à la vérité, savamment et longuement la théorie de l'entendement et la théorie de la volonté ; mais il a pris ces théories surtout par le côté métaphysique. Or il y a dans Malebranche, non sei:]ement une psychologie métaphysique, mais encore une psychologie expérimentale; c'est même là un des points les plus nouveaux de cette philosophie. Il est difficile d'admettre, comme on l'a souvent dit, que Descartes soit le fondateur de la psychologie moderne. Pour être parti d'un point de vue psychologique, il n'en est pas moins presque exclusivement un métaphysicien. Le vrai fondateur de la psychologie expérimentale est Locke, et c'est une part d'invention et de création qu'on ne peut lui refuser. Or entre Descartes et Locke il est juste de placer Malebranche, qui, dans la Recherche de la vérité, a commencé à mêler le point de vue expérimental au point de vue métaphysique. Sans doute sa psychologie n'est pas encore rigoureusement scientifique: elle est d'un côté trop physiologique et de l'autre trop littéraire; mais ces deux points de vue eux-mêmes méritaient d'être mis en lumière par l'auteur du mémoire, et son talent même en eût pu tirer des pages charmantes et intéressantes. Les

explications physiologiques que IMalebrancbe donnait de la mémoire et de l'imagination ont une importance considérable, surtout aujourd'hui où ces explications reviennent à la mode. Il eût été curieux de voir si les hypothèses d'il y a deux siècles étaient plus arbitraires et plus vagues que les hypothèses de nos jours, si les mouvements des esprits animaux ne valaient pas les vibrations de la cellule nerveuse que l'on nous recommande aujourd'hui. Il eût été très curieux de nous montrer une philosophie aussi parfaitement spiritualiste que celle de Malebranche ne reculant pas devant les explications physiologiques des phénomènes intellectuels, au moins de ceux qui touchent le plus près aux sens. Cette correspondance du physique et du moral, dont nous nous effrayons trop, n'effrayait ni Descartes, ni Malebranche, ni Leibniz, ils s'y complaisaient même, et leur spiritualisme en sortait plus fort et plus convaincu. Quant ii ce que j'appelle la partie littéraire de la psychologie de Malebranche, l'auteur du mémoire n° 2 a peutêtre trop oublié que son philosophe n'est pas seulement un métaphysicien abstrait et spéculatif, mais un moraliste exquis et môme un satirique mordant, qui, pour la peinture vive et caustique des caractères humains, ne le cède pas même à La Bruyère. A-t-on jamais mieux raillé les pédants? A-t-on jamais mieux peint les travers des gens de cour? A-t-on peint avec des couleurs plus vives les inclinations et les passions du cœur humain? Non seulement la science du physique et du moral.

non seulement la littérature, peuvent revendiquer Malebranche comme une de leurs gloires ; j'ajoute que la psychologie proprement dite lui doit beaucoup. N'est-il pas étrange que, dans son long mémoire, l'auteur ait presque entièrement oublié la théorie des erreurs des sens, des erreurs de l'imagination, des erreurs des passions ? Autre chose est la théorie de l'erreur, autre chose est l'analyse, la classification des erreurs. L'auteur du mémoire dit un mot de la première, mais il oublie complètement la seconde. C'est là cependant un des résultats les plus solides et les plus durables de la philosophie de Malebranche. Il sera à jamais impossible de parler des erreurs humaines, sans parler de lui^ sans revenir à lui. C'est un véritable gain pour la science, et qui appartient à Va perenm's philosophia : c'est un bien qui peut être accepté par toutes les écoles et que Voltaire et Diderot admiraient autant que nous l'admirons nous-mêmes *. Si nous recherchons la raison de l'oubli que nous reprochons ici à l'auteur, nous la trouverons dans la méthode d'exposition qu'il a adoptée. Il a

1. L'auteur a donné quelque satisfaction à cette critique dans son ouvrage imprimé, en intercalant çà et là quelques pages sur la psychologie de Malebranche ; mais il s'est refusé à la séparer, parce que c'eût été, dit-il, altérer l'ensemble de cette philosophie qui est, dit-il, exclusivement métaphysique. Mais Malebranche n'a-t-il pas fait lui-même dans une certaine mesure cette séparation iorsiju'il a publié les liec/ierches sur kl vérité avant les Méditations chrétiennes ou les Entretiens mélapliysiques ? L'élément psychologique ne prédomine-t-ii pas dans les Uecherclics de la vérité '.' \-X était-ce être infidèle -^ l'esprit de Malebranche, que de suivre l'ordre qu'il a suivi lui-même?

cru prendre pour base de soa exposition l'ouvrage où Alalebranclie a exposé lui-même sa philosophie de la manière la plus régulière et la plus systématique, à savoir les Entretiens de métaphij'i/qiie, et il a été amené par là à donner trop peu d'importance à la Becherche de la vérité. Il n'a emprunté à ce dernier ouvrage que ce qui était nécessaire pour éclaircir l'autre, c'est-à-dire tout ce qui rentrait dans le cadre du système. Or, c'est le propre d'une bonne psychologie fondée sur l'expérience, d'être précisément indépendante de toute conception systématique. Il résultait de là que la partie la plus solide de la psychologie de Malebranche, n'ayant rien à faire dans son sysième général et n'y trouvant pas sa place, a dû être naturellement négligée. Peut-être l'auteur eût-il évité cç défaut s'il eût adopté dans son analyse le point de vue chronologique, au lieu du point de vue systématique. Mais nous ne faisons pas de cette observation une critique; car peut-être cette autre méthode aurait-elle eu dans la pratique d'autres inconvénients. Toujours est-il qu'il y a là une lacune sérieuse dans le travail de l'auteur, et qu'il devra s'appliquer à la combler.

L'un des points les mieux traités dans la partie du mémoire qui concerne l'exposition de la philosophie de IMalebranche, c'est la comparaison de celte philosophie avec celle de Descartes et celle de saint Augustin, qui sont en effet les deux éléments qui, avec le génie de Malebranche, ont servi à composer sa propre doctrine. Cette comparaison,

dans le mémoire n" '2, est faite avec une précision, une justesse et une finesse qui ne laissent rien à désirer. Sur ce point, il sera permis de dire que le travail de l'auteur est définitif, et qu'il n'aura pas besoin d'être refait ni même complété. Peutêtre eùt-il été bon cependant d'ajouter à cette comparaison, un peu plus souvent que l'auteur ne le tait, un troisième élément, je veux dire la philosophie de saint Thomas d'Aquin : car déjà dans Malebranche on voit reparaître et rentrer dans le domaine de Ja philosophie un bon nombre de points appartenant à la philosophie de FÉcole ; mais je répète que dans la mesure où Tauteur s'est renfermé on ne pouvait mieux, faire; et pour en donner une idée, je reproduirai les pages où il résume la théorie des idées de Malebranche comparée à celle de Descartes, de Platon et de saint Augustin.

« Descartes fait de l'idée une modification de » l'esprit ; Malebranche veut que l'idée soit l'ob- » jet intelligible lui-même. Descartes distingue » l'essence de l'existence; Malebranche approfon- » dit cette distinction, et, avec Platon et saint t Augustin, conçoit, au-dessus du monde sen-

* sible, un monde idéal qui en est le modèle 1 et l'archétype. Contrairement à Platon il semble » placer dans ce monde intelligible autant d'idées » qu'il y a d'êtres particuliers ; mais bientôt, con-

• trairement à saint Augustin, il absorbe toutes ï ces idées dans une seule, celle de l'étendue, fai- » sant de l'essence entendue à la façon de Des- 3 cartes une idée entendue à la façon de Platon ;

alors il est infidèle en même temps à ses trois maîtres, tout en empruntant à chacun d'eux quelque chose. Contrairement à Platon, il supprime toute hiérarchie entre les idées ramenées à une seule ; contrairement à saint Augustin, il semble détruire en Dieu la connaissance des objets individuels ; contrairement à Descartes, il réalise et divinise une conception abstraite. Mais il établit avec force que le sensible suppose l'intelligible, et que la source des essences et des possibilités est dans la sagesse et la puissance de Dieu : cela est solide. » La seconde partie du mémoire, qui traite des critiques et des disciples de Malebranche, est celle qui, au jugement de la section, laisse le plus à désirer; non qu'elle ne contienne encore des parties très distinguées, mais on y a signalé des lacunes graves, et même, dans ce qu'il traite, l'auteur court encore trop rapidement, et se borne à un résumé un peu trop court.

Parmi ces lacunes, la plus grave est certainement celle qui consiste dans l'omission de la correspondance si importante, découverte de nos jours, entre Malebranche et Mairan^ De toutes les publications inédites, ayant trait à la philosophie du xvii*= siècle, aucune ne l'emporte pour la gravité et pour la valeur philosophique sur cette correspondance, et c'est à peine si l'on peut lui préférer et lui égaler la découverte si précieuse cependant des

1. Correspondance do Malebranche avec Darlout deMaîran. Paris, 1841 .

lettres de Leibniz et d'Arnauld. La critique philosophique moderne pouvait, à ce qu'il semble, s'attribuer l'honneur d'avoir découvert, ce dont I^î xvn* siècle ne s'était pas douté la parenté de Malebranche et de Spinoza. C'était là, à ce qu'il paraissait, le fruit d'une science née de nos jours et habituée, par une critique de plus en plus exercée, à surprendre l'analogie des pensées sous l'apparente contradiction du langage, et dans l.i plus entière opposition des sentiments. Eh bien! l'on découvrait une correspondance, dans laquelle du vivant même de Malebranche, un jeune hommo, plus tard célèbre à la vérité, mais alors très jeune, et d'ailleurs plus connu comme mathématicien que comme philosophe, où ce jeune contradicteur, devançant la critique moderne, devançant aussi la science allemande, lisait Spinoza, le comprenait, surprenait les analogies de cette philosophie av^c celle de Malebranche, et, avec l'audace et l'impatience du jeune âge, s'adressant à Malebranche lui-même déjà vieux, le pressant, le fatiguant avec une insistance respectueuse, mais irritante , le mettait au déli, d'une part, de lui signaler le paralogisme fondamental de Spinoza, de l'autre, de trouver une limite rigoureuse entre cette philosophie et la sienne. Cette correspondance, qui, au fond, est une controverse, n'était pas à la vérité expressément indiquée dans le programme de l'Académie ; mais elle y était implicitement contenue, et on s'explique difficilement cette omission de l'auteur *. 1. L'auteur dans son livre imprimé a comblé cette lacune.

Ce n'est pas par oubli, mais de propos délibéré, que l'auteur, dans la controverse d'Araauld et do Malobranclie, s'est décidé à ne s'occuper que d'un seul ouvrage d'Arnauld à savoir le livre Des vraies et. des fausses Idées, et à laisser entièrement de côté les autres ouvrages d'Arnauld, et entre autres les Réflexions sur un nouveau système de la nature et de la grâce. La raison donnée par l'auteur, c'est qu'Arnauld, dans ce livre, critiquant surtout la théodicée de Malebraiiche, et cette critique étant au fond à peu près la même que celle de Fénelon, il suffisait d'exposer la controverse de Fénelon, qui ne faisait que reproduire celle d'Arnauld. Cette raison paraît peu solide; car, le livre d'Arnauld ayant précédé celui de Fénelon, il eût été plus rationnel de commencer par lui, sauf à supprimer dans le chapitre sur Fénelon tout ce qui taisait double emploi. J'ajoute qu'en étudiant de près les deux ouvrages, l'auteur n'eût pas manqué de reconnaître qu'ils ne peuvent se remplacer l'un l'autre. C'est ainsi par exemple que, si l'optimisme est discuté plus à fond dans Fénelon, la question des volontés générales et de la causalité des créatures est plus profondément fouillée dans Arnauld que dans Fénelon.

On peut aussi se demander si l'auteur a eu raison d'écarter presque entièrement, comme il l'a fait, soit dans la première, soit dans la seconde partie, la llîéorie de Malobranchc sur la grâce et sur les miracles. Sans doute, l'auteur n'a pas voulu mêler la théologie à la philosophie, et on doit le félici-

ter de cette circonspection; mais, dans une philosophie chrétienne comme celle de Malebranche, qui ne craint point du tout de mêler le dogme à ses systèmes, ni ses systèmes au dogme, ce qui est même un des caractères originaux de cette philosonhie, une telle séparation est-elle légitime? Si l'on considère en outre que la doctrine de Malebranche sur la grâce et sur les miracles est une doctrine philosophique, et qu'elle se lie très étroitement à son système de la simplicité des voies et des volontés générales, enfin qu'elle touche de très près à la question de la Providence particuUère ; on ne voit pas trop pourquoi l'auteur se serait fait plus de scrupules d'exposer cette partie de la doctrine de Malebranche et de la polémique d'Arnauîd, qu'il n'en a eu à nous exposer l'hypothèse hardie par laquelle Malebranche fait de l'Incarnation de Jésus-Christ le motif et le but de la création.

Puisque nous en sommes à signaler les lacunes et les oublis de l'auteur, rappelons-lui encore le nom d'un grand controversiste du xvii® siècle, mêlé à tous ces débats, qui à la vérité n'a pas attaqué Malebranche, qui au contraire l'a défendu, mais qui en le défendant le compromet, et est, par son adhésion même, une objection à son système : je veux parler de Bayle. On sait que Bayle en effet a pris parti contre Arnauld pour les causes occasionnelles; mais ce n'est pas, on peut le supposer, Dour la plus grande gloire de Dieu. 11 est impossible de signaler aucune grande controverse au XVII* siècle, sans y rencontrer le nom de Bayle, et

sans lui faire sa part. C'est encore là une omission que l'auteur aura à réparer.

Tout en relevant les oublis commis par l'auteur dans cette seconde partie de son mémoire, nous devons reconnaître que c'est dans cette partie même que se trouvent ses pages les plus heureuses, celles qui font le plus d'honneur à son talent d'écrivain. Nous citerons par exemple celle oià il oppose Arnauld à Malebranche : tous deux cartésiens, tous deux amis de saint Augustin, tous deux faisant la part de Dieu très grande et la part de la créature très petite ; comment deux esprits qui ont tant de points communs ont-ils pu passer leur vie à se disputer? C'est ce que l'auteur explique avec beaucoup de finesse et d'esprit.

« Malebranche, dit- il, soumis à l'Église et pé- » nétré de l'esprit chrétien, est avant tout un mé- » taphysicien; il veut éclaircir la foi, il veut avoir « la science de ce qu'il croit. Arnauld, esprit net, » ferme, solide, mais plus étroit et plus sec, traite » de chimères les entreprises du philosophe. Cette » philosophie subtile, engageante et hardie, effraye y> ou plutôt irrite le fidèle défenseur de la tradition » théologique. II veut bien qu'on philosophe, mais » avec plus de retenue. Dans Descartes, il trouve » quelques principes clairs et simples, puis un bel » enchaînement de vérités scientifiques ; cela lui » va; il y a là de la force et de la rigueur ; et les » questions morales et religieuses étant soigneuse- » ment écartées, tout empiétement sur le domaine » de la théologie est impossible ; ainsi l'esprit scien-

» tifique d'Arnauld est salisfait, et les susceptibilin lés de sa foi sont ménagées. Dans Malebranche, 1) c'est tout autre chose. Au lieu de la prudente ré- » serve du mùtre, le dessein avoué de philosopher » sur les choses de la foi ; au lieu de ces quelques » principes très nets, une mélaphysique péné- )) trante, subtile et outrée. Arnauld ne reconnaît )j plus là l'esprit de Descartes. II se plaint aussi de ) trouver saint Augustin singulièrement altéré dans » cette philosophie oii le nom du grand docteur » revient si souvent. On se cherche toujours un w peu soi-même dans ses auteurs favoris ; Arnauld 1) ne voit guère et n'aime dans saint Augustin que )) le défenseur de la foi. Il lui demande des déci- » sions théologiques, et il admire la rectitude et la » fermeté de son esprit. Il remarque bien moins la » philosophie platonicienne répandue dans ses )) écrits, et les aspirations mystiques qui s'échap- » pent à chaque instant de cette âme ardente. » Quand il retrouve dans Malebranche ce plato- » nisme avec un esprit moins juste et un sens » théologique moins sûr, il se plaint et il prétend » opposer à rmhdèle et téméraire disciple ie vrai » saint Augustin, comme tout à l'heure il lui op- » posait le vrai Descartes... Ces deux esprits ne ') peuvent se comprendi-e. Arnauld a-t-il jamais » tressailli en contemplant le monde intelligible? » Il aime la vérité, mais il l'aime pratique et vi- » vante ; il l'aime mêlée à l'expérience, en tant » que règle des esprits et de la conduite, dans les » faits ou dans les dogmes. Il ne la contemple guère

» en elle-même. C'est un esprit positif, que l'idéal » ne touche que médiocrement. Quand il voit May> lebranche s'attarder dans le pays des idées, il » s'indigne de ces rêveries contraires à l'esprit de la » science qui repousse les chimères, contraires à » l'esprit chrétien qui condamne la perte du temps. » Et Malebranche à son tour s'étonne de rencon- » trer dans une grande intelligence si peu de goût » pour ce qu'il y a à ses yeux de plus solide^ de » plus relevé et de meilleur ; et il se sent pris de » pitié pour ces philosophes qui ne savent point ou » ne veulent point méditer et qui mesurent Dieu » sur eux-mêmes. »

Il faut citer encore une page agréable et fine sur la Société de Jésus, dont l'auteur parait peindre avec une liberté discrète et une impartiale équité les vrais caractères :

« C'est l'esprit de la société, dit-il, de prendre n l'homme tel qu'il est, et non de le traiter comme » un pur esprit. Aiusi l'homme a des sens ; il est » doué d'imagination ; il a des passions ; mépri- » sera-t-on tout cela? Non pas, ce serait folie. » Pour mener une âme au bien^ on la prend par » toutes les puissances à la fois ; on ne rejettera » rien de ce que les hommes estiment; on ne lan- » cera pas l'anathème sur la poésie, sur les arts; et » les jeux même du bel esprit trouveront grâce )^ devant une indulgente sagesse. Puis on ne dé- » couragera pas la faiblesse humaine par les prin- » cipes d'une morale outrée ; on n'exigera pas tou- » jours d'une âme tout ce que la règle demande;

» on verra ce que cette âme peut porter et peut )> faire, et, sans faire fléchir les principes sur les- » quels on ne doit point transiger, on ne cher- » chera pourtant point à les retrouver toujours » dans l'application avec une idéale rigueur. Entre- » prise difficile que celle-là ! A force de ne regar- » der que la réalité, on risque de ne plus voir » qu'elle; à force de tenir compte des difficultés » de la pratique et de la faiblesse de l'homme, on » peut affaiblir les principes mêmes. Les jésuites » se défient dans les choses de la vie de l'esprit » géométrique ; ils en redoutent la rigueur et la » roideur. Ils ont l'esprit de finesse, et je le dis » dans le bon sens ; les choses pratiques sont » choses de finesse, comme dit Pascal : c'est là » qu'il faut avoir bonne vue pour saisir ces prin- » cipes; c'est là qu'il faut un sens délicat pour » sentir ces choses si délicates et si nombreuses. » Mais encore une fois quel danger ! Qui peut dire » le moment précis où à la finesse succéderont les » finesses? Qui sait au juste le point où la pru- » dence s'arrête, et où commencent les accommo- » déments, les transactions et les compromis? »

La dernière partie du mémoire n" 2 contient la conclusion; elle occupe la valeur de près de trois cents pages, c'est-à-dire presque un volume : on voit que l'auteur du mémoire a pris à cœur non seulement l'étude de son auteur, mais les problêmes eux-mêmes, et qu'il a voulu se satisfaire, non seulement sur la philosophie de Malebranche, mais sur le fond des choses.

Tout en appréciant hautement cette dernière partie de son ouvrage, la section de philosopliie s'est demandé s'il était absolument nécessaire de faire ici, à propos de la critique de Malebranche, une exposition générale de principes. Qu'il faille avoir des principes arrêtés pour faire cette critique, c'est ce qui est hors de doute. Mais il suffit qu'on les sente dans l'examen de la doctrine, sans qu'on soit tenu d'apporter une doctrine toute faite. Quoique toutes les parties de la philosophie de Malebranche soient ici successivement passées en revue de nouveau, et que l'auteur nous ramène de temps «^n temps à son auteur sans jamais l'oublier, cependant son travail paraît plutôt l'exposition de sa philosophie personnelle que l'examen critique qui lui était demandé. Il introduit trop, dans cette exposition, l'esprit et la méthode de la philosophie moderne, et, en exposant dogmatiquement ses propres idées, peut-être néglige-t-il de soumettre à un examen assez approfondi la doctrine qui lui était soumise.

Ce qui peut-être était moins nécessaire encore que celte exposition dogmatique d'une philosophie complète, c'est la profession de foi par laquelle l'auteur commence cette exposition. Contestant la doctrine de Descaries, renouvelée de nos jours par le maître illustre que nous avons récemment perdu, sur les rapports de la religion et de la philosophie, et sur la séparation de ces deux puissances dans leur intérêt respectif, il expose cette pensée que le croyant ne peut jamais cesser d'être croyani.

et que le philosophe ne peut s'abstraire entièrement de la rehgion. En un mot, ii défend dans Malebranche et il accepte en son propre nom ce qu'il appelle une philosophie chrétienne. On comprendrait cette profession de foi, si l'auteur dans les chapitres qui suivent nous eût, en effet, exposé un système propre de philosophie qui eût quelque titre particulier à se donner comme un système de philosophie chrétienne, dans laquelle, par exemple, comme chez Alalebranche, le dogme chrétien interviendrait comme explication des problèmes philosophiques. Mais on ne voit rien de semblable, et la philosophie de l'auteur, qui est toute spiritualiste, n'a rien qui soit particulièrement chrétien; cette philosophie pourrait être acceptée tout entière par un platonicien ou par un déiste. On n'y voit jouer aucun rôle, par exemple, à la doctrine de la chute, à la doctrine de la grâce, à la doctrine de la rédemption. L'auteur, au contraire, condamne la théorie de Malebranche sur l'Incarnation du Verbe, considérée comme le motif de la Création, et il néglige même d'examiner sa doctrine sur les miracles. C'est à peine si lui-même nous dit quelques mots en son propre nom sur la possibilité des miracles. Sa philosophie n'étant pas chrétienne par les dogmes, il reste qu'elle le soit par les sentiments personnels de l'auteur : mais on peut se demander si une exposition de sentiments personnels est nécessaire dans un écrit philosophique de ce genre, et si même elle n'a pas quelque inconvénient. Il est certain qu'on ne peut pas se séparer de

ses propres sentiments; mais, si c'est là une nécessité, il semble qu'il ne faille pas faire de cela une théorie et une règle. Cependant, si l'on a pu élever quelques doutes sur l'opportunité de cette profession de foi, il n'y a eu qu'une voix sur le mérite littéraire de ce chapitre, pris en kii-même et qui est écrit avec une élévation, une sincérité, une onction extrêmement touchantes. L'auteur n'a rien voulu dissimuler de sa pensée ; il a voulu qu'on la connût tout entière, telle qu'elle est; et on ne peut que louer le sentiment qui l'a animé.

Sur l'ensemble de la philosophie de Malebranche, le travail de l'auteur est généralement satisfaisant. Il fait la part du vrai et du faux avec perspicacité et fermeté; et lui-même développe à son point de vue certaines des théories de Malebranche avec force et quelquefois même une certaine profondeur. L'on peut citer, par exemple, la théorie de la raison, qui est une des meilleures parties de l'ouvrage par la finesse et la précision de l'analyse; sur ce sujet si souvent manié, l'auteur a encore su présenter quelques aspects nouveaux. On peut signaler également son étude sur les rapports de Dieu et de l'homme, sur l'action divine et l'attrait divin ; il a émis à ce sujet des vues platoniciennes et aristotéliques, reprises et développées avec finesse et élévation.

Ce que l'on doit le plus louer dans ce travail, c'est le talent du style. Ce style sans doute n'est pas éclatant, et il ne se fait pas remarquer au premier abord ; mais, quand on en a lu quelques

pages, on s'aperçoit qiie l'on est charmé par le naturel, la simplicité et la grâce. Rien de choquant, rien d'emphatique, rien de banal; un ton libre et aisé, persuasif et touchant; une précision élégante, une abondance sans diffusion, une chaleur douce et aimable: voilà l'écrivain. Peut-être lui mauque-t-il quelque chose du côté de la force ; la plume faiblit quelquefois, et sa pensée même recule peut-être parfois un peu trop timidement devant les problèmes. Mais les qualités l'emportent de beaucoup sur les défauts, et, en couronnant ce mémoire, la section de philosophie ne doute pas que, complété et perfectionné par l'auteur, il ne vienne prendre dignement sa place à côté de tous ceux qui l'ont précédé.

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